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L'Usine de l'Energie

Gaz de schiste : arrêter la recherche c'est perdre en compétitivité

Ludovic Dupin , ,

Publié le

A l’occasion d’un débat sur les gaz de schiste organisé par l’institut Montaigne, plusieurs experts dénoncent une France qui n’a pas su emprunté une voie scientifique pour trancher un débat dont dépend la compétitivité française.

Gaz de schiste : arrêter la recherche c'est perdre en compétitivité © D.R.

"Le principe de précaution s’impose à toutes les activités humaines. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut arrêter la recherche et saboter le progrès". Tel est le jugement de Christian Pierret, ancien ministre délégué de l’industrie du gouvernement Jospin, à l’évocation de la position française sur les gaz de schiste. Cette opinion a été exprimée lors de la conférence "Le gaz de schiste en France : peut-on réconcilier croissance et principe de précaution ?", organisée par l’Institut Montaigne et ParisTechReview en partenariat avec L’Usine Nouvelle, ce 14 janvier dernier.

"Pour le malheur de la France, l’interdiction du gaz de schiste a été voté par l’UMP et le PS", déplore Christian Pierret en faisant référence à la loi du 14 juillet 2011 interdisant l’utilisation de la fracturation hydraulique. Depuis, le président François Hollande a affirmé qu’aucun programme d’exploration ne sera mené en France pour les cinq années à venir. "Il aurait fallu intensifier la recherche et débloquer des crédits pour rechercher des gaz de schiste en étant précautionneux de l’environnement. C’est la logique inverse d’un monde qui a le progrès comme moteur !", ajoute-t-il.

L'exception française

La position de la France prise avant toute remise d’un rapport scientifique et d’études préliminaires, comme on en voit aujourd’hui en Allemagne, au Royaume-Uni et auxPays-Bas, est dénoncé par tous les participants. "Toutes les énergies, y compris les renouvelables, pourraient être éliminées au nom du principe de précaution", ironise Edouard Brézin, Professeur émérite à l’Université Pierre et Marie Curie. Philippe Crouzet, Président du directoire de Vallourec, grand fournisseurs de tubes pour l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis, juge durement le débat français : "Aucun autre pays n’a abordé le problème sous un angle aussi peu scientifique.  Je regrette que la France n’ait pas une démarche normale et  scientifique comme nous en avions encore dans ce pays, il y a encore 10 ou 15 ans".

"Une vraie possibilité de regagner une partie de la compétitivité française"

Ensuite, le débat vire rapidement sur la question économique. Rapporté au prix du pétrole, le gaz de schiste aux Etats-Unis vaut 24 dollars par barils. En Europe avec les contraintes environnementales, il serait de 45 à 48 dollars. Un prix à comparer entre 90 et 110 $/baril pour le pétrole. "C’est une vraie possibilité de regagner une partie de la compétitivité française grâce aux prix de l’énergie", juge l’ex ministreChristian Pierret.

Philippe Crouzet de Vallourec alerte sur deux autres urgences économiques : "Nous allons voir débarquer sur le marché européen en déficit de compétitivité des produits chimiques en provenance des Etats-Unis", explique-t-il d’une part. D’autre part, il rappelle que "si un jour, l’exploration est autorisée en France, l’infrastructure industrielle ne sera pas développé en France". En effet, elle proviendra plus vraisemblablement de pays européen qui auront engagé leur propre programme sur les gaz de schistes avec plusieurs années d’avance. A titre d’exemple, Vallourec aurait plus tendance à fournir la France depuis son usine allemande, que depuis son unité de Saint-Etienne.

L'impact sur l'environnement en question

Les problèmes environnementaux n’ont pas été exclus du débat, malgré un panel majoritairement en faveur de l’exploration des gaz de schiste. "A l’échelle du monde, on a connu une prise de conscience du risque climatique à l’époque de Kyoto. Mais depuis la dernière crise économique, les Etats-Unis ne parlent plus de nucléaire et favorisent le gaz. Pareil en Allemagne ou le charbon est développé. Si de grands pays comme les Etats-Unis, l’Allemagne et la France ne font pas d’efforts pour réduire leurs émissions de CO2, les pays émergents n’en feront pas", jugent Edouard Brézin. "On a besoin d’énergie pas chère, mais on n’a pas besoin d’émission de CO2", assène-t-il. Mais la priorité environnementale n’est pas la même pour tous.

