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L'Usine de l'Energie

Gaz de schiste : les raisons de la polémique

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Le gaz de schiste, nouvelle source potentielle d'énergie, ne cesse de nourrir le débat. Début février, le gouvernement suspend les travaux de prospection dans le sud de la France, dans l'attente des conclusions d'une mission fixées pour le 31 mai. Ce 16 février, Eric Besson, ministre de l'Energie, précise pour sa part que la France ne ferme pas la porte pour autant sur la question.

Gaz de schiste : les raisons de la polémique
Photo prise le 03 février 2011 à Doue en Seine-et-Marne confirmant le commencement des travaux d'exploration.

Panorama des principaux arguments de ceux qui nourrissent la polémique. Du côté des partisans, Bruno Ageorges, secrétaire général de la chambre syndicale d'exploration/production de l'UFIP. Dans les rangs des détracteurs, Yves Cochet, député vert de Paris.

I - Les avantages des gaz et huiles de schiste

- La sécurité d’approvisionnement

Bruno Ageorges, secrétaire général de la chambre syndicale d’exploration/production de l’UFIP : Lors de son conseil du 4 février 2011, Bruxelles a fait part de son souci de sécuriser l’approvisionnement énergétique du continent européen. Pourquoi se priver d’une potentielle ressource, compte tenu des projets déjà réalisés aux Etats-Unis ?

On  ne sait pas quel est le potentiel effectif des gisements en Europe. Si la géologie est au rendez-vous, il n’y a aucune raison de se priver de ces ressources. A condition d’avoir résolu les problèmes d’acceptabilité sociale et environnementale .

Yves Cochet, député vert de Paris : Du fait du boom américain on s’est dit ça y est, il y a un renouveau des hydrocarbures. Attention, les exploitations ne durent pas longtemps, cette sécurité d’approvisionnement est éphémère.

Certes,  on tire des milliers de barils d’huile de schiste mais le gisement décline au bout de 5 ans. La courbe d’exploitation de Newark East aux Etats-Unis est de 10 ans, contre 50 pour un gisement conventionnel. Dès lors, il faut sans arrêt continuer à forer. Tous les 5 km, il faut faire de nouveaux trous au bout de quelques années. C’est la fuite en avant .

Des photos très saisissantes des Appalaches aux Etats-Unis montrent un paysage de désolation après le passage de milliers de camions.

- Un intérêt économique

B. A. : Le niveau du baril actuel justifie aussi que ce type d’investissement soit opéré. A 80 dollars le baril, certains investissements sont rentables .

Y. C. : Cela coûte 3 à 4 fois plus cher qu’une extraction conventionnelle. Mais on récupère dix fois plus de matière… à court terme.

- Un intérêt industriel

B. A. : Du point de vue industriel, c’est une vitrine technologique. Le domaine minier français voit sa production conventionnelle chuter inexorablement. Exploiter des ressources non conventionnelles permettrait de faire revenir en France des entreprises de services pétroliers parties au large de l’Afrique, du golfe du Mexique ou de l’Asie chercher du pétrole en offshore profond.

Y. C. : Il faut beaucoup d’eau, beaucoup de camions qui font des noria pour la transporter, beaucoup d’électricité et des camions compresseurs pour la comprimer à 600 bars…. Du point de vue industriel, c’est démentiel .

Le parc du Luberon dit non

Le comité syndical du parc naturel du Luberon s'est opposé à une demande de permis de recherche à des fins de prospection de gaz de schiste déposée en janvier auprès du ministère de l'Ecologie par une société suédoise, selon un communiqué diffusé aujourd’hui mercredi.

Cette demande, en cours d'instruction, a été déposée le 12 janvier par la société de prospection en hydrocarbures Tethys Oil Company, qui détient déjà, en partenariat avec d'autres, des licences d'exploration à Oman, sa région principale d'activité, ainsi qu'en France (Meuse) et en Suède, selon son site internet.


II - Quels risques au stade de l’exploration

- Quels sont les risques lors de l’exploration ?  Y a-t-il déjà la fameuse fracturation hydraulique à ce stade ?

B. A. : On est dans le domaine de l’exploration potentielle. Ca reste dans le domaine du projet. Avant de crier au loup, il faut savoir ce qu’est notre potentiel géologique.

Lors de l’exploration, les industriels peuvent faire un peu de fracturation hydraulique pour voir ce qu’il y a dans la roche mère. Mais seulement à partir d’un forage vertical. Cela ne crée pas un impact tel qu’il faille un outillage technique à grande profondeur. Les risques sont donc limités.

Il n’y a pas forcément besoin de faire de forage horizontal. C’est vraiment lors de l’exploitation que cela est mis en place, pas avant.

Y. C. : La fracturation hydraulique, c’est le gros danger lors de l’exploitation. Qu’on en fasse un peu lors de l’exploration n’est pas rassurant.

