[Glyphosate] Le "ghostwriting" au cœur du nouveau volet des "Monsanto Papers"

En épluchant les documents internes que Monsanto a été forcé de rendre publics en lien avec les poursuites judiciaires engagées contre lui aux Etats-Unis, le quotidien Le Monde explique comment le géant américain de l'agrochimie a rédigé des études puis payé des scientifiques pour les signer.

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[Glyphosate] Le
Roundup désherbant Le roundup : l’herbicide total de Monsanto qui contient du glyphosate.

"Ghostwriting", ou "écriture fantôme", soudoiement d'experts, ingérence… Le second volet des "Monsanto Papers" - ces dizaines de milliers de pages de courriers, emails, et autres notes internes, dévoilées par la multinationale à l'occasion de poursuites judiciaires aux Etats-Unis – met en lumière les pratiques du géant de la chimie pour minimiser, semer le doute, au sujet du glyphosate. Voici les trois enseignements majeurs à retenir de l'enquête de nos confrères du journal Le Monde publiée mercredi 4 octobre.

1- Une stratégie d'écriture fantôme

Le quotidien met à jour la pratique du géant de l'agrochimie, considérée comme une forme grave de fraude scientifique, et fortement répandue dans le milieu pharmaceutique, le "ghostwriting". Schématiquement, il s'agit du fait pour une entreprise de se comporter en "auteur fantôme". "Alors que ses propres employés rédigent textes et études, ce sont des scientifiques sans lien de subordination avec elle qui les endossent en les signant, apportant ainsi le prestige de leur réputation à la publication", explique le journal. Contre rémunération, ses scientifiques ont propagé, dans les médias généralistes comme Forbes mais aussi dans la presse professionnelle, des études relativisant la dangerosité du glyphosate. La substance, née avec le Roundup, le produit best-seller de Monsanto, est prisée par les particuliers et les agriculteurs du monde entier car très efficace et peu onéreuse… Et objet de controverse puisque le produit est aujourd'hui attaqué par près de 3500 plaignants, victimes ou proches de victimes décédées d’un lymphome non hodgkinien, un cancer du sang rare, et qu’ils attribuent à une exposition au glyphosate.

Dans le détail, les journalistes du Monde expliquent notamment comment Monsanto a demandé à un cabinet de consultants, Intertek, de lui trouver près de 15 experts, professeurs et consultants privés, pour rédiger des synthèses sur les liens entre le glyphosate et le cancer. Cinq études en découleront, toutes fortement amendées et censurées par le groupe américain, qui soutiennent que le glyphosate n'est pas cancérigène.

2- Du maquillage d'études

Un autre exemple de la stratégie du fabricant de vouloir diffuser à tout prix des études appuyant la fiabilité de son produit Roundup. Le Monde parle de "volonté de donner le lustre de l'indépendance". Ainsi, à l'étude d'un échange entre Monsanto et d'anciens collaborateurs, il apparaît clairement que l'industriel a cherché à retirer la signature de ces derniers des études produites pour donner l'apparence du sérieux et de l'indépendance du document, au profit de la signature d'autres personnes. Mais face à la réticence de certains qui ont dénoncé la pratique "contraire à l'éthique" du ghostwriting, Monsanto a été contraint d'indiquer le nom d'un ancien salarié en tant que coauteur.

3- Des experts liés contractuellement à Monsanto

Dévoués à la société américaine, et engagés à produire des études pour son compte, les "Monsanto Papers" révèlent la signature de "master contract" (ou "contrat-cadre", ndlr) entre plusieurs scientifiques et l'agrochimiste. Tel des avocats facturés au forfait, et à l'année, ces experts fournissent un certain nombre de publications pour le compte de Monsanto. Ces contrats sont plafonnés, mais il est possible d'y adjoindre des avenants pour commande exceptionnelle (comme pour les cinq études glyphosate) pour lesquels une rémunération complémentaire est prévue. De son côté, Monsanto nie également tout "ghostwriting" et évoque des mots sortis de leur contexte.

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