Quotidien des Usines

Goodyear Amiens nord craint la fermeture

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Henry Dumortier, le directeur général de Goodyear Dunlop France, précisera ce jeudi 31 janvier l’avenir des deux usines d’Amiens. C’est l’aboutissement d’un bras de fer de cinq ans entre la direction et la CGT.

Goodyear Amiens nord craint la fermeture © D.R.

Ce jeudi 31 janvier à 9 heures 30 se tient un comité central d’entreprise (CCE) de Goodyear Dunlop Tires France à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) au siège de Goodyear France. L’ordre du jour est le suivant : "Communication du directeur général sur la stratégie et l’établissement du site d’Amiens nord." Ce site fabrique des pneumatiques "tourisme" pour le marché automobile et des pneumatiques "agricoles" pour le marché de l’agriculture.

Les informations distillées ces jours-ci par la direction de Goodyear Dunlop Tires France laissent penser que cette dernière prépare l’opinion à une décision radicale concernant l’usine Amiens nord (Somme) qui emploie 1 175 salariés. Selon la direction de Goodyear Dunlop France, cette usine produit chaque jour 2 700 pneus tourisme et 270 pneus agricoles pour une capacité de 23 000 pneus par jour. L’usine aurait ainsi enregistré une perte de 41 millions d’euros en 2011. Le coût de fabrication d’un pneu tourisme s’élèverait à 71,80 euros pour un prix moyen de vente de 42,50 euros, soit une perte sèche de 29,30 euros par pneu tourisme. La direction de Goodyear Dunlop France tient à rappeler qu’il n’y a "pas eu de dividendes de versés aux actionnaires depuis 2003" au niveau du groupe.

Henry Dumortier, le directeur général de Goodyear Dunlop France, va-t-il annoncer la fermeture de l’usine tout entière, ou bien seulement de la partie "tourisme" en vendant l’activité "agricole" (500 salariés) au groupe américain Titan ? Pour saisir les enjeux de ces deux options, il faut avoir en tête les deux décisions stratégiques prises ces dernières années par Goodyear pour cette usine.

Désengagement dans le pneu tourisme à faible valeur ajoutée et dans le pneu agricole

Le groupe Goodyear Dunlop a décidé en 2008 de se désengager du pneu tourisme à faible valeur ajoutée, ce qui l’a conduit à investir dans son autre usine amiénoise baptisée Amiens sud, qui produit des pneus sous la marque Dunlop (940 salariés), de l’autre côté de la rue où se trouve l’usine Goodyear. Le groupe a d’autant plus facilement misé sur cette usine sœur que cette dernière avait accepté de changer d’organisation et de passer à une organisation du travail plus flexible, le 4x8.

Le groupe américain a par ailleurs décidé de se désengager du pneu agricole partout dans le monde. Son projet était de vendre cette activité d’Amiens nord à un spécialiste du secteur, le groupe américain Titan, qui avait déjà repris les activités agricoles de Goodyear en Amérique. Maurice Taylor, le PDG de Titan, a visité plusieurs fois l’usine d’Amiens au cours des trois dernières années. Il y en a aussi été empêché une fois par la CGT. Titan s’était déclaré intéressé par l’outil de production de Goodyear et voulait faire de cette usine sa plateforme européenne. A une condition : que soit signé et engagé le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) sur la partie tourisme de l’usine.

Mais la direction de Goodyear n’a jamais pu engager de PSE sur ce site d’Amiens nord car la CGT, le syndicat majoritaire, n’en voulait pas. En 2009, le tribunal de grande instance de Nanterre, saisi par le syndicat, avait suspendu ce PSE pour une question de procédure. En 2011, la direction a proposé un nouveau PSE qui a été suspendu par la justice au motif que les éléments fournis par Titan pour la reprise de l’activité agricole n’étaient pas assez détaillés.

Le plan de départs volontaires, outil de communication du leader CGT, candidat aux élections législatives

La direction de Goodyear a alors sorti son va-tout en jouant la carte du plan de départs volontaires avec la CGT. Cette dernière a accepté de négocier ce plan alors qu’elle s’opposait jusque-là à un tel projet, refusant en bloc l’arrêt de l’activité tourisme.

Le leader CGT, Mickael Wamen, candidat aux législatives de 2012 dans la Somme, s’est appuyé sur ce plan de départ volontaires (PDV) pour sa campagne, en déclarant début juin, juste avant le premier tour des législatives : "Nous avons fait plier la direction ! Elle enterre son PSE." La direction de son côté faisait semblant de ne pas voir que le leader CGT se servait du plan pour sa propre campagne électorale et ne communiquait plus sur son projet de fermeture de l’activité tourisme tout en reconnaissant qu’elle avait toujours cette fermeture en ligne de mire.

Elle était persuadée de l’attractivité de son plan de départs volontaires pour les salariés : des formations, des aides à la mobilité, des reclassements, un chèque de 100 000 euros pour les jeunes et un chèque de 200 000 euros pour les plus anciens.

Au mois d’août 2012, alors que l’on s’approche de la date butoir pour la signature de l’accord, le leader CGT quitte la table des négociations en expliquant qu’il ne peut signer un tel accord, Titan ne s’engageant que pour deux ans à maintenir les 500 emplois. La direction parle alors "d’irréalisme social et d’irresponsabilité de la part de la CGT" et laisse entendre que l’attitude de la CGT ne va pas favoriser une reprise par Titan de l’activité agricole du site.

Les syndicats minoritaires en embuscade

Jusqu’à aujourd’hui, une très large majorité de salariés faisait confiance à la CGT et à son leader. Qu’en sera-t-il demain ? Les syndicats minoritaires (SUD et CGC) sont critiques sur la ligne dure suivie par le syndicat majoritaire depuis cinq ans.

Virgilio Mota Da Silva, délégué du syndicat Sud, s’étonne que le syndicat majoritaire n’ait pas compris ceci : "Quand on connait un peu Goodyear, on sait qu’ils ne reviennent jamais sur une décision stratégique." Il laisse entendre que la CGT n’a pas mené la bonne stratégie en s’opposant à Titan et en croyant qu’elle pourrait infléchir la direction sur sa stratégie dans le pneumatique tourisme à faible valeur ajoutée. "Sauver une usine de 500 personnes, ce n’est pas rien et c’est mieux que de tout fermer. Seule l’activité agricole était viable, la direction ayant saboté l’activité tourisme pour la rendre inutilisable." Le syndicaliste est convaincu que si la CGT avait vraiment accepté de discuter avec Titan pour la partie agricole, "on aurait pu obtenir un engagement de sa part sur cinq ans".

Marc Jonet, le délégué CFE CGC, n’est pas tendre non plus à l’égard du "blocus orchestré par le syndicat majoritaire" sur le projet de reprise par Titan. Il fallait porter ce projet, explique-t-il, d’autant que Titan avait déjà repris les activités agricoles de Goodyear aux Etats-Unis et au Brésil. "A chaque fois qu’ils ont repris les activités de Goodyear, cela fonctionne bien." Le syndicaliste veut encore y croire. "Lorsque M. Taylor est venu nous voir, il a prononcé des discours élogieux sur l’état de nos machines. Il nous a dit que notre outil de travail était utilisable du jour au lendemain. C’est un site intéressant pour Titan car on peut y produire des pneus de grandes dimensions."

Claire Garnier

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