GM, Chrysler : et pour 21,6 milliards de plus...

C'est le prix à payer pour un retour à la rentabilité en 2011. Les plans de redressement comportent aussi 50.000 suppressions de postes, et restent conditionnés à une restructuration de la dette ainsi qu'à une palette de mesures d'économies. La stratégie

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GM, Chrysler : et pour 21,6 milliards de plus...
16,6 milliards de dollars de plus pour General Motors, 5 pour Chrysler. C'est ce que coûtera à l'Etat américain la restructuration des deux constructeurs automobiles, selon le plan d'action présenté hier au gouvernement. Sur le front de l'emploi, la viabilité de ces deux représentants des Big Three coûtera, elle, 20.000 postes pour GM et 3.000 pour Chrysler aux Etats-Unis.

Le prix de la viabilité

17,4 milliards de dollars, ponctionnés sur le fonds de 700 milliards d'aide au secteur financier, ont déjà été versés à GM (13,4 milliards) et à Chrysler (4 milliards). Le premier, qui dans le plan initial présenté début décembre, réclamait 18 milliards, confirme qu'il a besoin des 4,6 milliards manquant d'ici fin avril. Il rajoute 4,5 milliards d'ici à 2011, plus une ligne de crédit supplémentaire de 7,5 milliards au cas où la situation économique empirerait. En parallèle, le constructeur va chercher à obtenir d'ici à 2010 6 milliards de dollars de la part de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la Suède, du Canada et de la Thaïlande. Enfin, GM avertit que des prêts supplémentaires pourraient s'avérer nécessaires en 2013-2014 si le déficit de son fonds de pension (qui s'élève actuellement à 12-13 milliards) s'éternise.

Chrysler de son côté, avait demandé 7 milliards début décembre. Il affirme désormais que sans une aide de 5 milliards d'ici mars, c'est le dépôt de bilan assuré. Les besoins de la firme auront donc augmenté de 2 milliards de dollars en deux mois.

Les deux constructeurs prévoient de commencer les remboursements en 2012. L'effort sera difficile à fournir si jamais le gouvernement accepte le plan, mais les deux firmes de Détroit avancent un argument massue : selon leurs calculs, une faillite coûterait en cumul près de 125 milliards de dollars, qui seraient difficilement finançables par autre chose que les finances publiques. Chrysler évalue la facture sociale de sa propre disparition à 300.000 destructions d'emplois chez lui et ses fournisseurs.

50.000 destructions d'emploi

Chez General Motors, 47.000 postes seront supprimés en 2009 dans le monde (les 10.000 licenciements de cols blancs compris). Les 20.000 licenciements aux Etats-Unis s'étaleront jusqu'en 2012. Le constructeur prévoit cinq fermetures d'usines supplémentaires aux Etats-Unis par rapport à ce qu'il avait annoncé en décembre, ce qui va porter le nombre de fermetures à 14 sur trois ans. Ces huit dernières années, GM a déjà fermé 12 sites de production. Chrysler diminuera quant à lui ses capacités de production de 100.000 véhicules.

Réductions de coûts drastiques

Pour Chrysler, qui a publié une perte de 8 milliards de dollars en 2008, l'objectif de réduction de coûts atteint 700 millions de dollars cette année. Pour cela, il suspend les augmentations individuelles, les primes, et l'assurance vie de ses retraités. Il compte également diminuer les coûts de son réseau de concessions de 350 millions de dollars par an, notamment par le biais d'une réduction de leurs marges. D'autres leviers seront utilisés pour améliorer ses finances : la vente d'actifs (pour 300 millions de dollars), et une restructuration de sa dette visant à l'alléger de 5 milliards de dollars. Le constructeur attend par ailleurs de son alliance avec Fiat l'injection de 6,9 milliards de cash flow supplémentaire d'ici à 2016. Mais le problème, c'est que cette alliance est elle-même conditionnée par l'acceptation du plan par le gouvernement américain. C'est pourquoi il envisage aussi l'hypothèse d'une fusion avec GM, qui augmenterait selon lui le bénéfice avant impôt de 40 à 54 milliards de dollars d'ici à 2016.

La dette de General Motors doit quant à elle fondre de 18 milliards de dollars. Les détenteurs d'obligations ont jusqu'au 31 mars pour se mettre d'accord avec l'entreprise. Le premier des Big Three - pour combien de temps encore ? - prévoit aussi de diminuer le nombre de ses concessionnaires, de 6.246 en 2008 à 4.700 en 2012, puis 4.100 en 2014.

Adieu Saturn, Hummer et Saab

GM se concentrera désormais sur quatre marques : Chevrolet, Buick, GMC et Cadillac. Tandis que Saturn devrait mourir de sa belle mort, l'entreprise attend la fin du mois de mars pour statuer sur le devenir de Hummer. Quant à Saab, soit la marque sera vendue si elle trouve un repreneur, soit elle continuera son activité en dehors de GM (qui a demandé à la Suède de venir en aide à son constructeur) dès 2010, soit elle devra déposer le bilan pas plus tard que ce mois-ci. En termes de modèles, GM place la voiture verte au centre de sa stratégie. Il prévoit d'aligner 14 modèles hybrides en 2012.

Chrysler a décidé d'avoir une stratégie de lancement agressive. 24 nouveaux modèles seront mis sur le marché au cours des quatre prochaines années, dont quatre seront développés uniquement en interne. Le reste devrait dépendre de la réussite des alliances qui seront nouées par le constructeur. En revanche, trois modèles seront abandonnés : l'Aspen, le PT Cruiser, et la Dodge Durango.

Apres négociations sur les retraites

Les Big Three ont annoncé qu'un accord était sur les rails avec le syndicat de l'automobile, l'UAW, modifiant la convention collective de 2007. L'objectif est de réduire le coût de la main d'œuvre pour s'aligner sur celui des constructeurs étrangers présents aux Etats-Unis. Toyota, notamment, a encore une longueur d'avance et a même décidé de geler le salaire de ses ouvriers et baisser celui de ses cadres aux Etats-Unis.

Cependant, l'accord bute encore sur un point fondamental : celui du financement de la couverture sociale des retraités, dont la gestion a été externalisée aux salariés en 2007, ce qui avait permis d'améliorer le bilan des constructeurs. L'UAW refuse d'accepter une partie du financement sous forme d'actions.

Restructurations en Europe

Le Vieux Continent sera lui aussi touché par les mesures du plan de redressement de General Motors. Des fermetures d'usines et des cessions sont à l'étude. L'objectif est d'économiser 1,2 milliard de dollars.

Sous-traitants sous pression

GM, qui traite avec 1.600 fournisseurs, veut ramener ce nombre à 1.120. Il ambitionne par ailleurs de réintégrer certaines usines de Delphi. Au sujet de l'équipementier, GM a indiqué que si la liquidation était prononcée (Delphi est depuis 2005 sous la protection du Chapitre 11), elle pourrait mettre son plan à l'eau. Chrysler réclame une baisse des prix de 3% de la part de ses fournisseurs d'ici avril, et des réductions de coûts de 150 millions cette année.

L'application de ces mesures mettant à mal la filière, les deux constructeurs soutiennent ardemment la demande d'aide de 25,5 milliards de dollars émise par les équipementiers auprès de l'Etat américain.

Verdict le mois prochain

La « task force » mise en place par le président Obama se réunira pour la première fois cette semaine pour étudier les plans des constructeurs automobiles. L'avis ne devrait pas être rendu avant le 31 mars, date à laquelle tous les éléments entrant en ligne de compte devraient être connus.

Raphaële Karayan

Dossier : Automobile, le crash

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