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L'Usine Maroc

Gestion des déchets au Maroc (5/5) : quand il faut faire une place aux chiffonniers

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La nécessité de construire de nouvelles décharges aux normes au Maroc interroge la place des chiffonniers, ces travailleurs de l’informel qui récupèrent 3% à 5% des déchets collectés. A l'approche de la COP22 à Marrakech, quatrième article sur le sujet de la gestion des déchets au Maroc.

Gestion des déchets au Maroc (5/5) : quand il faut faire une place aux chiffonniers
Dépôt des chiffonniers sur le centre d’enfouissement de Meknès.
© Ludovic Dupin

Sur la décharge de Casablanca, à Mediouna, ils seraient des centaines à attendre que les 500 camions quotidiens viennent déverser le contenu de leur benne à leurs pieds. Pour les villes marocaines qui veulent mettre en place une décharge contrôlée, ils constituent un véritable problème. Comment appréhender ces chiffonniers, ces hommes qui récupèrent, debout sur une montagne de déchets, les objets qui ont encore une valeur marchande ?

"Entre les chiffonniers c’est la loi de la jungle, la loi du plus fort. C’est à celui qui se saisira d’un objet, au cul de la benne, avant les autres", témoigne Rachida Saissi. Aujourd’hui directrice développement durable à Suez Environnement Maroc, elle avait réalisé, en tant que consultant, l’étude de caractérisation de la décharge contrôlée d’Essaouira en 2000 - l’une des premières à avoir été mise en place. "A l’époque, j’avais proposé dans mes recommandations que les chiffonniers soient intégrés au projet, mais je n’ai pas été entendue et ces hommes ont été marginalisés, exclus du nouveau site", se rappelle-t-elle.

Même chose à Fès : Ecomed a fermé le site en 2006 et exclu les chiffonniers. "Faute de pouvoir travailler sur la décharge, ils sont allés en centre-ville où ils ont fait concurrence aux récupérateurs qui y opèrent habituellement. Cela a posé un problème social énorme", se souvient Mohamed Said Daoudi, ingénieur en chef principal, chef de projet CEV des déchets de la Commune urbaine de Meknès.

Difficile d’exclure sans autre forme de considération les chiffonniers des nouvelles décharges

Il est aujourd’hui de plus en plus difficile d’exclure sans autre forme de considération les chiffonniers des nouvelles décharges. D’une part, ils effectuent un tri nécessaire. "Le recyclage des chiffonniers sur une décharge, c’est seulement 5% des déchets collectés", précise Jean-François Pyrek, directeur général recyclage et valorisation Maroc, mais avec un objectif de recyclage au Maroc de 20% d’ici 2020, ils restent indispensables en l’absence d’alternative. De fait, toutes les expériences de tri sélectif actuelles ne sont que des projets pilotes. Le recyclage sur site, comme le compostage, en est encore à ses balbutiements.

D’autre part, depuis 2011 et les révolutions arabes, la peur du pouvoir central de se voir déstabilisé par des mouvements sociaux a ressurgi. Les pouvoirs publics, partout, ont relâché leur étreinte et le secteur informel où trouvent à s’employer les plus pauvres a repris sa croissance. Les chiffonniers et autres récupérateurs comptent parmi les plus pauvres d’entre eux.

Dans ce contexte, deux opérateurs ont tenté de trouver une solution : Pizzorno sur la décharge d’Oum Azza près de Rabat et Suez Environnement, très récemment, à Meknès. Pizzorno a opté en 2007 pour une coopérative réunissant tous les chiffonniers, une sélection des meilleurs profils et deux lignes de tris mécanisés. "Nous avons fait suivre une formation professionnelle aux meilleurs chiffonniers. Au départ, ils étaient près de 210 à travailler sur la décharge. Ils ont presque tous rejoint la coopérative. Seuls 140 d’entre eux travaillent aujourd’hui sur la ligne de tri. 30 à 40 chiffonniers de la coopérative vont bientôt les rejoindre sur la deuxième ligne de tri", détaille Nisrine Bouchefaa, responsable projets valorisation pour Pizzorno Environnement à Rabat.

Le choix d’une ligne mécanisée n’a pas été sans difficultés. "La ligne accueillait tous les déchets depuis le morceau de trottoir, jusqu’à la petite pièce qui venait bloquer le mécanisme, en passant par le matelas. L’entretien s’est révélé difficile. Autant de leçons pour l’installation de la seconde", explique Nisrine Bouchefaa.

À la fin du mois prochain, quand la nouvelle ligne sera enfin opérationnelle, ce sont 1 800 tonnes de déchets qui seront fouillés chaque jour. Selon la société, la coopérative parvient ainsi à récupérer 3% des déchets collectés.

"Certains déchets sont recyclables comme les tétrapacks, les films, les pots de yaourt, mais comme il n’y a pas de filière au Maroc, les chiffonniers ne les récupèrent pas. Il y a 3 ou 4 mois, la coopérative des chiffonniers a commencé à récupérer les cartons parce qu’elle a trouvé un débouché", précise Nisrine Bouchefaa.

"La mécanisation pose plus de problèmes qu’autre chose"

À Meknès, Suez Environnement a reproduit sensiblement le même schéma à deux nuances près : la société n’a pas sélectionné les chiffonniers qui opèrent sur le site - seule la coopérative s’en charge - et le tri reste manuel.

"Nous avons appris de l’expérience de Rabat que la mécanisation posait plus de problèmes qu’autre chose", explique Brice Mégard, directeur des activités de traitement des déchets de Recyclage et valorisation Maroc de Suez. Un choix également plus économique, puisque la deuxième ligne de tri de Pizzorno à Rabat coûte à elle seule 14 millions de dirhams (1 000 dirhams = 92 euros).

Le centre de tri est un vaste bâtiment composé de trois immenses hangars à usage tournant : un hangar pour déposer les déchets, un autre pour collecter les déchets recyclables et un troisième où les camions récupèrent le trop restant pour l’enfouir. Chaque hangar est accessible d’un côté par les machines de Suez Environnement et de l’autre par les collecteurs, pour éviter les accidents. "Les camions déverseront leur contenu en tas, selon l’habitude des chiffonniers", précise Brice Mégard

"Aujourd’hui nous sommes 170 dans la coopérative Attadamone. La plupart habitent dans le bidonville à côté et travaille sur la décharge depuis 20 ou 25 ans", raconte Ahmed Laoud, membre du bureau de la coopérative.

Reste le problème des grossistes toujours présents sur le site. "Il faudra qu’ils quittent la décharge, le problème c’est qu’ils sont les seuls acheteurs pour les chiffonniers aujourd’hui. Les chiffonniers sont d’autant plus dépendants d’eux qu’ils ne possèdent pas de presse ni de quoi peser leur marchandise", regrette Mohamed Said Daoudi.

Julie Chaudier, à Casablanca

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