Genève porte plainte contre la centrale nucléaire du Bugey d'EDF

La ville et le canton de Genève ont déposé une plainte pour demander la fermeture de la centrale nucléaire du Bugey, exploitée par EDF dans l'Ain, la plus vieille de France après celle de Fessenheim.

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Genève porte plainte contre la centrale nucléaire du Bugey d'EDF
La centrale du Bugey, dans l’Ain, forte de cinq réacteurs dont trois fêtent leurs quarante ans cette année

Les défaillances du parc nucléaire français tourmentent son voisin suisse. La centrale du Bugey, dans l’Ain, forte de cinq réacteurs dont trois fêtent leurs quarante ans cette année, fait l’objet d’une plainte déposée par la Ville de Genève, le canton de Genève et quatre particuliers des environs le 18 janvier.

Dans le viseur de la partie civile, les multiples dysfonctionnements de la centrale. Depuis les années 2000, plus de 90 incidents ont été pointés du doigt. Fuites de tritium à répétition, dégradation de la tuyauterie, défauts d’étanchéité dans les enceintes de confinement des réacteurs n°3 et n°5, cuves en mauvais état, dalle fissurée... Pour le simple réacteur n°3, trente-sept dossiers "barrés" – dossiers dans lesquels des techniciens constatent les irrégularités de fonctionnement – ont été établis.

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Ces griefs sont consignés dans un rapport que le cabinet d'avocats Huglo Lepage, en charge du dossier, a commandé à l’expert Yves Marignac, directeur de l’agence Wise-Paris et membre du groupe permanent d’experts pour les réacteurs nucléaires de l’Agence de Sécurité Nucléaire. Ce rapport fonde le cœur du dossier de la partie civile.

La plainte, déposée par la ville de Genève au pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris, intervient à la suite d’une première plainte contre X déposée par les mêmes acteurs en 2016. Le motif initial portait sur la mise en danger délibérée de la vie d’autrui et pollution des eaux. Elle avait alors été classée sans suite. Cette deuxième plainte, dont le motif porte sur le droit des installations de la centrale, devrait permettre la constitution d’une partie civile et la désignation d’un magistrat qui ouvrira une enquête sur le fonctionnement de la centrale.

Une des plus vieilles centrales de France

La centrale du Bugey est la plus vieille centrale de France après celle de Fessenheim, exploitée depuis 1978. Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Ecologie et avocate pour la partie civile, insiste : "Les centrales nucléaires françaises ont été conçues pour durer quarante ans. Elles cumulent des incidents techniques qui mettent les populations alentours en danger". Elle alerte également sur l'indifférence des pouvoirs publics face aux nouvelles normes de sécurité relatives aux centrales nucléaires depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011. "EDF ne les a pas prises en compte. Le groupe s’est contenté d’études et de propositions sans déployer des travaux d’ampleur nécessaires pour une centrale en fin de vie."

De tels travaux impliquent des sommes avoisinant les centaines de milliards d’euros. A titre d’exemple, la centrale nucléaire de Mühleberg, en Suisse, sera désaffectée en 2019 sur demande des autorités locales car l’entreprise exploitante n’a pu se plier à l’application stricte des normes nucléaires post-Fukushima, estimée trop coûteuse.

En Suisse, une sortie progressive du nucléaire depuis 2017

En Suisse, où la population a décidé de tourner progressivement le dos au nucléaire par référendum en 2017, on s’inquiète. Pour Rémy Pagani, ancien maire de Genève et conseiller administratif de la ville, "la centrale est à 80 km à vol d'oiseau du canton de Genève. Les Genevois n’ont pas à subir des risques liés au nucléaire français alors même que la non-prolifération nucléaire est inscrite dans la constitution du canton." La centrale est proche d’une zone démographique dense. Près de 4,5 millions d'habitants – incluant les villes de Genève et de Lyon – sont inclus dans ce rayon de 80 km, ce qui poserait des problèmes d'évacuation si un incident devait se produire.

Dans son discours du 27 novembre définissant les grandes lignes de la politique énergétique française pour les vingt prochaines années, le Président de la République Emmanuel Macron avait, entre autres, annoncé la fermeture de 12 réacteurs entre 2025 et 2035 dans des sites comprenant au moins 4 réacteurs, dont la centrale du Bugey fait partie. Avant de préciser "qu’aucune fermeture complète des sites" ne serait engagée.

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