L'Usine Matières premières

Glencore expérimente la prudence

Myrtille Delamarche , , ,

Publié le

Analyse Malmenées par la baisse des prix des matières premières, les compagnies minières ont pourtant maintenu leurs investissements dans une suicidaire course aux volumes. A l’exception de Glencore, qui vient d’annoncer des mesures drastiques d’économies destinées à réduire sa dette d’un tiers.

L’annonce par Glencore, le 7 septembre, de la mise en place d’un vaste plan de réduction de sa dette pourrait ne fait pour l’instant pas d’émules parmi ses concurrents miniers, frappés par la baisse des prix des matières premières. Pourtant, cette politique qualifiée par son PDG Ivan Glasenberg lui-même de "peut-être trop prudente" et par Investec Securities de "drastique" pourrait bien être la plus raisonnable.

Le fer a perdu 20% de sa valeur en 2015, après une dégringolade de 47% l’année précédente. Le nickel, en baisse de 48% sur 2014, ne fait pas mieux. En Afrique du Sud, ce sont 30 000 postes que le secteur a fermés entre 2012 et 2014, et 50 000 sont menacés. En Chine, 10 000 mines risquent de fermer. Les estimations de dégâts, effarantes, s’accumulent et le secteur minier, qui a déjà perdu 16% de sa valeur boursière en 2014, continue pourtant sa folle course aux volumes malgré les signes de faiblesse de la demande chinoise.

Une stratégie "à l’épreuve des balles"

Glencore, qui a accusé une perte nette de 676 millions de dollars au premier semestre 2015 (contre un bénéfice de 1,7 milliard un an plus tôt) et vu son chiffre d’affaires reculer de 26%, a décidé de prendre les choses en main. Après cette réduction d’un tiers de sa dette (29 milliards de dollars), Glencore sera à l’abri en cas de nouvelle dégradation du marché. L’une des explications de cette réaction rapide et massive est peut-être à rechercher dans la participation de la direction au capital, selon les analystes de Citi. Les dirigeants devraient d'ailleurs souscrire 22% des nouvelles actions émises lors de l'augmentation de capital annoncée le 7 septembre. A cette dernière s'ajoutent des réductions de coûts et la suspension des dividendes (suspendus jusqu’à nouvel ordre). Et si cette décision s’avérait trop pessimiste, le retour des versements sera envisagé tous les six mois. « Nous nous assurons juste que nos affaires sont à l’épreuve des balles, et si la conjoncture mondiale devait s’améliorer et se stabiliser, alors nous reconnaitrions que nous sommes trop agressifs et reverserions ces capitaux aux actionnaires », justifie Steve Kalmin, directeur financier de Glencore.

Pas d’émules pour l’instant

Le premier groupe minier mondial, BHP Billiton, a fait le pari inverse en maintenant sa politique de dividendes progressifs, alors que son résultat plongeait de plus de 86%, tiré par la chute du pétrole et du minerai de fer. Son PDG Andrew Mackenzie a tout de même annoncé en août une réduction de l’investissement, dont le budget passe de 11 milliards de dollars à 8,5 milliards. Sa dette (24,4 milliards de dollars) est moins lourde que celle de Glencore, mais pourrait augmenter de deux milliards à la fin de l’exercice fiscal 2016, selon Citi, si les prix du minerai de fer descendent à 40 dollars la tonne.

Quant à son challenger, Rio Tinto, sa dette pourrait monter à 16 milliards en 2016 (contre 14 milliards aujourd’hui) dans ce scénario (baisse du minerai de fer et hausses de dividendes et de capital-investissement). Son chiffre d’affaires repose à 80% sur le cuivre et le fer. Les deux premiers miniers mondiaux sont tout de même sauvés par la qualité de leurs gisements, qui génèrent un cash-flow suffisant (1,6 milliard pour Rio Tinto et neutre pour BHP), affirment les analystes Metals & Mining de Citi.

Le premier producteur mondial de fer et de nickel, Vale, annonçait quant à lui des résultats en hausse au deuxième trimestre. Le groupe brésilien, troisième minier mondial, renoue avec les bénéfices pour la première fois en un an.

Au quatrième rang des miniers mondiaux, on retrouve Glencore, depuis sa fusion avec Xstrata en 2011. Le poids du charbon dans son panier (seconde matière derrière le cuivre) n’a pas pardonné, puisque le combustible a été le premier frappé par la fin du supercycle des matières. Résultat, Glencore vaut 10 milliards de moins qu’avant la fusion. Et les tas de charbon, de cuivre et de zinc sur lesquels la minière repose présentent des risques (de change, de conjoncture et géo-politiques) plus importants que ses concurrents diversifiés dans des matières plus spécifiques (diamant, platine, métaux critiques), rappelle Citi. Et c’est contre ces risques, qu’il connaît bien grâce à ses activités historiques dans le négoce, que le groupe entend se prémunir. C’est chose faite.

Myrtille Delamarche

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