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L'Usine Energie

Gaz de schiste : les doutes de Matt Damon dans "Promised Land"

Cécile Maillard , , , ,

Publié le

Dans "Promised Land", de Gus Van Sant, Matt Damon essaie de convaincre les oubliés de l’Amérique rurale de laisser la compagnie gazière qu’il représente, exploiter le sous-sol de leur terrain.

Gaz de schiste : les doutes de Matt Damon dans Promised Land

"Pour notre avenir, c’est crucial." Quand un villageois sort cette réplique, vers la fin du film, deux interprétations sont possibles. Pour le héros de "Promised Land", joué par Matt Damon, aucun doute : l’avenir de ce patelin du fin fond de l’Amérique rurale, passe par l’exploitation des gaz de schiste que recèle son sous-sol. Et certainement pas l’élevage de chevaux nains dans lequel se sont lancés quelques fermiers du coin…

Sa conviction, ce commercial de la compagnie gazière Global la tire d’un traumatisme : la fermeture de l’usine Caterpillar, dans la petite ville de son enfance, qui a entraîné le déclin de toute la région. "Sans l’usine, sans l’industrie, ils n’avaient rien", dit-il à un de ses supérieurs au début du film. Aux habitants à qui il essaie de faire signer des baux autorisant l’exploitation de leur sous-sol, il fait miroiter de l’argent, beaucoup d’argent, des écoles, du travail pour leurs enfants, une vie en or par rapport aux heures passées à trimer sur un tracteur. "L’avenir, c’est la technologie", leur affirme-t-il, persuadé qu’ils feraient bien de s’interroger sur la fin du pétrole dont se gavent leurs voitures et engins agricoles.

Mais il existe aussi une deuxième interprétation à l’avenir de cette communauté rurale, c’est celui évoqué par un ancien ingénieur devenu prof de sciences : le respect des terres, du paysage, la santé des habitants. En réunion publique, ce "sage" écouté par tous évoque les méfaits de la fracturation hydraulique, instille le doute dans l’esprit de victimes de la crise tentées par le chèque de la compagnie gazière. Où trouver cette "Terre promise" dont parle le titre du film ?

Un jeune activiste écologiste, débarqué soudainement en ville pour inciter les habitants à refuser l’exploitation, va plus loin. Quitte à employer des méthodes encore plus percutantes et radicales que celles de la compagnie gazière… Sa démonstration des dangers de la fracturation hydraulique, qui se manifestent par l’incendie d’une maquette de ferme sous les yeux horrifiés d’écoliers, ne fait pas dans la dentelle !

Mais le spectateur n’est pas dupe. Gus Van Sant n’est pas un banal réalisateur hollywoodien, qui caricaturerait le bien et le mal. Il n’a pas non plus choisi de faire un film militant, dans la veine de Soderbergh dans "Erin Brockovich", où Julia Roberts se bat contre une multinationale qui a pollué l’eau d’une ville. Son film repose sur le doute. Le doute ou l’absence de doute, de villageois face aux méthodes des uns et des autres – certains signent les yeux fermés les propositions de Global, qui pourtant les arnaque financièrement, quand d’autres se laissent embrigadés par les arguments tapageurs des anti-gaz de schiste.

Le dilemne entre santé et développement économique

Le doute, surtout, du commercial de Global, tiraillé entre son envie de bien faire son boulot, sa conviction qu’il fait le bien des habitants, et la tentation d’entendre leurs réticences. "Je ne suis pas un salaud", répète-t-il à la belle institutrice qu’il  courtise... Mais l’Amérique n’aime pas le doute, qui fait de Matt Damon un loser, et a boudé le film.

Le cinéaste ne tranche pas sur les dangers de la fracturation hydraulique, ou l’utilité des gaz de schiste, même si le film penche nettement pour la résistance à leur exploitation. D’ailleurs, le scénario a démarré avec un projet d’implantation d’éoliennes, puis a pensé recourir à une mine et à d’autres installations industrielles. Autant de symboles de menaces, dans l’esprit du réalisateur, mais des menaces susceptibles d’aider une population sinistrée à sortir de la crise économique. Des "dilemnes entre santé et développement économique", comme le formule un protagoniste, face auxquels le cinéaste conseille la prudence.

Cécile Maillard

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