GUERRE, QUI EN PAIERA LE PRIX ?

"Les entreprises les plus symboliques de " l'American Way of Life " auraient beaucoup à perdre, non seulement d'une guerre trop meurtrière, mais aussi d'une paix mal gérée par Washington. Contrairement aux Sofitel d'Accor, elles n'ont pas besoin de hisser

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La guerre américaine contre le régime de Saddam Hussein a fait ses premières victimes. Irakiennes bien sûr, malgré la stratégie américaine de limiter au maximum les victimes civiles avec l'utilisation, pour la première fois sur une telle échelle, d'armements ultra-sophistiqués. L'Amérique et la Grande-Bretagne pleurent aussi leurs premiers soldats tombés dès les premiers jours de l'offensive. Hélas, il y en aura d'autres. Des deux côtés. Les économies des pays engagés ou non avaient quant à elles commencé à payer le prix de la guerre. Bien avant la chute du premier missile sur Bagdad. Investissements suspendus, consommateurs aux abonnés absents, choc pétrolier (même temporaire)... rares sont les pays à ne pas avoir été touchés. Il faudra attendre le dénouement du conflit pour savoir dans quelles conditions, et à quelle vitesse, la confiance reviendra. Les entreprises ont déjà commencé à payer le prix de la volonté du président Georges Bush de faire plier l'Irak de Saddam Hussein. Certaines pourraient être plus touchées que d'autres. Accor a refusé d'être parmi celles-ci, décidant de retirer temporairement le drapeau français de la façade de ses Sofitel américains. Quitte à provoquer une polémique en France. Faut-il s'en " scandaliser " comme Jean Marsaudon, député-maire de Savigny-sur-Orge ? Ou reconnaître à un groupe hôtelier mondialisé, et " scotché " au terrain, le droit de donner son aval à son personnel local désireux de prendre une mesure de précaution ? Accor pouvait-il faire front à la quasi-hystérie anti-française qui s'est emparée d'une partie du public américain, encouragé par des politiques anglo-saxons en quête de boucs-émissaires ? Accor pouvait-il fermer les yeux, malgré l'arrivée d'un déluge d'e-mails menaçants et d'alertes à la bombe (fausses heureusement) qui ont notamment provoqué l'évacuation temporaire d'un de ses établissements à Philadelphie ? Un hôtel n'est ni un consulat, ni une ambassade. Remarquons d'ailleurs que les militaires américains qui sont entrés en Irak ont eux-mêmes reçu l'ordre de ne pas déployer à tout va leurs couleurs - même la bannière étoilée -, afin de ménager la susceptibilité des Irakiens " libérés " du régime de Saddam Hussein. Les entreprises les plus symboliques de " l'American Way of Life " auraient d'ailleurs à leur tour beaucoup à perdre, non seulement d'une guerre trop meurtrière, mais aussi d'une paix mal gérée par Washington. Des marques comme Coca Cola, McDonald's (qui n'ont pas besoin d'exhiber leur drapeau) pourraient bien faire les frais de la volonté de la classe politique au pouvoir à Washington que l'Amérique soit, depuis les attentats du 11 septembre 2001, non seulement respectée mais crainte. Victimes de mouvements de boycottage beaucoup plus puissants que celui dont un José Bové s'est fait le hérault. Mais aussi victimes d'un désamour pour les symboles d'une superpuissance dont la qualité première n'est pas de savoir être à l'écoute des diversités des peuples de notre planète.

Jean-Léon Vandoorne
jlv@usinenouvelle.fr

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