GDF Suez, un géant négligé

Depuis sa naissance difficile, en 2008, il ne fait plus très souvent les gros titres. Et pourtant, c'est l'un des géants industriels français, champion du gaz, de l'électricité et des services énergétiques, mais aussi de l'eau et de la propreté. Ce géant trace son sillon en toute discrétion, sans succès médiatisés ni conflits retentissants.

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GDF Suez, un géant négligé

Issu de la fusion entre Gaz de France et Suez, lui-même marié en premières noces à la Lyonnaise des eaux, GDF Suez emploie 220 000 personnes dans près de 70 pays. Le marché domestique représente encore un tiers de ses ventes. Si le groupe cherche à réduire la part de la France dans son business, on pourrait dire qu'il est bien aidé par les pouvoirs publics…

Ces dernières années, ils ne l'ont guère favorisé. L'État, qui possède 36 % de son capital, le néglige même copieusement. Le prix de gros de l'électricité, par exemple, a été fixé conformément aux attentes d'EDF. Le tarif du gaz, lui, n'a pas pu suivre l'augmentation du marché mondial, ce qui a valu à GDF Suez un manque à gagner de 700 millions d'euros l'an dernier.

Quant aux grands contrats, la plupart lui passent sous le nez. C'est le cas pour le nucléaire. Malgré son expérience acquise en Belgique, où sa filiale Electrabel exploite sept réacteurs (soit la totalité du parc atomique du Royaume), GDF Suez ne possède à ce jour aucun réacteur en France.

L'EPR de Penly, en Seine-Maritime ? Ce sera sans lui. Sa proposition de construire un petit réacteur Atmea dans la vallée du Rhône ? Elle est restée sans réponse. À défaut d'atome, le groupe pouvait rêver d'un vent favorable dans l'éolien… D'autant que le gouvernement a lancé un grand appel d'offres pour les éoliennes en mer. Enfin, un contrat public pour GDF Suez ? Eh bien, c'est encore non ! Tant pis s'il est le numéro un national de l'éolien terrestre, avec environ 1 000 mégawatts sur les 6 800 installés dans l'Hexagone.

Il serait réducteur d'expliquer ces décisions par les bonnes relations entre le président de la République et le patron d'EDF. La vraie question, c'est celle de l'État stratège. L'énergie constitue un vrai cas d'école en matière de politique industrielle. Les pouvoirs publics, qui contrôlent à la fois Areva, EDF et GDF Suez, auraient dû démontrer leur capacité à penser l'avenir de la filière énergétique. Il ne semble pas qu'ils y soient parvenus.

Heureusement pour GDF Suez, l'État a parfaitement joué son rôle dans une opération majeure, bouclée ce lundi 16 avril. Avec l'accord de son puissant actionnaire, qui a accepté de toucher ses dividendes en actions, le groupe de Gérard Mestrallet va pouvoir acheter les 30 % restants d'International Power, le britannique dont il avait acquis 70 % à la fin 2010. Au terme de ce deal à plus de 8 milliards, GDF Suez deviendra le deuxième producteur mondial d'énergie. Deuxième derrière EDF.

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