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GRDF passe à la formation connectée

Frédéric Parisot , ,

Publié le

Dans son centre de formation près de Nantes, GRDF utilise les dernières technologies numériques pour améliorer l’instruction de ses futurs techniciens.

GRDF passe à la formation connectée
Derrière ce miroir sans tain, les formateurs filment les stagiaires confrontés à divers scénarios de panne sur un réseau de gaz et taggent les événements importants.

Installé sur un terrain de plus de 25 hectares près de Nantes, le site de Saint-Étienne-de-Montluc (Loire-Atlantique) est le plus gros des trois centres d’Energy Formation, la filiale du groupe GRDF chargée de la formation. Depuis 1967, c’est ici que tous les techniciens qui interviennent sur les conduites de gaz dans l’ouest de la France ont appris leur métier. Au fil des décennies, le site a toujours voulu rester à la pointe en matière de pédagogie. Il fut l’un des premiers au monde à placer les stagiaires dans des conditions réalistes, avec de faux lotissements à raccorder au réseau et des maisons factices à diagnostiquer. Depuis quelques mois, c’est vers le numérique que se tourne le centre, en vue d’améliorer la qualité de ses formations.

1. Gagner en autonomie grâce aux lunettes

En intervention, les techniciens gaziers n’ont pas le droit à l’erreur. Aussi doivent-ils être formés à tous les gestes et à toutes les situations. Mais pour certaines opérations, comme la pose de robinets de percement en charge (RPC), les méthodes d’apprentissage classiques atteignaient leurs limites. « Souder ces robinets sur un réseau sous pression est délicat. Si le stagiaire rate sa soudure, il ne peut plus aller au bout de la formation. Il n’apprend pas alors tous les bons gestes », explique Guilhem Armanet, le directeur du centre de formation de Saint-Étienne-de-Montluc. Pour réduire les erreurs, la filiale de GRDF a eu l’idée d’utiliser des lunettes connectées. Un écran virtuel s’affiche devant les yeux du stagiaire, lui indiquant les tâches à réaliser. Plus pratiques que des documents papiers, qui peuvent se salir ou s’envoler, elles ont l’intérêt de lui laisser les mains libres. « Il découvre un écran dans le coin supérieur droit de son champ de vision, sur lequel s’affichent les instructions. Il lui suffit de viser l’un des trois codes datamatrix positionnés sur le sol devant lui pour avancer d’une page, reculer, ou afficher une page d’aide », décrit David Cherel, le directeur de l’activité solutions innovantes chez Eurogiciel. La société de conseil et d’ingénierie a testé différentes lunettes du marché avant de développer l’application pour GRDF. Un projet mené en trois mois seulement, qui a permis à la formation de gagner en qualité. « Contrairement aux formations classiques, on valide le fait que le stagiaire est bien passé par toutes les étapes, commente Hélène Wallyn, la responsable de l'equipe digitale chez Energy Formation. Avec la possibilité de faire du debriefing : les lunettes sont équipées d’une caméra et peuvent rejouer la scène en présence du formateur. »

2. Dynamiser les séances en salles

Dans les salles de cours aussi, Energy Formation a voulu s’appuyer sur les technologies numériques les plus récentes. Le centre a opté pour la Klaxoon box. Ce boîtier lancé l’an passé par la start-up rennaise Klaxoon pilote les tablettes de tous les participants (stagiaires et formateur). Il permet de créer facilement des séances de brainstorming, où les étudiants saisissent leurs idées, qui s’affichent ensuite sur l’écran principal de la salle. Le système inclut une messagerie instantanée. Les stagiaires posent des questions tout au long du cours et le formateur peut y répondre quand il le souhaite en étant sûr de n’oublier aucune question. Tous ont immédiatement adopté ce système. « Le boîtier Klaxoon crée de l’émulation dans les salles de classe, car on se rapproche des outils que les stagiaires utilisent à la maison, constate Guilhem Armanet. Et d’un point de vue purement pédagogique, il est très utile pour réguler les temps de paroles entre les stagiaires introvertis et extravertis. »

3. Aller plus loin dans l’analyse

Le centre de Saint-Étienne-de-Montluc forme à tous les métiers du gaz, y compris celui de pilote d’exploitation. « C’est l’un des métiers les plus difficiles, il faut des années pour devenir un bon pilote d’exploitation. Nous devions les former plus rapidement, précise Hélène Wallyn. Avec l’Académie des chefs d’exploitation, six mois suffisent pour atteindre le même niveau de professionnalisme. » Cela se fait à grands renforts de technologies numériques. L’objectif de cette formation est d’apprendre aux futurs pilotes d’exploitation à gérer les incidents qui surviennent tous les jours sur le réseau, de la fuite chez le particulier à la conduite percée lors de travaux de voirie. Pour cela, les stagiaires sont placés dans une salle d’exploitation reconstituée fidèlement, avec, au fond, un miroir sans tain derrière lequel les formateurs créent les scénarios en temps réel sur un logiciel qui simule un réseau de gaz. Ils reproduisent des pannes et ajoutent des facteurs aggravants, comme une mauvaise communication téléphonique avec l’équipe présente sur place, afin d’intensifier le stress. La scène est entièrement filmée et les formateurs ont un logiciel pour tagger un événement, afin d’y revenir plus tard pendant le debriefing. Ils peuvent ainsi montrer aux stagiaires qu’une information cruciale qui leur a été communiquée pendant une période de stress n’a pas été prise en compte.

4. Prévoir les technologies de demain

Les dirigeants d’Energy Formation ont bien compris l’intérêt des nouveaux outils numériques pour le monde de la formation et mettent un point d’honneur à être parmi les premiers à les utiliser, comme ce fut le cas pour les lunettes connectées. Mais ils réfléchissent déjà à l’étape d’après. « Nous testons de nouveaux dispositifs pour que le stagiaire passe d’un écran à l’autre, notamment les bracelets ou les bagues connectés, qui repèrent les mouvements du poignet, affirme David Cherel. Lorsque les lunettes auront progressé, on pourra utiliser de la réalité augmentée, avec des informations qui s’adaptent en temps réel en fonction du contexte. Et, à plus long terme, on vise les technologies d’eye-tracking (suivi des trajectoires de l’œil) qui nous permettront de nous assurer que le stagiaire a bien effectué tous les contrôles visuels prévus. » Au final, le directeur du centre, Guilhem Armanet, en est persuadé, cette formation nouvelle génération n’offre que des avantages. « Nos techniciens en formation sont technophiles, il faut s’adapter à ce qu’ils utilisent chez eux, lance-t-il. Surtout, nous sommes passés d’une génération de stagiaires à qui l’on devait tout apprendre à une génération Wikipédia, où ils se renseignent au préalable sur n’importe quel sujet. Les formateurs doivent donc devenir avant tout des animateurs et des guides. Et le numérique les y aide. » 

Un état d’esprit de l’apprentissage

Chez Energy Formation, le numérique ne remplace pas les équipements réels (il faut acquérir des tours de main), il place les stagiaires dans un état d’esprit d’apprentissage. « Chez les gaziers, beaucoup d’accidents surviennent le vendredi soir, quand la tension se relâche, constate Guilhem Armanet. Nos opérateurs doivent avoir un cortex préfrontal surentraîné, car c’est la zone de la réactivité. On cherche par la formation à développer cette zone, à la connecter à celle de la récompense. Le numérique a donc un vrai rôle pédagogique. »

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