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Gaz russe : à l’Est rien de nouveau

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Analyse Vladimir Poutine, qui cherche à diversifier les débouchés du gaz russe, était à Pékin le 3 septembre avec pour objectif de signer un nouvel accord gazier. Il est revenu (presque) bredouille.

Le 3 septembre, en visite à Pékin pour commémorer la défaite japonaise lors de la deuxième Guerre Mondiale, Vladimir Poutine a sans doute apprécié la parade militaire, dont on le sait friand, mais moins le refus de Xi Jinping de signer un nouvel accord sur le gaz. Ce second accord ajouterait 30 milliards de mètres cubes annuels aux 38 milliards déjà contractés sur 30 ans, et rapprocherait les engagements chinois des termes de l’accord-cadre de 2009, qui prévoyait à l’origine la livraison de 70 milliards de mètres cubes.

La délégation russe n’est certes pas revenue les mains vides. Rosneft a signé 30 milliards de dollars de contrats pour, entre autres, le développement de champs pétroliers avec China Petrochemical (Sinopec), qui a également accepté d’entrer au capital de Sibur. Mais 30 milliards, ce n’est qu’un dixième du montant espéré par Moscou du nouvel accord gazier en négociation avec la Chine. A ces 30 milliards viennent s’ajouter presque 19 milliards de nouveaux contrats signés deux jours plus tard lors du forum de Vladivostok. Une bricole, en comparaison des 400 milliards du premier accord gazier, ratifié en mai 2014. Et dont les négociations sur les avances chinoises pour financer la construction du pipeline russe sont houleuses.

Un enjeu crucial pour Gazprom

Avant sa visite, lorsque le président russe évoquait avec les agences de presse étatiques russe et chinoise des "liens qui ont probablement atteint un niveau record historique et continuent à se développer", il espérait sans doute des avancées plus concrètes dans le renforcement de ses relations commerciales avec la Chine. En réalité, le commerce bilatéral a chuté en valeur de 30% au premier semestre, tiré à la baisse par la chute des prix des matières et le ralentissement de la croissance de la demande chinoise. Les investissements chinois en Russie affichent une baisse de 20% sur la même période. Pire, la Russie est sortie de la liste des 15 principaux partenaires commerciaux de la Chine.

La communication optimiste de Moscou sur une signature rapide d’un deuxième engagement chinois procède, selon Thierry Bros, expert gaz à la Société Générale, de deux raisons.D’une part, "la valorisation de Gazprom en dépend, car le gaz que vous avez sous terre ne vaut rien tandis que celui qui est vendu sur 30 ans se transforme en cash-flow immédiat". D’autre part, "Les Chinois ont profité de l’affaiblissement de la Russie pour négocier à leur avantage l’accord qu’ils avaient choisi, celui à 38 milliards de mètres cubes à partir de champs dédiés, plutôt que 30 milliards de mètres cubes venant de champs existants, qui pourraient faire l’objet d’arbitrage entre une vente à l’Europe et une vente à la Chine", affirme Thierry Bros, qui n’a jamais cru à la signature du second volet. Pour la simple raison que "la Chine est désormais couverte, elle ne manquera pas de gaz en regard de ses gains d’efficience énergétique".

La Chine avait signifié son manque d’empressement

Ce potentiel accord complémentaire, qui concrétiserait le gazoduc Altaï, permettrait surtout à la Russie de mieux valoriser ses investissements déjà réalisés, sur des champs en surcapacité par rapport à la demande européenne, qui ne cesse de baisser. Mais l’inadéquation grandit entre l’urgence russe, pour diversifier hors d’Europe les débouchés de sa production de Sibérie occidentale, et la prudence chinoise sur l’idée même de ce partage. La Chine avait pourtant alerté à de nombreuses reprises, cet été, sur son peu d’empressement à se réengager à si court terme alors que la région de destination du gazoduc Altaï, la région occidentale du Xinjiang, n’a pas forcément besoin de tout ce gaz.

Reste l’Europe…

Le demi-tour effectué par Vladimir Poutine dans sa stratégie de commercialisation du gaz russe, l’un des fers de lance de son économie fragilisée, tarde donc à porter ses fruits. Et la Russie n’a pas vraiment le temps d’attendre. Résultat, elle va devoir se contenter pour l’instant de l’appétit européen, testé lors des premières enchères ouvertes par Gazprom entre le 7 et le 10 septembre. Sur un embryon de bourse du gaz qui vient en complément de contrats à terme pointés du doigt par la Commission européenne pour des raisons de concurrence, le géant gazier russe a mis en vente 127 lots pour un total de 3,24 milliards de mètres cubes de gaz, sur une production totale 2015 évaluée à 158 milliards. Avec l’espoir de les vendre à un prix plus élevé que sur le marché à terme. Mais, comme le résume Thierry Bros, "des prix de réserve fixés par Gazprom dépendent le succès de ces enchères". Et les premiers retours non-officiels des acheteurs semblent indiquer que l’Europe ne se retrouvera pas avec 3 milliards de mètres cubes supplémentaires de gaz cet hiver… Et la Russie pourra se servir de cet échec pour répondre à la notification de griefs de la Commission européenne, et plaider en faveur du maintien des contrats à terme.

Myrtille Delamarche

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