Gaz de schiste : les industriels ne désarment pas

Alors que le gouvernement affiche sa volonté d’interdire l'exploitation des gaz de schiste, les groupes désireux d’expérimenter cette technologie en France s’indignent. Total, GDF Suez ou Toréador soulignent la nécessité de s’informer sur le sous-sol de l’Hexagone, et de ne pas tuer dans l’œuf la recherche dans le domaine.

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Gaz de schiste : les industriels ne désarment pas

Qui sera le premier à faire interdire les gaz de schiste? A gauche comme à droite, députés UMP et PS ont tenté la course de vitesse du dépôt de loi à l'Assemblée nationale. Finalement, le Premier ministre François Fillon a mis tout le monde d’accord : mercredi dernier, il a tout bonnement demandé l’annulation des permis de recherche.

Une volte-face sur le sujet due à une mobilisation grandissante contre l'exploitation de ces gisements aux effets potentiellement néfastes pour l'environnement. En mars 2010, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'Ecologie, avait pourtant autorisé la recherche de ces gaz "non conventionnels" dans le sous-sol français. Trois permis avaient été attribués, l'un à Total et deux autres au groupe Texan Schuepbach, associé à GDF Suez.

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Ces industriels aujourd'hui sont consternés de voir leurs projets partir en fumée. Dans les colonnes des Echos, le PDG de GDF Suez, Gérard Mestrallet regrette que "la France tourne la page des gaz de schiste avant de l'ouvrir". Il s'interroge ainsi sur le fait que "la France gèle les prix du gaz d'un côté et de l'autre refuse de produire des gaz de schiste. Je rappelle que si le gaz naturel n'est pas cher aux Etats-Unis, c'est grâce aux gaz non conventionnels", poursuit-il.

Même son de cloche chez Total. Joint par l’Usine Nouvelle, le groupe "prend acte" des propos de François Fillon. "La marge de manœuvre est étroite", reconnaît le pétrolier, qui dit "ne pas avoir encore réfléchi aux compensations" qu’il compte demander à l’Etat. Dans un récent entretien au Parisien, le PDG Christophe de Margerie relève le paradoxe : "On ne peut pas d'un côté défendre la sécurité de l'approvisionnement en France, et de l'autre, interdire la prospection de ces fameux gaz de schiste. Comment peut-on prendre une décision définitive sans même savoir si ce gaz est présent dans le sol français et s'il est exploitable?"

L’appel de  l'étranger
Les industriels pourraient être tentés de privilégier des projets ailleurs qu'en France Total vient d'ailleurs de finaliser un accord avec CNPC-PetroChina pour exploiter un gisement de gaz non conventionnel en Mongolie intérieure. Le groupe possède deux permis d'exploration pour du gaz de schiste au Danemark et six autres en Argentine.
La société Toréador enfonce le clou. "Si un nouveau choc pétrolier se produit, ne saurons pas où chercher du pétrole sous nos pieds, ni si nous en avons", déplore-t-elle. "C’est un pari sur l’avenir qui est avorté".

Une fenêtre de tir

Les industriels espèrent pouvoir jouer sur une ambigüité des propos de François Fillon. Une technologie plus propre pourrait en effet l’amener à réviser sa position, a souligné le Premier ministre lors de son discours en faveur de l'annulation des permis déjà attribués.

La société Toréador veut même croire que des forages classiques destinés à un simple carottage, sans tests horizontaux, seront toujours autorisés. "Les propos du premier ministre sont flous, on ne peut que constater que ce n’est pas clair. Interdit-on aussi l’hydro-stimulation?". Le bannissement de cette technique, qui permet de "racler les fonds" d’une poche souterraine de pétrole grâce à de l’eau bouillonnante, serait une catastrophe pour l’entreprise.

Avec son partenaire Hesse, Toréador avait en projet 6 puits de recherche pour explorer le potentiel des huiles de schiste du bassin parisien. Seule la chape de béton du premier puits a eu le temps d’être coulée, avant que n’éclate la polémique. L’entreprise n’a "pas même eu le temps de forer". Contrats d’intérim rompus, contrats de travaux publics gelés... Le projet de ce premier puits représentait un investissement de 5 à 7 millions d’euros, mais l’entreprise a "tout stoppé" par prudence.

"On ne sait pas ce que Hesse va décider", indique Toréador : l'américain avait prévu d’investir 120 millions d’euros dans l’Hexagone. Apportant à Toréador son savoir-faire, Hesse exploite des forages non conventionnels depuis 10 ans dans le Dakota du Nord aux Etat-Unis, une région dont la composition géologique est semblable à celle du bassin parisien. Joint par téléphone, le pétrolier n’a pas souhaité faire de commentaires.

Alors qu'un rapport d'étape doit être rendu aujourd'hui 15 avril au gouvernement, Toréador multiplie les rendez-vous d’influence auprès des ministres et des députés. Tout comme l’australien Vermillon, l’américain Schuepbach Energy, ou les Français Total et GDF Suez, rompus au lobby hexagonal. Un calcul pourrait intéresser ses interlocuteurs. En prenant l’hypothèse de 8 milliards de barils extraits des réserves du bassin parisien dans les trente prochaines années, l’Etat français mettrait la main sur 160 milliards d’euros de recettes fiscales. Il souhaiterait s’en priver ? "C’est étonnant".

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