Concrètement, on envoie de l’eau mélangée à du sable et des tas de saloperies chimiques. C’est mauvais pour la géologie elle-même, du fait de mini-tremblements de terre. Par ailleurs, lorsque la roche mère est fracturée, il peut y avoir une remontée des produits chimiques ou du gaz lui-même par capillarité ou à travers le conduit. Les nappes phréatiques au-dessus pourraient être touchées.

Les industriels utilisent plus de 500 adjuvants différents tels que le benzène, un solvant très dangereux et cancérigène. Des détergents, fluidifiants sont également utilisés pour rendre l’huile moins visqueuse et donc plus facile à extraire.

S’ils les dévoilent aux autorités étatiques environnementales telles que la DRIRE, les industriels ne veulent pas nous dire à nous la nature de ces adjuvants. La raison invoquée ? Secret industriel. Ils ont peut être peur que les chinois les leur piquent !

- Quelles garanties environnementales demandées aux industriels ?

B. A. : L’exploration est à distinguer clairement de l’exploitation effective. Les permis s’octroient de façon classique et normale selon le code minier. L’industriel doit justifier de sa capacité technique et financière à faire des travaux.

C’est moins lourd que pour l’exploitation, où il s’agit de concessions, avec une instruction au préalable, une procédure d’enquête publique, des études de danger ou d’impact.

Y. C. : On n’a pas eu assez de débat en amont pour définir ces garanties. Dans la Marne, les riverains découvrent les tuyaux près de chez eux et n’ont pas été informés des activités des industriels .

Du gaz et du pétrole dans le sous-sol français

Les producteurs de gaz et de pétrole conventionnels continuent de creuser le sous-sol français à la recherche d’hydrocarbures.  Ces productions sont en déclin, mais 900.000 tonnes de pétrole sont extraites par an, et 800 mètres cubes de gaz, en majorité sur le gisement de Lacq.


III - Les méthodes à l’américaine

- Législation

B. A. : Les outils réglementaires sont différents aux Etats-Unis et en France. Les particuliers américains sont propriétaires du sous-sol. En cas de découverte de gisement, ils louent le sous-sol à l’exploitant et reçoivent des paiements de redevance, des royalties.

En France c’est l’Etat qui est propriétaire. C’est pour cela qu’il donne des autorisations, les forages sont très contrôlés.  La discussion avec les agriculteurs s’annonce d’ailleurs parfois houleuse !

Y. C. : Du fait du code minier spécial aux Etats-Unis, c’est le Far West, certains particuliers se disent qu’ils vont se faire du fric avec ce qui se trouve dans  leur jardin. En France, au-delà de 10 mètres de profondeur, le sous-sol appartient à l’Etat. Cela implique plus de régulation et de contrôle : on peut se réjouir que cela soit confié à la sagesse de l’Etat.  Néanmoins, pour l’instant, il n’y a pas eu de débat public sur cette technologie.

Nathalie Kosciusko-Morizet a indiqué que les recherches de gaz au sud sont suspendues, mais qu’elles ne peuvent pas être suspendues au nord, parce que les forages ont déjà commencé. C’est qu’il y a une clause de dédie : l’Etat devrait indemniser les industriels en cas de suspension.

Quant à la mission annoncée par le gouvernement, c’est une blague pré-électorale : les élections cantonales ont lieu dans un mois, alors le gouvernement joue la montre pour laisser les élections se dérouler tranquillement.

- Réalité géographique

B. A. : Ce n’est pas la même échelle qu’aux Etats-Unis. Les projets français sont plus réduits. Cela est lié à l’acceptabilité, et à la superficie du pays.

Y. C. : Ce qui est susceptible d’être exploité en France, ce sont tous les bassins sédimentaires. C’est-à-dire, tout de même, 60.000 kilomètres carrés dans le bassin parisien et sur les côtés, dans l’Aveyron et dans les Causses. Cela représente 10% du territoire. Les permis d’exploration déjà émis courent sur des dizaines de kilomètres carrés. Ce n’est pas rien.

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2 commentaires

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17/02/2011 - 14h27 -

Les discours se suivent... Les pétroliers ont de puissants lobbyistes. On peut d'ailleurs se demander combien touche nos politiques pour avoir les oreilles aussi fermées ! Je pense qu'il faut que, nous, les électeurs, le peuple, les citoyens de France nosu descendions dans la rue pour dire NON et contre balancer ce pouvoir de nous assassiner en silence.
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16/02/2011 - 21h29 -

Du gaz de schiste ailleurs aussi en Europe? Une autre société canadienne, Junex, a un important actionnaire: Cascades Inc, et en particulier son actuel Président du Conseil d'Administration. Cette compagnie aurait-elle trouvé aussi du gaz de schiste au Luxembourg et en Belgique ? Serait-ce finalement la raison pour laquelle Cascades Luxembourg Sarl et Cascades Duffel NV, deux sociétés officiellement existantes au Bénelux, sont toujours présentes aux Registres du Commerce de ces deux pays, bien qu'elles n'y aient ni collaborateur qui y travaille, ni aucune activité industrielle, et que le groupe n'en parle jamais ? Il y a comme de l'eau dans le gaz....
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