Gaz de Lacq, une histoire d’audace

Après plus de 60 ans de bons et loyaux services, le champ géant de gaz naturel de Lacq ferme les vannes. Le grand site industriel se reconvertit vers la chimie. Véritable épopée technologique à l’époque, le développement de ce projet serait impossible aujourd’hui.

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Gaz de Lacq, une histoire d’audace

Ce vendredi 22 septembre, le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault se rend à Lacq (Pyrénées-Atlantiques) pour inaugurer la nouvelle unité de traitement de gaz du projet Lacq Cluster Chimie 2030. L’occasion pour le chef du gouvernement de célébrer une reconversion réussie de ce grand site de production de gaz, actif pendant une soixantaine d’années. S’il est bon de regarder vers l’avenir, c’est aussi l’occasion de faire un retour en arrière et de se pencher sur l’histoire de Lacq. La mise en exploitation de ce gisement géant a été l’un de ces projets fondateurs qui ont permis à la France de se doter de secteurs pétroliers et parapétroliers parmi les plus performants au monde.

A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, la France part en quête d’indépendance énergétique et sonde son sous-sol. Les résultats sont faibles. Seules quelques "poches d’huile" sont découvertes dans le bassin parisien et dans le Sud-Ouest. Mais tout change un beau jour de décembre 1951. A l’occasion d’un forage exploratoire, les experts dégottent 260 milliards de mètres cubes de gaz enterrés dans le Béarn. A titre de comparaison, la France des années 2000 consomme en moyenne 40 milliards de mètres cubes de gaz par an.

Mais ce trésor est farouchement gardé par de puissants cerbères technologiques, jugés invincibles à l’époque : 3 000 mètres de profondeur, très hautes pression et température, gaz très riche en hydrogène sulfuré donc hypercorrosif. A priori dépassés techniquement, les français cherchent de l’aide du côté de l’industrie américaine. Mais cette dernière jugera la ressource impossible à exploiter.

La plus grande usine de gaz d’Europe

Une réponse non satisfaisante pour la Société nationale des pétroles d’Aquitaine (SNPA), en charge du projet. Elle fait concevoir, par les ingénieurs de Vallourec, un acier capable de résister à la corrosion et imagine un outil de désulfuration du gaz. En 1957, à force de temps et d’obstination, la France inaugure la plus grande usine de gaz d’Europe. Au début des années 1970, le pays s’autoalimente en gaz à hauteur de 30 %. Dans le même temps, la SNPA va grandir pour devenir Elf Aquitaine, puis former la base de l’activité d’exploration de Total, aujourd’hui cinquième pétrolier mondial.

Les acteurs français du pétrole rappellent à l’envi que "si l’on découvrait le gaz de Lacq de nos jours, son exploitation serait interdite car jugée trop dangereuse". Bien sûr, en arrière-plan, c’est à l’impossibilité d’explorer les gaz de schiste dans l’Hexagone que ces industriels font allusion. De fait, l’expérience de Lacq n’est pas reproductible. En premier lieu, l’inscription du principe de précaution dans la constitution Française, décidée par la France en 2005, ne permet plus de lancer de tels programmes industriels. Par ailleurs, la France a choisi la voie d’une politique de transition énergétique très volontariste. Elle passe, entre autres, par la réduction de 30 % de la consommation d’hydrocarbures d’ici 2030, comme l’a annoncé le président Hollande lors de la deuxième conférence environnementale en septembre 2013.

Ludovic Dupin

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