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L'Usine Energie

Gaz de schiste : "il est absurde de penser que les Américains sont des idiots", selon Jean-Louis Schilansky

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Publié le , mis à jour le 20/06/2013 À 11H17

Entretien Jean-Louis Schilansky, le président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), ne cache pas son soutien à l’exploration du gaz de schiste en France. Mais il juge que toute évolution du sujet est impossible sans un changement important dans l’opinion publique. Retrouvez notre enquête "Le gaz de schiste, une spécialité française" dans L’Usine Nouvelle 3336 du 20 juin.

Gaz de schiste : il est absurde de penser que les Américains sont des idiots, selon Jean-Louis Schilansky © D.R.

Les parlementaires de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) ont émis un rapport favorable à l’exploration du gaz de schiste. Comment l’accueillez-vous ?

Ce rapport est une première en France. Il constitue un progrès dans l’objectivité sur le sujet. Il est sérieux et fait preuve de mesure. Il n’est pas excessif d’un côté ou de l’autre. Il présente des arguments sensés. Parmi ceux-ci, il pousse à évaluer la ressource. Il est très difficile de ne pas être d’accord. Mon second sentiment, c’est la surprise face à la levée de boucliers, y compris celle du président de la Commission du développement durable. Il est préoccupant que certains refusent même simplement l’existence de ce rapport. Cela montre à quel point il y a un problème d’opinion publique.

Qu’est-ce qui pourrait ouvrir le débat ?

Pour qu’un gouvernement lance un programme, il devra sentir que l’opinion publique bouge. Si l’opposition, aujourd’hui très forte, s’atténue, le gouvernement trouvera des marges de manœuvre. Sans cela, aucun politique ne prendra le risque de se lancer. Encore moins aujourd’hui avec l’alliance PS-Europe Écologie Les Verts. Pour faire bouger l’opinion, il faut lancer des expérimentations sur le sol français sous le contrôle des pouvoirs publics et attendre que les autres pays européens avancent, en particulier l’Allemagne et l’Angleterre. La France ne précédera pas… Mais peut-être qu’elle suivra.

Comment le pays, qui a créé Total, Vallourec ou Technip, peut aujourd’hui avoir une telle méfiance vis-à-vis de l’industrie pétrolière ?

Total, Technip, Vallourec sont des créations anciennes. Or ces quinze dernières années, il y a eu des mouvements d’opinion très forts, quasi extrémistes. La France ne veut plus de ressources minérales, de ressources pétrolières et même pas d’installations industrielles. De plus, le gaz de schiste a connu un terrible démarrage. Le code minier ne prévoyait pas de processus de concertation avec les populations, ce qui n’est plus du tout adapté à la France… Coïncidant avec la sortie du faux documentaire "Gasland" [ndlr : film américain anti-gaz de schiste], le mouvement des opposants a balayé la classe politique, en pleine précampagne électorale. Les deux partis principaux se sont lancés dans une surenchère écologiste.

Retrouvez l'intégralité de notre dossier "Gaz de schiste, une spécialité française"

Le président de la République attend des technologies alternatives. Vous y croyez ?

Il y a des alternatives comme la fracturation au propane et d’autres systèmes sans eau. Mais elles n’en sont qu’au stade semi-opératoire. La technique utilisée partout, c’est la fracturation hydraulique. Elle est en amélioration continue, comme l’indique le rapport des parlementaires. Il est absurde de penser que les Américains sont des idiots. Il y a eu des opérations approximatives au début, mais depuis les progrès sont importants en matière de recyclage de l’eau, d’intégrité des puits, d’empreinte au sol…

Les anti-gaz de schiste ne parlent pas d’approximation, mais d’accidents…

C’est un mensonge ! Il n’y a pas eu un seul cas avéré de pollution de nappe phréatique liée à la fracturation hydraulique dans la recherche de gaz de schiste. Le fait de traverser la nappe phréatique est un sujet majeur pour tous les forages pétroliers, gaziers et géothermiques. Ce point est géré de la façon la méticuleuse. Enfin, comprenez bien qu’une pollution de la nappe phréatique, qu’elles qu’en soient l’origine et la raison, est un accident majeur ! Un tel accident mettrait n’importe quelle société à genoux ! La gestion de ce risque est une priorité absolue !

Pourquoi, outre-Atlantique, les sociétés françaises rencontrent-elles un vrai succès dans le gaz de schiste ?

La France a une très grande qualité d’ingénieurs. De plus, elle a une longue histoire pétrolière. Ces entreprises, qui possèdent expertise et technologie, se sont toujours expatriées là où elles peuvent se développer. Elles sont habituées à travailler n’importe où dans le monde. Ce qui est nouveau, c’est que la France a peut-être une ressource domestique. Or tous nos champions n’ont pas la possibilité d’appliquer leurs compétences à un potentiel français. C’est dommage.

L’établissement d’un nouveau code minier approche. Cela peut-il changer la donne pour le gaz de schiste ?

Thierry Tuot [ndlr : le conseiller d’État en charge d’un rapport sur le code minier] affirme qu’il n’y a pas de volet spécifique au gaz de schiste. Le code minier concerne les exploitations pétrolière, gazière, minière… Le gaz de schiste n’est pas un sujet en soi. Aussi, cela ne devrait pas faire bouger les lignes. Toutefois, il y a un point important. Il faut que le code minier définisse clairement la fiscalité. Je suis convaincu qu’une partie de ces redevances doit aller aux collectivités locales. Il est nécessaire que les habitants sentent qu’il y a une richesse qui leur revient. Pas forcément à titre individuel, mais au moins au niveau de leur localité.

Est-ce que le futur président du Medef, Pierre Gattaz, défendra avec autant de cœur le gaz de schiste que Laurence Parisot ?

Laurence Parisot, avec qui j’ai beaucoup parlé du sujet, en avait perçu tous les enjeux économiques. Cela l’a motivée à s’engager avec force à la fin de son second mandat. D’autant que cela coïncidait avec le grand débat sur la transition énergétique. Je tâcherai de travailler avec Pierre Gattaz afin qu’il perçoive, lui aussi, les enjeux du gaz de schiste en termes d’économie, d’emplois, d’indépendance énergétique, de réserves. Aujourd’hui, on ne peut pas passer à côté du coût de l’énergie et de l’impact que cela peut avoir sur la compétitivité. Je suis convaincu que le nouveau président du Medef sera un avocat de cette cause.

Est-ce que la réévaluation à la baisse du potentiel français par l'US Department of energy remet en cause l’importance du sujet ?

Non, car cela reste des réserves considérables. 3 800 milliards de mètres cubes représentent plusieurs dizaines d’années de consommation. Par ailleurs, rappelons que ce sont des évaluations théoriques. Ce sont des travaux sur le papier, basés sur la géologie et l’analogie. C’est intéressant bien sûr. Mais cela n’est pas une preuve de ce qu’il y a ou de ce qu’il n’y a pas. Et c’est encore moins une évaluation de ce qui est commercialement exploitable. Tant que l’on n’aura pas foré, on ne saura pas.

Propos recueillis par Olivier Cognasse et Ludovic Dupin

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