"Les grands fauteurs de troubles environnementaux ne sont pas ceux qui défendent les gaz de schiste mais ceux qui bousillent les paysage en Allemagne avec des éoliennes dont la production intermittente doit être palliée par du charbon et du gaz importé de Russie et d’Algérie", juge Christian Pierret, ancien ministre délégué de l’industrie du gouvernement Jospin.  Il ajoute : "De l’autre côté du Rhin, on fait une erreur majeure et on empoisonne l’Europe."

Le gaz de schiste interroge aussi sur les risques de pollution des sols ou des nappes phréatiques. "Compte tenu que des recherches d’alternatives (arcs électriques, fracturations au propane…) sont en cours, il y a la possibilité de décaler l’exploitation des gaz de schiste pour augmenter la sécurité", affirme Edouard Brézin.

Rassurer l'opinion publique

Mais les autres participants n’ont pas de craintes. Au début de l’exploitation massive aux Etats-Unis en 2005, où l’on compte 400 sociétés pétrolières de toutes les tailles, n’importe qui pouvait faire n’importe quoi. Aujourd’hui la réglementation a beaucoup évolué. Philippe Crouzet précise : "En Europe toutes les exploitations seront faites par de grandes compagnies qui ont des comptes à rendre". Claude Perdriel, président du conseil de surveillance du Nouvel Observateur, va même plus loin : "Pour rassurer l’opinion publique, c’est à l’Etat de prendre en main l’exploitation du gaz de schiste avant de la passer au privé".

En conclusion, François Goulard, Ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherchedu gouvernement De Villepin, présent dans la salle, prend la parole : "Quand les industries électro-intensives auront aux Etats-Unis un énorme avantage, la France va perdre de l’emploi et de la richesse. Un gouvernement, digne de ce nom,  favoriserait le plus grand nombre et déciderait de lancer l’exploration des gaz de schiste. Mais nos gouvernants d’aujourd’hui suivent ce qu’ils croient être l’opinion publique. La question en réalité est : pourquoi nos politiques sont si sensibles à l’opinion publique ?". La question a largement fait applaudir l’assistance nombreuse, pourtant divisée sur le devenir de cette ressource fossile.

Ludovic Dupin

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1 commentaire

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15/01/2013 - 10h51 -

Le débat (?) a eu lieu. J'y étais. Les intervenants étant pro gaz de schiste en large majorité, je ne vois pas où est le débat !
Quelques remarques: Si les GDS sont les rares hydrocarbures encore disponibles après la fin des hydrocarbures conventionnels, il est intéressant de ne pas les exploiter maintenant puisque leur valeur ne peut que croitre avec le temps qui passe ! Laissons les cigales américaines et autres exploiter et donc dilapider ce potentiel. Pour une fois soyons la fourmi de la fable de La Fontaine.
Puisqu'il est avéré que les GDS sont très polluants:
-en tant qu'hydrocarbures générant par leur combustion dans des moteurs ou des chaudières, beaucoup de GES;
- mais aussi spécifiquement (utilisation d'eau vitale à d'autres usages plus utiles aux populations (agriculture par exemple), produits chimiques dangereux éparpillés en profondeur et surface des sols, pollution de nappes phréatiques (détection de gaz éthane, propane, diesel dans l'eau par l'United States Geological Survey),
il serait préférable de ne pas les exploiter.
Science sans conscience n'est que mort de l'âme humaine !
Il faut savoir tourner la page des énergies faciles et/ou carbonées; l'avenir est dans les énergies renouvelables, lesquelles sont certes plus difficiles à mettre en oeuvre mais bien plus génératrices d'emplois relocalisés. Qu'on se le dise !
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