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Quotidien des Usines

God save le nucléaire

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

La commande de deux réacteurs par la Grande-Bretagne pourrait ouvrir des perspectives à la filière française. Pour la première fois, Areva sera aussi investisseur.

God save le nucléaire
EDF construira deux EPR sur le site d’Hinkley Point.

L a filière électronucléaire française bénéficiera de milliers d’emplois, nouvellement créés ou confortés.

Henri Proglio, le PDG d’EDF

Fini, dépassé, trop gros, trop complexe, trop coûteux… Ceux qui avaient enterré le réacteur français de troisième génération EPR en sont pour leurs frais. Le monstre renaît de ses cendres en terres britanniques, où EDF va construire deux unités sur le site d’Hinkley Point C (Somerset). Les deux réacteurs, qui seront opérés par EDF, représentent un investissement de 19 milliards d’euros, dont 16 milliards pour la construction. Après deux ans d’habiles négociations, l’électricien a obtenu un tarif de rachat de 109 euros par MWh sur trente-cinq ans, soit un prix deux fois plus élevé que le marché de gros. Il a aussi réussi à s’allier à des investisseurs solides : 40% à 50% des investissements seront portés par EDF, 30% à 40% par les chinois CNNC et CGN et, inédit, 10% par Areva.

Pour Areva, en panne de contrat sur l’EPR depuis 2007, ce marché est plus que stratégique. Il ouvre le compteur des 10 EPR à vendre d’ici à

Les gros chiffres du contrat

  • 19 milliards d’euros pour le projet
  • 16 milliards d’euros pour la construction
  • 24% des commandes pour des entreprises françaises
  • 5 000 salariés mobilisés chez Areva
2016, selon les objectifs annoncés en 2011 par le président d’Areva, Luc Oursel. Ce dernier voit dans l’Angleterre "le symbole d’un pays de l’OCDE, européen de surcroît, qui mise sur le nucléaire et lui fournit un cadre hyper favorable", explique-t-on chez Areva. Un bol d’air après la sortie de l’atome de l’Allemagne, la défiance de la France, l’enterrement du renouveau nucléaire en Italie et aux États-Unis. Sans compter que quatre autres EPR potentiels sont attendus à Sizewell C (projet d’EDF) et deux à Sellafield (projet du consortium Nugen, comprenant GDF Suez).

Enfin, Hinkley Point réhabilite l’EPR en difficulté sur les chantiers en Finlande et en France, et tenu en échec dans les appels d’offres d’Abu Dhabi en 2009 et de République tchèque en 2013. "Il est trop tôt pour parler d’effet sur l’image de l’EPR. Dans l’immédiat, ce qui va redorer le blason du réacteur, c’est le respect des délais du chantier de Taishan en Chine", tempère Nicolas Crocq, consultant énergie chez SIA Partners. De son côté, Francis Sorin, le porte-parole de la Société française de l’énergie nucléaire (Sfen), se montre plus enthousiaste : "C’est une période où s’accumulent les événements positifs pour le nucléaire avec le projet d’allongement de l’amortissement des réacteurs, les quatre Atmea vendus en Turquie, la vente de ces deux EPR en Grande-Bretagne."

Au-delà d’Areva et d’EDF, ce contrat est une bulle d’oxygène pour toute la filière nucléaire française. Selon EDF Energy, la branche britannique de l’électricien, 57% des commandes reviendront à des entreprises d’outre-Manche et 24% à des françaises. "La filière électronucléaire française bénéficiera de milliers d’emplois, nouvellement créés ou confortés", assure Henri Proglio, le PDG d’EDF. Céline Cudelou, la déléguée générale du Groupement intersyndicale de l’industrie nucléaire (Giin) y croit : "Le marché français est stagnant. Cet accord répond au besoin d’aller à l’export, où il y a des cartes à jouer."

