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L'Usine de l'Energie

Gaz de schiste : Des alternatives à la fracturation ?

Ludovic Dupin ,

Publié le

Enquête Le président de la République laisse ouverte la porte à des technologies alternatives à la fracturation hydraulique. Pour l'instant, les recherches font défaut.

Une porte s'entrouvre. « Tant qu'il n'y a pas de nouvelle technique, il n'y aura pas d'autorisation de permis d'exploration des gaz de schiste (...). Je prendrai mes responsabilités le moment venu (...). Je laisse les entreprises, les chercheurs travailler », a assuré François Hollande, le 13 novembre, lors de sa conférence de presse. Un changement de ton inattendu alors que le chef de l'État s'était opposé à cette ressource lors de la conférence environnementale, en septembre, en rejetant les sept demandes de permis dans l'Hexagone.

Faut-il voir une volte-face dans la déclaration du président de la République ? Force est de constater qu'elle intervient alors que des voix s'élèvent à gauche en faveur de la recherche sur le gaz de schiste. Le président de la commission des affaires économiques du Sénat, Daniel Raoul (PS), a saisi l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) pour étudier des solutions alternatives à la fracturation hydraulique. Michel Rocard, ancien Premier ministre, et Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, appellent, eux, à ne pas passer à côté de cette ressource.

Le rapport remis par Louis Gallois au Premier ministre, le 5 novembre, préconisait la poursuite des recherches sur les techniques d'exploitation du gaz de schiste. Mais de quelles recherches s'agit-il ? « Malgré les efforts des pétroliers pour rattraper leur retard dans les techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures de roche mère, il y a en France un déficit de compétences », avait conclu le rapport d'évaluation sur le gaz de schiste commandé par le gouvernement de François Fillon en 2011. En clair : la recherche française sur le gaz de schiste est quasi inexistante.

 

Recherche de compétences

« Je suis persuadé qu'il existe des entreprises françaises capables de proposer des solutions alternatives, non destructives, pour prospecter sur le gaz de schiste », veut croire Daniel Raoul. Le sénateur du Maine-et-Loire fait allusion aux compétences de CGG Veritas, le grand spécialiste de la sismique. Son directeur général, Jean-Georges Malcor, affirmait récemment dans nos colonnes : « Avec la sismique, nous aurions pu avoir une meilleure appréciation des profondeurs de bassins, calculer leurs volumes, identifier les zones géologiques sensibles... Bref savoir de quoi nous parlons ! » Cela permettrait de confirmer ou d'infirmer la seule étude du sous-sol français qui attribue à notre pays les premières réserves européennes de gaz (5 100 Tm3) et qui émane... du Department of energy (DOE) américain. « La sismique est essentielle. Mais à un moment, on ne coupera pas à la nécessité de forer », juge Roland Vially, géologue à IFP Énergies nouvelles (Institut français du pétrole).

C'est bien la fracturation hydraulique qui provoque l'ire des opposants au gaz de schiste. Cette technologie consiste à fracturer le schiste à plusieurs milliers de mètres sous le sol, en injectant sous haute pression de grandes quantités d'eau, de sable et de produits chimiques. « Les grands groupes pétroliers et parapétroliers travaillent en priorité à améliorer la seule technique existante. Ils n'investiront pas massivement dans des technologies alternatives », assure Pascal Baylocq, le président du groupe de travail sur les hydrocarbures de roche mère au Groupement des entreprises parapétrolières (GEP).

Les Français présents sur les marchés du gaz de schiste aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Chine, en Pologne et bientôt en Allemagne ne jurent eux aussi que par la fracturation. Le PDG de Veolia, Antoine Frérot, affirme être « l'un des deux seuls acteurs au monde à savoir traiter les effets sur l'eau de l'exploitation du gaz de schiste ». Vallourec, le spécialiste des tubes, est devenu l'un des leaders sur le marché nord-américain. Le groupe a axé sa R et D sur la fracturation hydraulique : « Le gaz de schiste a demandé de développer une gamme de produits spécifiques », explique Didier Hornet, le directeur du groupe pour le pétrole et le gaz.

De nouvelles technologies sont apparues ces dernières années. Si elles épargnent l'eau, elles reposent toujours sur le principe de la fracturation. En Amérique du Nord, 1 500 fracturations ont été réalisées avec du propane. Cet hydrocarbure accroît la production, sans utiliser d'eau et avec peu de produits chimiques. Le propane peut être recyclé, mais il est difficile de le stocker. Des alternatives, plus coûteuses, imaginent l'emploi de CO2 supercritique ou d'hélium.

Quant aux vraies ruptures technologiques, elles consistent à réchauffer la roche mère ou à la stimuler par l'emploi d'arcs électriques. Mais elles ne sont que théoriques. « Il faudra sans doute attendre une dizaine d'années », prédit Pascal Baylocq.

La recherche publique française n'a pas encore été mobilisée sur ces thèmes. L'IFP, qui travaille de plus en plus sur les énergies renouvelables, ne conduit aucun programme de recherche en la matière. Un feu vert constituerait sans doute une opportunité. Une rupture technologique et des brevets pourraient sortir des laboratoires français et devenir une bonne pratique à exporter. Ce ne serait pas la première fois ! En 1951, quand la France a découvert le gaz de Lacq, les spécialistes mondiaux le jugeaint inexploitable car trop corrosif. Jusqu'à ce que la recherche française invente des matériels adaptés... et donne naissance, en 1957, à un certain Vallourec. « L'histoire industrielle française est d'avoir toujours osé relever des défis », sourit Didier Hornet.

CES FRANÇAIS QUI APPRENNENT AUX ÉTATS-UNIS

Total Cinquième pétrolier mondial. En 2008, il acquiert 25% des actifs de Chesapeake dans le bassin des Barnetts (Texas), gisement historique de gaz de schiste. En 2012, il prend une participation dans le gisement d'Utica (Ohio). Vallourec Spécialiste des tubes et des connexions. Il réalise 80 % de son activité nord-américaine dans les hydrocarbures de schiste. Il vient d'ouvrir une usine à Youngstown dans l'Ohio (notre photo), afin de servir ce marché toujours en croissance. CGG Veritas Leader de la sismique. Il s'est allié au parapétrolier Baker Hughes pour améliorer la caractérisation des réservoirs d'hydrocarbures de schiste et pour optimiser les opérations de forage.

 

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