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Google, Coca-Cola et eBay, premiers clients de Bloom Energy

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La jeune pousse californienne Bloom Energy a levé une partie du mystère qui entourait son activité. Son « serveur énergétique » s’adresse aux entreprises et s’appuie sur une technologie de pile à combustible originale. Où le sable remplace le métal précieux.

Google, Coca-Cola et eBay, premiers clients de Bloom Energy

Le rendez-vous était attendu. Sans que l’on sache vraiment s’il fallait espérer une annonce fracassante ou si on allait assister à un show à l’américaine sans consistance. Sur le campus d’eBay, au cœur de la Silicon Valley, la jeune pousse Bloom Energy lançait hier une pile à combustible prometteuse. « Elle a le potentiel de révolutionner l'industrie énergétique », lançait enthousiaste le gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger devant un parterre plutôt fourni composé par exemple du pdg d’eBay, du vice-président de Google et de deux anciens secrétaires d'Etat américain : George Shultz et surtout Colin Powell qui fait partie du conseil d’administration de Bloom Energy.

La pile à combustible n’est pas en soi révolutionnaire. Son fonctionnement est connu depuis le milieu du dix-neuvième siècle et des fournisseurs annoncent régulièrement être sur le point de développer un modèle bon marché. Depuis la présentation assez imprécise de Bloom Energy sur CBS News il y a quelques jours, bon nombre d’observateurs craignaient donc le pire, ironisant, à l’instar du Wall Street Journal, sur « les boîtes mystères » derrière lesquelles se cachent souvent les idées les plus saugrenues. Mais après huit ans de recherche et 400 millions d’euros investis en recherche et développement, l’ex ingénieur de la Nasa K.R. Sridhar semble bien avoir développé une technologie originale.

Des clients prestigieux

Dans sa pile, pas de platine, pas de zircone ni aucun autre métal rare et coûteux, mais au contraire un matériau bon marché et abondant : le sable, riche en silice. Cuit et compressé en un disque de céramique de la taille d'une photo, il sert de support à des encres appliquées de chaque côté. C’est là que se produisent les réactions chimiques qui créent l’électricité au contact de gaz et d’oxygène. Plusieurs centaines de cartes sont ensuite empilées pour former un « serveur énergétique » capable de fournir 100 kilowatts (kW) d’électricité.

Au-delà de l’innovation technologique, l’originalité de l’offre est de s’adresser aux entreprises. Comme d’autres spécialistes de la pile à combustible, K.R. Sridhar promet de sortir d’ici dix ans un modèle de pile permettant à chaque habitation d’assurer son indépendance énergétique à un prix raisonnable (estimé à 3000 dollars). Mais en attendant, ses mini-centrales électriques pour les PME, les collectivités ou les ensembles d’habitation qui veulent produire eux-mêmes une énergie verte sont bel et bien disponibles. Et la solution semble parfaitement opérationnelle si l’on en croit les premiers utilisateurs. Parmi eux, des noms prestigieux : Google, Coca-Cola, Bank of America, Fedex et autre eBay. Ils ont déjà produit plus de 11 millions de kilowattheures (kWh) d’électricité dans le plus grand secret.

Des incertitudes
 
« Nous avons une installation de 400 kW sur notre campus principal, explique-t-on chez Google. Au cours des dix-huit premiers mois, le projet a eu 98 % de disponibilité et livré 3,8 millions de kWh d'électricité ». Même satisfaction chez eBay. L’installation de serveurs répond à 15 % des besoins énergétiques de son site californien : « Nous avons constaté qu’ils sont cinq fois plus efficaces que les panneaux solaires », analyse Ashwin Seshagiri qui fait partie de la green team de la société. L’appellation « serveur » n’est pas due au hasard. A l’instar des serveurs informatiques, la solution offre une architecture modulaire qui a fait ses preuves, permettant d’ajouter un produit dès qu’un nouveau besoin se fait ressentir dans l’entreprise. K.R. Sridhar veut imiter ses voisins de la Silicon Valley en « ouvrant l'accès à l'énergie de la façon dont les ordinateurs et l'Internet ont ouvert l'accès à l'information ».

Reste la facture. Bloom Energy promet de réduire rapidement ses prix, mais il faut pour le moment débourser entre 700 et 800 000 dollars pour chaque serveur, ce qui d’après les calculs de la société équivaudrait à un prix d’environ 9 cents (7 centimes d’euro) par kWh et offrirait un retour sur investissement de trois à cinq ans. Ces chiffres sont très discutés car ils intègrent des subventions que l’on peut obtenir aux Etats-Unis lorsqu’on produit une énergie propre. Le gain environnemental est encore plus incertain. La société évoque des émissions de CO2 de 350 kg par MWh d’électricité en s’appuyant sur du gaz naturel et une production neutre en carbone si l’on utilise du biogaz. Une solution qui émettrait deux fois moins de dioxyde de carbone… que les centrales électriques américaines qui ne sont pas franchement des références. Par rapport aux énergies renouvelables, K.R. Sridhar met d’ailleurs davantage la capacité de ses serveurs à produire de l’électricité en continu et pas seulement quand il y a du vent et du soleil.

Olivier Descamps
 

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