Des études engagées en 2011

Areva est le premier bénéficiaire du contrat en tant que fournisseur de travaux d’ingénierie, de l’ensemble de la chaudière nucléaire et du système de contrôle-commande. Les pièces forgées proviendront en priorité de l’usine Areva du Creusot (Saône-et-Loire), ainsi que des ateliers de Japan Steel Works à Muroran (Japon), avec qui Areva a signé un accord en 2008. Les deux cuves, les générateurs de vapeurs et les pressuriseurs sortiront des installations de Chalon – Saint-Marcel (Saône-et-Loire). Enfin, les pompes de refroidissement et les mécanismes de commandes de grappes sont confiés à Jeumont Solutions pour Pompes et Mécanismes (JSPM), une filiale d’Areva. C’est un immense morceau sur lequel l’ingénieriste nucléaire a déjà engagé des études et des travaux depuis 2011.

Autre bénéficiaire direct : Bouygues. La proposition du français, partenaire de l’anglais Laing O’Rourke, a été choisie pour le génie civil. Un contrat qui atteint 2 milliards d’euros. Alstom, pour sa part, fournira sa puissante turbine Arabelle, qui équipe déjà l’EPR français et les deux modèles chinois. Dans le sillage d’EDF, d’Areva, de Bouygues et d’Alstom, viendront des dizaines de PME françaises. Elles devront, toutefois, faire le poids face au grand turbiniste Roll’s-Royce et à sa cohorte de sous-traitants, avec qui des accords ont été signés lors du sommet franco-britannique de 2012.

Le nucléaire tricolore a le sourire, même si une petite ombre pointe sur ce tableau. Areva fait un grand saut dans l’inconnu en investissant à hauteur de 10% dans le projet. "Nous voulons plus de détails sur la participation d’Areva avant d’accepter que l’on quitte le modèle intégré de la société", explique Jean-Pierre Bachmann, coordinateur CFDT. Une inquiétude d’autant plus forte que la société est toujours sous le coup d’un plan de rigueur, avec 500 millions d’euros d’économies à réaliser en interne. Areva en dira plus lors du comité de groupe exceptionnel prévu le 5 novembre. 

où en sont les autres epr ?
Ol kiluoto 3

Une mésentente coûteuse en finlande

Coût 8,5 milliards d’euros, dont 5 milliards de surcoût
Mise en service 2016 avec sept ans de retard

Benchmark Chapo Rouge: Benchmark Chapo

Tête de série dans le nucléaire, cela se paye cash. L’EPR construit en Finlande n’a pas échappé à la règle : ses coûts et les délais de construction ont amplement dépassé les estimations à cause de deux facteurs principaux : la grande mésentente entre Areva et son client TVO, et le rôle inhabituel d’architecte-ensemblier attribué à Areva. Une position habituellement dévolue à EDF .

Flamanville 3

Victime de l’inexpérience en france

Coût  8,5 milliards d’euros, dont 5 milliards de surcoût
Mise en service  2016 avec quatre ans de retard

C’est lui qui illustre le fait que la France n’a pas construit de réacteur depuis longtemps. Le maître d’œuvre EDF a lutté pour remettre en ordre la filière française. Le chantier très difficile, en particulier sur les phases de génie civil, a parfois été mis à l’arrêt par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Désormais, le chantier français semble avoir trouvé un rythme de croisière.

Taishan 1 et 2

Un projet Rondement mené en chine

Coût  6 milliards d’euros

Mise en service  2014

Malgré un début de construction en 2009, les deux EPR chinois construits par un joint-venture CGN-EDF entreront en service en 2014, bien avant les deux têtes de séries européennes. Le secret : la Chine profite du retour d’expérience de Flamanville et d’Olkiluoto, et bénéficie aussi d’une filière nucléaire présente sur 30 chantiers simultanément.

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1 commentaire

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07/06/2016 - 07h29 -

3 ans après ça prend un gout particulier cet article, non ? on vit une époque formidable !
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