L'Usine Agro

[Grippe aviaire] "Les oiseaux en cours de destruction représentent une valeur de 12 à 13 millions d’euros", assure Michel Fruchet

Gaëlle Fleitour

Publié le , mis à jour le

Entretien Jeudi 19 janvier, réunion de crise au ministère de l'Agriculture entre Stéphane Le Foll, éleveurs et industriels, sur la question de la grippe aviaire. Michel Fruchet, directeur général de la coopérative Val De Sèvre et d irecteur du site de Delpeyrat en Vendée,  référent pour Coop de France sur la question aviaire et p résident de la Fiac Foie Gras, participait déjà à la précédente réunion, le 11 janvier. Il se confie à L'Usine Nouvelle.

[Grippe aviaire] Les oiseaux en cours de destruction représentent une valeur de 12 à 13 millions d’euros, assure Michel Fruchet
Michel Fruchet
© DR

L'Usine Nouvelle - Que retenez-vous de la réunion avec le ministère de l’Agriculture à laquelle vous participiez sur la grippe aviaire ?

Michel Fruchet - L’ensemble des acteurs de la filière volaille était présent. Il y a eu un constat positif : grâce aux mesures de biosécurité mises en place dans les élevages (obligatoires depuis un arrêté de février 2016 entré en vigueur en juillet, ndlr), on ne retrouve plus de trace du virus H5N1 qui avait sévit l’an dernier. Malheureusement, cette année, nous sommes confrontés à un virus beaucoup plus virulent, arrivé par les voies aériennes avec les oiseaux migrateurs, qui a rapidement contaminé les élevages avec des cas cliniques avérés sur les canards. Or sa prolifération démontre que l’application de ces mesures reste à parfaire, même si on ne sait pas toujours expliquer l’origine d’un cas.

Qu’avez-vous décidé ?

Notre interprofession avait décidé d’instaurer, à partir du premier janvier et dans toutes les exploitations  de France, un audit indépendant pour s’assurer que les mesures de biosécurité avaient bien été mises en place. Or vu la situation, il a été impossible de faire circuler des auditeurs dans les élevages ! Mais dès que nous aurons suffisamment désinfecté et nettoyé les structures aux yeux des autorités, personne ne pourra s’affranchir d’un tel audit.

Les élevages en plein air, pourtant plébiscités par les consommateurs, seraient encore plus durs à protéger selon l’Organisation Mondiale de la Santé Animale…

D’après les scientifiques, on ne peut pas dire que si on avait confiné les oiseaux en préventif, on aurait pu éviter ces contaminations.

Y-a-t-il des risques de pénurie de produits en aval dans l’industrie?

Pas dans le domaine du foie gras, car il y a moins de demandes en cette saison. Sur le marché du magret, cela va se tendre un peu mais la filière a déjà perdu des parts de marché : durant trois mois, 70% de la production française a été stoppée, il a malheureusement été remplacé sur les tables par d’autres produits.  Mais la situation va peser sur le marché du confit de canard, sur lequel la France est déjà structurellement déficitaire.

Globalement, on réattaque une deuxième année sans export, c’est trop. Sur nos cinq usines Delpeyrat, quatre se trouvent dans les Landes et le Gers : on ne pourra pas échapper à la mise en place de travail partiel, faute d’avoir assez d’animaux.

A combien chiffrez-vous les pertes pour la filière ?

D’après nos projections, les oiseaux en cours de destruction représentent une valeur de 12 à 13 millions d’euros, et les frais liés à l’abattage, 1,6 million d’euros. Sur ces volets, les autorités nous ont assuré qu’elles allaient mettre en place une indemnisation via FranceAgriMer.

Mais qui va prendre en charge la perte d’exploitation des producteurs ? L’Etat nous a bien fait comprendre qu’il ne s’engagerait pas à 100% comme l’an dernier, il avait à l’époque obtenu un co-financement de l’Europe. Tandis qu’en aval, nous allons devoir nous débrouiller comme d’habitude. Mais l’an dernier, nous avons comptabilisé neuf millions de canards en moins, cette année 2,9 millions : l’impact est tout de même moindre, et ne couvre pas la même période. Et les usines ne sont pas totalement à l’arrêt.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

Une réunion prévue le 19 janvier avec Stéphane Le Foll

Le ministre de l'Agriculture recevra les éleveurs de palmipèdes du Sud-Ouest et toute la filière, afin de discuter des indemnisations. L’an dernier, lors de la précédente crise de grippe aviaire, les producteurs avaient pu terminer l'élevage de leurs volailles et les commercialiser avant de procéder à un vide sanitaire de deux semaines. 130 millions d’euros d’aide avaient été débloqués pour les dédommager.

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