L'Usine Agro

Guerre sans merci sur le marché du foie gras

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Pour la première fois, Delpeyrat a doublé Labeyrie l’an dernier sur le marché du foie gras. La faute au second épisode de grippe aviaire, qui a fragilisé toute la filière et rebattu les cartes…

Guerre sans merci sur le marché du foie gras © Flickr - C.C.

Le bonheur des uns fait le malheur des autres… En ce mois de janvier, les industriels du foie gras dressent le bilan de l’activité des fêtes de fin d’année, durant lesquelles se concentrent la majorité des ventes de ce produit onéreux. Pour la première fois, Delpeyrat se revendique "leader du marché foie gras". Pourquoi ? Car son concurrent Labeyrie est celui qui a le plus pâti de la seconde épidémie de grippe aviaire, survenue il y a un an dans le Sud-Ouest. Cette filiale de la coopérative Lur Berri y avait en effet concentré tout son approvisionnement en canards, contrairement aux autres grandes coopératives du foie gras comme Maïsadour (qui fournit la marque Delpeyrat) et Euralis (marques Rougié et Montfort), également présentes dans l’Ouest de la France.

Ruptures de stocks en série chez Labeyrie

Si Labeyrie – aux produits vendus plus chers – est resté en tête sur les ventes en volumes de foie gras sur la période de Noël, il s’est donc vu rattraper et dépasser de peu par Delpeyrat sur la période couvrant octobre à décembre (avec 17,8% de parts de marché pour ce dernier). La production de foie gras de Labeyrie ayant chuté de 25% avec 300 tonnes de moins que l’an dernier, la marque a enchaîné les ruptures de stocks en grandes surfaces.

-20% de production française de foie gras

Ces deux années consécutives de grippe aviaire ont néanmoins pénalisé tous les acteurs du marché. Confrontés à des exterminations massives d’oiseaux (avec seulement 22 millions de canards disponibles en 2017, contre 29 millions en 2016 et 38 millions en 2015) et une baisse de 20% de la production française de foie gras, mais aussi des pays ne voulant plus de leurs exportations. Cette crise a coûté 350 millions d’euros (contre 270 millions déjà en 2016) à une filière du foie gras qui pèse seulement deux milliards d’euros de chiffre d’affaires, selon son interprofession Cifog. Supportées pour moitié par l’amont – les éleveurs et gaveurs - et moitié par l’aval : les industriels.

De coûteuses mesures de biosécurité

Conséquence, le prix du foie gras, qui avait déjà augmenté de 15 à 20% en 2016 en raison de sa rareté, a poursuivi son inflation. Les industriels espéraient compenser aussi en partie l’impact des mesures de "biosécurité" que le ministère de l’Agriculture les a contraints à prendre. Objectif, éviter de nouvelles épidémies en améliorant les pratiques sur toute la chaîne de production : périodes de vides sanitaires durant l’élevage, construction de bâtiments pour protéger les animaux en cas de risque élevé, mesures supplémentaires de désinfections...

A Came, dans les Pyrénées Atlantiques, au sein des ateliers Foie Gras de Labeyrie, 1,6 million d’euros en 2016, puis 300 000 euros l’été dernier ont ainsi été injectés (voir notre reportage photos). Chez Maïsadour aussi, "de lourds investissements ont été engagés pour pérenniser notre filière d’excellence". Sans compter les coûteuses campagnes de communication pour rassurer et fidéliser les consommateurs malgré les pénuries en grandes surfaces…

Jambon sec et saumon fumé pour résister

Pour résister, les industriels tentent la diversification. Saumon fumé et jambon sec présentent "des résultats également en croissance", assure ainsi Delpeyrat, numéro deux derrière Labeyrie. Malgré les nouveaux lancements de produits (bio, fondant, salage au sel sec, fumage au bois de chêne…), le marché du saumon fumé reste néanmoins chahuté par l’explosion du prix de ce poisson en Norvège et en Ecosse et de promotions moins assidues de la part des marques.

Restructuration en cours chez Euralis

Face aux difficultés du secteur, Maïsadour et Terres du Sud (Lot-et-Garonne) avaient donc décidé il y a un an de convoler en justes noces, pour former un ensemble aux 2 milliards d'euros de chiffre d’affaires. Les coopératives y ont finalement renoncé il y a quelques semaines. Malgré le retour aux bénéfices, Maïsadour a enregistré des ventes en baisse lors de son exercice 2016/2017, et préféré privilégier un "plan stratégique de reconquête et sécurisation" jusqu'en 2026.

Chez Euralis, ce sont 110 postes nets et deux sites industriels qui vont disparaître d'ici fin 2019, à Dunkerque (Nord) et Brive (Corrèze), afin de résoudre les "difficultés économiques persistantes" de son pôle alimentaire. Dont 47% dépend de l'activité canard gras, à laquelle chaque épisode de grippe aviaire a coûté 22 millions d’euros de pertes annuelles...

Pour Labeyrie, dont la moitié du chiffre d’affaires provient de l’activité canard, "la situation de rentabilité est challengée, reconnaît Jacques Trottier, son directeur général. Mais ce qui nous importe, c’est ce que l’on a mis en place pour la filière pour les cinq années à venir en investissant avec Lur Berri, et le plan de biosécurité n’est pas totalement fini ! Ce qui est rassurant pour nous tous – producteurs, conserveurs…-, c’est que dans cette année charnière, les consommateurs ont continué à avoir une vraie attente sur ce produit. Le marché du foie gras a reculé en volume, mais il a progressé en valeur."

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