Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Grande conférence sociale : jusqu'ici tout va bien

Christophe Bys ,

Publié le

La première journée de la grande conférence sociale, hier, lundi 9 juillet, à Paris, s'est achevée sur un satisfecit quant à la méthode employée. Pourtant, derrière la belle unanimité pointent des divergences d'analyse sur la situation et sur les solutions proposées. Résumé des débats et analyse des enjeux pour le mardi 10 juillet.

Grande conférence sociale : jusqu'ici tout va bien © D.R. - Présidence de la République

S'il n'y avait omniprésent le logo de l'événement, sobrement intitulé "la Grande conférence sociale", dans le décor minéral du Conseil économique social et environnemental, le visiteur pourrait se croire à un concours d'éloquence, à l'épreuve "vous trousserez le plus beau compliment pour résumer votre journée".

Ils sont unanimes : la conférence est l'occasion d'un vrai dialogue, d'une vraie écoute, sans aucun tabou. Ségolène Royal, présidente de la région Poitou Charentes et participante à la table ronde emploi, pointait un accord des uns et des autres autour de la stabilité législative : "Les régions, comme les entreprises, ont besoin de stabilité, aussi bien pour les aspects sociaux que légaux. On ne doit plus jamais revivre ce qui s'est passé sur le photovoltaïque", considérait-elle à l'issue de la première journée de discussion.

Sortie de la table ronde consacrée à la protection sociale, Danièle Karniewicz (CFE-CGC) est confiante : "Tout le monde est à l'écoute, car chacun est convaincu qu'il faut trouver des solutions rapidement." Comme en écho, François Chérèque de la CFDT résume l'ambiance de la table ronde consacrée au redressement productif, à laquelle il participait : "Tout le monde joue le jeu, c'est la première fois que j'assiste à ce type de rencontres."

Même enthousiasme chez Patrick Bernasconi, négociateur du Medef : "On peut s'exprimer librement sur tous les sujets. La liberté d'expression est importante." Clôturant les travaux de la première journée, le ministre du Travail et du dialogue Social, Michel Sapin, faisait preuve d'un réel sens de la synthèse en expliquant : "Ce qui m'a frappé c'est l'appétit de débat et le plaisir des uns et des autres à dialoguer véritablement".

Et le ministre de faire la liste des premiers consensus apparus au cours de cette journée, l'organisation de certaines tables rondes débouchant sur des accords dès le premier soir. Sur l'égalité professionnelle, les personnalités réunies ont convenu qu'il ne fallait pas de lois supplémentaires, mais ont pointé les failles de la réglementation, demandant des sanctions plus efficaces.

Même convergence pour la première partie de la table ronde protection sociale : les partenaires sociaux souhaitent une installation rapide du haut conseil pour le financement de la protection sociale.

Des mesures rapides attendues

Certaines convergences apparaissent donc bien modestes à la fin de la première journée et rien ne dit que le gouvernement ne tranchera dans ce sens. Le ministre du Travail le rappelle : la grande conférence doit s'achever avec une liste de sujets, une méthode de résolution et un calendrier.

C'est là qu'émergent les premières différences. Pour la CGT, Mohamed Oussedik estime que si la conférence "accouche d'un agenda social, ce ne sera pas un très bon signe" pour les salariés dont l'emploi est menacé. Il attend des mesures rapides qui "ont l'avantage de ne rien coûter et qui renforceraient la présence des salariés dans les conseils d'administration et les comités de rémunérations".

Autre point qui pourrait créer des frictions : la question du coût du travail. Mis en cause par le président de la République, François Hollande, dans son allocution matinale, le constat semble là aussi partagé. Mais il ne faut pas trop gratter pour l'instant pour trouver une solution, car les participants sont loin d'être d'accord sur les moyens à mettre en oeuvre.

Si François Chérèque (CFDT) est plutôt partisan d'un transfert vers la CSG "pour suivre l'évolution économique", il refuse de limiter la question de la compétitivité à celle des coûts salariaux. Le cégétiste Mohamed Oussedik est partiellement d'accord : il ne souhaite pas d'un transfert vers la CSG mais d'un élargissement des cotisations sociales vers les revenus du capital.

Jean-Claude Mailly (FO) promeut une position encore plus subtile : il veut bien discuter du financement de la protection sociale pour en revoir la composition,  mais refuse que ce soit dans le cadre de l'amélioration de la compétitivité. C'est pourquoi il s'étonne que la question des prélèvements ait été abordée dans la table ronde sur le redressement productif : "il y avait d'autres sujets à aborder, comme la création de filières industrielles, la création d'une banque pour l'industrie ou la politique d'innovation. C'est plus important que les taux de prélèvements".

Un enjeu aussi politique

Mohamed Oussedik lui voudrait que l'on remette en question les exonérations accordées aux entreprises, aussi bien les cotisations sociales que le crédit d'impôt recherche. A l'autre bout du spectre, Patrick Bernasconi pour le Medef, espère que le gouvernement avancera sur le dossier de la flexisécurité ! Bon courage pour la synthèse.

Les discussions, ce mardi 10 juillet, devront donc rapprocher ces points de vue, sans tomber sur le plus petit dénominateur commun. En début d'après-midi, avant l'ouverture des tables rondes, la ministre des affaires sociales Marisol Touraine prévenait déjà : "Il faudra déboucher sur un compromis positif. Chacun devra dépasser ce qu'il demandait initialement pour déboucher sur l'intérêt général."

Quels que soient les résultats économiques et sociaux, ces deux journées pourraient être un succès politique pour l'exécutif. Car l'enjeu de cette grande conférence est aussi politique. Si le nom du prédécesseur de François Hollande n'est jamais prononcé, tout est fait pour montrer le contraste entre la méthode Hollande et celle de son prédécesseur.

En pleine campagne électorale, il y a à peine plus de deux mois, Nicolas Sarkozy proposait de réformer la formation professionnelle et l'indemnisation de l'assurance chômage par référendum pour dépasser les blocages des partenaires sociaux. Face à ces mêmes blocages, François Hollande et le gouvernement font le pari inverse : redonner du pouvoir et écouter les syndicats et les organisations patronales pour qu'ils deviennent une partie de la solution. Audacieux pour un homme qu'on a souvent dit prudent, trop prudent.

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle