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Gérard BeaudinIl donne un oeil de lynx au télescope spatial Herschel

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Son premier récepteur radio, Gérard Beaudin l'a construit alors qu'il était encore à l'école primaire. Le radio amateur a choisi de devenir radioastronome « pour satisfaire [son] attrait pour les sciences autant que [son] goût pour la technique ». Durant toute sa carrière, il a passé son temps à chasser les ondes radio émises par l'univers, jusqu'à vouloir capter le Graal des radioastronomes, ces ondes que l'on ne peut capter depuis le sol car absorbées par l'atmosphère : les raies d'émissions caractéristiques des molécules d'oxygène, d'eau ou encore d'acide chloridrique. C'est ce côté technique et entreprenant qui aurait séduit l'ESA.

En 1997, Gérard Beaudin avec son équipe du Gemo (Groupe expérimental micro-ondes) montre la possibilité d'envoyer dans l'espace un détecteur à supraconducteur. Il obtient alors en 1998 son ticket à bord du télescope spatial géant Herschel en recevant la charge de construire le premier des six canaux du détecteur Hifi (Heterodyne Instrument for Far Infrared) du télescope, celui qui détecte la plage de fréquence 480-640 GHz. Le géant de l'espace (3,25 tonnes, 7,5 mètres de long sur 4 mètres de diamètre) prévu pour être lancé au premier trimestre 2009 orbitera à une distance de 1,5 million de km de la terre soit quatre fois la distance Terre-Lune. Loin du parasite lumineux qu'est la Terre, les conditions sont parfaites pour observer les ondes submillimétriques.

L'expérience, prévue pour seulement deux ans, n'a pas de temps d'observation à perdre et les sensibilités se doivent d'être inégalées. Le scientifique, luthier à ses heures, prône la pluridisciplinarité, et avec son équipe, il n'hésite pas à trouver les idées où elles sont. « Plutôt que d'avoir recours aux fils électriques comme on le fait classiquement dans le domaine spatial, nous avons utilisé des plaques conductrices, avec des circuits souples. L'idée est simple, elle existe dans tous les photocopieurs ! », commente-t-il. Bien sûr, il faut adapter le système aux températures de l'espace et aux rayonnements. L'équipe multiplie les innovations, elle fabrique une micro-résistance ou une toute petite bobine supraconductrice dont les matériaux et surtout son bobinage sans équivalent font d'elle un objet très léger. Ce qui est bien pratique quand l'appareil ne doit pas dépasser 65 grammes !

Toutes ces audaces sont, au premier abord, mal vues par l'ESA. « Dans le domaine du spatial, on est souvent frileux face aux innovations, on évite le moindre risque », regrette Gérard Beaudin. Mais il tient bon et raconte, souriant, « malgré leurs réticences, nous leur montrions nos résultats. Quand nous avons vu certaines de nos innovations sur les autres canaux du détecteur, nous avons compris que nous les avions convaincus ».

Aujourd'hui, les résultats consacrent ce travail. L'instrument offre une sensibilité jamais égalée au niveau mondial, qui équivaut à détecter l'émission d'un téléphone portable sur terre depuis Pluton (6 à 7 milliards de km). Avec de telles performances, il y a fort à parier que l'instrument, déjà le plus demandé par les laboratoires, permettra d'apprendre beaucoup, entre autres, sur la formation des étoiles, l'une des grandes inconnues de l'astrophysique. .

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