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L'Usine Maroc

Gestion des déchets au Maroc (3/5) : les décharges débordées par leur lixiviat

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Publié le

Les 17 nouvelles décharges contrôlées du Maroc ont toutes des difficultés à gérer la surabondance de lixiviat, ces jus de poubelle pollués. Des solutions expéditives, aux solutions techniques, les sociétés délégataires tentent de faire face. A l'approche de la COP22 à Marrakech, troisième article sur le sujet de la gestion des déchets au Maroc.

Gestion des déchets au Maroc (3/5) : les décharges débordées par leur lixiviat
Site du centre Sita à Meknes
© sita.ma

Les premières décharges contrôlées du Maroc, au début des années 2000, ont essuyé les plâtres pour les suivantes... "La mise en conformité des décharges a fait émerger le problème des lixiviats - ce jus de poubelle. Avant, ce n’était pas un problème qu’ils s’infiltraient dans le sol", rappelle Saïd Zniber, directeur général de Pizzorno, société française gestionnaire de la décharge contrôlée d'Oum Azza, près de Rabat.

Résumons, le Maroc est un pays en développement où la consommation de légumes frais est bien supérieure à celle de produits transformés et donc emballés. Ce sont donc des épluchures de légumes, "bio-déchets" qui arrivent en majorité dans les décharges. En pourrissant, elles libèrent de l’eau. Beaucoup d’eau : près de six fois plus qu’en France. Cette eau vient lessiver tous les autres déchets et, polluée à l’extrême, s’infiltre dans les sols et les nappes phréatiques. Ce sont de ces lixiviats dont les décharges contrôlées doivent justement protéger l’environnement dans le cadre d ela modernisation des infrastructures du Maroc.

Lorsqu’elles ont construit les premières décharges contrôlées au Maroc, les sociétés américaines, françaises et espagnoles  délégataires ignoraient tout de ce phénomène. En 2007, "quand Pizzorno a fait une offre technique pour la gestion de la décharge contrôlée de Rabat, nous nous sommes basés sur les données françaises existantes. Nous avons alors prévu deux bassins de stockage de lixiviat de 20 000 m3. Au final, nous avons dû construire 300 000 m3 de stockage", explique Saïd Zniber avec beaucoup de franchise.

"Les sociétés délégataires sont seules pour régler ce problème"

Pizzorno ne sera pas la seule société délégataire à faire les frais de son ignorance initiale, mais toutes ne seront pas aussi scrupuleuses. À Agadir, la société espagnole Tecmed fait face au même problème et décide, en 2011, de réinjecter le lixiviat dans le corps de déchets de l’ancienne décharge réhabilitée (recouverte et imperméabilisée par le dessus). Pour Tecmed, l’opération a l’avantage de renforcer la production de biogaz, le méthane issu de la fermentation des déchets. En fait, elle prolonge la pollution par infiltration du lixiviat et annule du même coup tout l’intérêt de la construction de la décharge contrôlée.

À Fès, même problème : même solution. La société américaine Ecomed a transporté les lixiviats produits par camions citernes jusqu’à la ville de Fès pour les déverser dans son réseau d’assainissement. À l’époque, la ville ne disposait d’aucune station d’épuration et les lixiviats étaient relâchés en pleine nature comme le reste des eaux sales.

Depuis, le problème est à peu près connu, mais aucune réflexion publique globale n’a été menée pour apporter des solutions. "Les sociétés délégataires sont seules pour régler ce problème", regrette Saïd Zniber. À Meknès, la nouvelle décharge construite par Suez Environnement et sa filiale Sita Maroc- la première au Maroc, pour la société française - a opté pour "un système de dessillage, dessablage, puis un traitement biologique par aérobie et une filtration par osmose inverse, via deux bassins de traitement des lixiviats de 3000 m3 et 800 m3, nous explique Brice Megard, directeur des activités de traitement des déchets de recyclage et valorisation Maroc pour Suez. Par ce système, nous pouvons traiter 150 m3 par jour, alors que nous anticipons une production de 80 m3 à 90 m3 par jour. L’eau qui sort du traitement (appelé perméat) peut même être utilisée dans l’irrigation."

"Cette solution n’est pas idéale, estime Saïd Zniber. À Rabat, nous traitons aussi les lixiviats par l’osmose inverse, mais nous avons constaté qu’alors qu’en Europe sur 100 m3 de lixiviat, on pouvait tirer 80 à 85 m3 de perméat, contre seulement 50 m3 au Maroc. 50 m3 nous restent donc sur les bras."

Avec l’installation d’une station d’épuration à Fès inaugurée en novembre 2014, Ecomed devrait trouver de nouvelles solutions. Elle prévoit d’utiliser le biogaz produit par la décharge pour chauffer les lixiviats afin de forcer l’évaporation de l’eau et enfouir les résidus secs dans la décharge. Las, les résidus secs concentrant toutes les pollutions ré-enfouis sont à nouveaux lessivés et leur charge polluante se retrouve mécaniquement dans les nouveaux lixiviats qu’il faut encore évaporer.

Un surcoût source de tension

À Rabat, Pizzorno recherche également des solutions. "Nous avons développé 13 hectares de lagunages de 50 cm de profondeur mais le process initial de traitement des lixiviats n’ayant pas prévu la méthode par évaporation nous finirons par manquer de place", rappelle Saïd Zniber. Pizzorno a donc, comme Ecomed à Tanger, opté pour l’évaporation forcée, mais sans chauffer les lixiviats. "Les lixiviats sont brumisés après avoir reçu un traitement biologique pour éviter qu’ils ne dissipent de mauvaises odeurs", précise-t-il.

Au final, tous les investissements imprévus qu’ont dû réaliser les sociétés délégataires pour faire face à la surabondance des lixiviats ont un coût. Un coût qu’elles ne peuvent pas répercuter sur leurs tarifs à la tonne, puisqu’il a été fixé par contrat. Avec un tarif de 70 dirhams la tonne, Pizzorno rappelle qu’"une seule station d’osmose inverse de 80m3/jour [lui] coûte 2 à 3 millions de dirhams (1000 dirhams = 92 euros) , une alvéole d’un hectare de lagune, 2 millions de dirhams."

Ce surcoût est notamment source de tensions, à Casablanca, entre Ecomed, et le Conseil de la Ville. Le tarif à la tonne enfouie a été établi à 45 dirhams au moment de la signature du contrat de délégation, en 2008. Aujourd’hui, 8 ans plus tard, alors qu’Ecomed pourrait enfin commencer les travaux, elle estime que ce tarif n’est plus suffisant aux investissements nécessaires pour la nouvelle décharge.

Julie Chaudier, à Casablanca

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