Gérard Larcher : "Sur la formation, on ne va pas attendre dix ans !"

Le 6 avril dernier, Gérard Larcher, sénateur des Yvelines (UMP), a remis un rapport sur la formation professionnelle à Nicolas Sarkozy. Un document noyé dans le tumulte de la campagne. Il revient pour l'Usine nouvelle sur les principaux axes de ce rapport.

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Gérard Larcher :

L'Usine Nouvelle - Faut-il faire une nouvelle réforme de la formation professionnelle alors que celle de 2009 n'est pas encore totalement déployée ?
Gérard Larcher - Je ne préconise pas une énième réforme, et propose peu de changements législatifs. Il s'agit plutôt de voir comment, à partir du contexte législatif et réglementaire actuel, adapter et dynamiser la formation professionnelle. Quand on y consacre 25 milliards d’euros par an, dont 13 milliards viennent des entreprises, on attend des résultats concrets. La formation professionnelle est un formidable outil de la compétitivité des entreprises et de l'adaptabilité des salariés. On ne va pas attendre dix ans avant de faire les ajustements réglementaires nécessaires ! Ma démarche est avant tout concrète et pragmatique.

La réforme de 2009 a permis aux OPCA, les organismes collecteurs, d'améliorer l'ingénierie de la formation et d'agir auprès des grands déficitaires de la formation que sont les TPE et les PME. Elles doivent, aujourd'hui, être la priorité de la politique de formation. Le système actuel est très inégalitaire : la formation va aux plus formés et bénéficie surtout aux grandes entreprises.
C'est pourquoi je souhaite qu'il reste une politique nationale de la formation, et ne préconise pas une hyper régionalisation de celle-ci. Mais je pense qu'il faut une plus grande proximité avec le terrain, une déconcentration des services de Pôle Emploi, par exemple, pour répondre aux besoins des entreprises, des salariés, des demandeurs d'emploi. En termes de gouvernance de la formation professionnelle, il faut aboutir à un bon équilibre entre le rôle de l’Etat, celui des régions et celui des partenaires sociaux.

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Vous préconisez la fin du 0,9% formation versé par les entreprises, et en appelez à leur responsabilité. Ne risque-t-on pas un abandon pur et simple de la formation des salariés ?
Les entreprises consacrent 2,6% de leur masse salariale à la formation, bien plus que leurs obligations légales. Je souhaite que cet investissement soit reconnu comme tel, y compris d’un point de vue comptable et fiscal. Et je ne retire nullement l’obligation de formation ! Je propose même que le plan de formation fasse partie des discussions obligatoires sur la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) dans les entreprises de plus de 250 salariés.

Les dossiers du 0,9 % sont d'une complexité incroyable, et les contrôles administratifs, très tatillons. Les entreprises le vivent comme une taxe de plus, qui ne bénéficie pas aux plus petites. Notre pays a du mal à gérer un peu de liberté. Il faut retrouver un peu d'adaptabilité, et une part de confiance. Les entreprises auront intérêt à investir sur la formation, notamment avec le dispositif fiscal que je propose.

Vous préconisez de doubler en deux ans le nombre de demandeurs d’emploi en formation, à moyens constants. Comment est-ce possible ?
Pour former les demandeurs d'emploi, il faut déjà mieux utiliser les outils existants. Certains bassins d'emploi le font, en étudiant les besoins de formation de leurs territoires. Il faut aussi assouplir les rigidités induites par les marchés publics et proposer une véritable offre de formation, 12 mois sur 12. Un demandeur d'emploi ne doit pas attendre onze mois avant de commencer une formation ! On sait bien que tout se joue dans les six premiers mois, et qu'après il y a un risque de décrochage. L'acteur clé sera Pôle emploi, un Pôle emploi déconcentré et proche des besoins de son bassin d'emploi.

Le président de la République souhaite que tout chômeur ayant suivi une formation soit obligé d’accepter un emploi correspondant à cette formation. Il a réitéré mardi sa proposition d’organiser un référendum sur cette question. Etes-vous d’accord avec lui ?
Dans mon rapport, je propose qu'un contrat fixe les engagements du demandeur d'emploi et ceux du prescripteur. Je définis d'ailleurs ce que doit être l'offre raisonnable d'emploi que ne pourra pas refuser le demandeur d'emploi.

C’est aux partenaires sociaux d'avancer sur cette question, et ils seront des acteurs importants de ce changement. Mais s’ils ne bougent pas, ou s'ils n'arrivent pas à se mettre d'accord, ce sera au Parlement d'arbitrer. Si le blocage est total, on peut toujours consulter la Nation. On n'a pas le droit avec 2,9 millions de chômeurs et 160000 jeunes qui sortent du système sans formation professionnalisante, d'y passer des années.

Vous avez souvent travaillé avec les partenaires sociaux, quel rôle leur donnez-vous dans ces changements de la formation professionnelle ?
Une grande partie de mes propositions relèvent de la négociation, c'est pourquoi j'ai prévu des choses à l'agenda social. On ne fait pas évoluer les OPCA sans les partenaires sociaux, qui gèrent le FPSPP, interviennent sur l'assurance chômage, négocieront sur le contrat emploi formation que je propose aux demandeurs d'emploi. Mais les partenaires sociaux doivent s'y mettre extrêmement rapidement.

Votre rapport a été remis au président de la République, mais celui-ci en a fait peu de publicité. Pourquoi ? Vous n'alliez pas aussi loin qu'il l'aurait souhaité ?
Si on voulait casser la vaisselle, ce n'est pas mon style et il ne fallait pas me confier ce travail. Certains dans l'entourage du président de la République ont d'ailleurs dit qu'il ne fallait pas choisir quelqu'un comme Larcher !

Mais le président de la République n'a pas tort. A certains moments, il faut secouer les cocotiers. Une campagne présidentielle, c'est toujours un temps d'électrochoc. Sinon on continue à dépenser 25 milliards et à roupiller tranquillement. Mais derrière l'électrochoc, il faut apporter certaines bases, continuer de construire. Le président de la République ne m'a pas choisi par hasard.

Je me suis donc exprimé avec beaucoup de liberté personnelle. Dans la lettre qu’il m’a envoyée en retour, le président de la République exprime son intérêt pour mes propositions sur la gouvernance de la formation professionnelle et celles en faveur des jeunes. Cela doit être la priorité, sans attendre.

Si François Hollande est élu, avez-vous une chance d’être écouté ?
Dans cette campagne, je soutiens clairement le président de la République Nicolas Sarkozy parce qu'on a préservé notre modèle social malgré les crises subies. C'est à lui que j'ai remis mon rapport, mais il appartient maintenant à la République ! J’ai reçu des personnalités de toutes sensibilités. Les partenaires sociaux n'ont pas tous rejeté ce travail. J’ai bon espoir que ceux qui auront la responsabilité du pays ne renverront pas aux calendes grecques les ajustements réglementaires dont on a besoin.

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