Garder les écoles ouvertes quand le Covid-19 fait rage : la Belgique montre la voie avec les tests salivaires

La Belgique devrait lancer dans quelques jours un dépistage récurrent du Covid-19 dans ses établissements scolaires grâce à des tests salivaires. Une méthode éprouvée par l'Université de Liège, qui est parvenu réduire fortement la mortalité due au Covid-19 dans les maisons de repos wallones cet hiver. De quoi inspirer un gouvernement français qui tient à garder les écoles ouvertes ?

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Garder les écoles ouvertes quand le Covid-19 fait rage : la Belgique montre la voie avec les tests salivaires
Le test EasyCov, qui détecte le Sars-CoV-2 en 30 minutes à partir d'un prélèvement salivaire, est un outil idéal pour du dépistage préventif.

Maintenir les écoles ouvertes, quoi qu’il en coûte. C'est en substance la position du gouvernement français alors que plane toujours la menace d'une nouvelle envolée de l'épidémie - et d'un confinement. Comme il n'est plus possible de nier que les établissements scolaires sont un lieu privilégié de propagation du Covid-19, une telle position demande donc des actions pour mieux sécuriser les écoles. Le dépistage récurrent à partir de tests salivaires que s'apprête à lancer la Belgique en est un exemple.

« Il faut tenir les écoles ouvertes, mais développer des stratégies de testing plus assertives, par exemple avec des tests salivaires », a ainsi martelé Frank Vandenbroucke, le ministre de l'Education de la Belgique vendredi 29 janvier dans les médias belges. « Nous voulons tester chaque semaine tous les professeurs d’écoles primaires, secondaires et de l’enseignement supérieur, y compris les universités », indique Fabrice Bureau, vice-recteur de l’université de Liège chargé de la recherche.

30 000 étudiants et personnels testés chaque semaine à l'université de Liège

Ce dépistage, qui devrait commencer dès la mi-février en Belgique, s’appuiera sur le protocole de tests RT-PCR sur prélèvements salivaires développé par l’université de Liège sous l'impulsion de Fabrice Bureau et mis en œuvre pour dépister, à partir du 28 septembre, 30 000 personnes chaque semaine, à raison de 6 000 personnes testées par jour ouvrable.

Comme l'avait alors expliqué Fabrice Bureau à Industrie & Technologies, les tests salivaires représentent l'outil de choix pour un tel dépistage récurrent : difficile de réaliser chaque semaine des prélèvements naso-pharyngés – nécessaires pour les tests RT-PCR classiques mais aussi pour les test antigéniques – chez une population sans symptômes. Sans compter le besoin de professionnels qualifiés pour réaliser ces prélèvements.

Auto-prélèvement et pooling

Le protocole mis en œuvre par l'établissement de la Cité ardente comporte deux autres caractéristiques intéressantes : étudiants et personnels réalisent eux-mêmes leur prélèvement grâce à un kit fait maison ; les échantillons sont mélangés par lots pour réduire le nombre d'analyses PCR à réaliser (technique du pooling), réduction de coûts et délais à la clé. Partis de lots de 6 prélèvements mélangés, les équipes de l’université de Liège sont rapidement passées à 3 « afin que seulement trois cas positifs sur 3 000 tests échappent à la détection », précise Fabrice Bureau.

Ce dépistage à l'université n'a été qu'une première étape avant de passer au dépistage dans des maisons de repos. « Cela n’a duré qu’un mois car nous étions déjà dans la phase exponentielle de la deuxième vague et les étudiants ont très vite dû retourner chez eux, admet le vice-recteur. Mais nous avions démontré que nous pouvions développer toute une logistique permettant de tester chaque semaine des milliers de personnes. » L’équipe autour de Fabrice Bureau a donc entrepris de répliquer l’expérience dans les 600 maisons de repos de Wallonie.

Résultats spectaculaires dans les maisons de repos wallones

Après une phase de préparation de seulement dix jours et seulement trois personnes déposant les tests salivaires dans 13 points-relais, l'équipe est parvenue à tester 40 000 membres du personnel soignant chaque semaine, à raison de 24 000 tests par semaine. « Un très grand succès logistique, se réjouit le vice-recteur. Nous avons fait en sorte que 98,5% des personnes testées reçoivent leurs résultats dans les 12 heures afin que les positifs ne reviennent pas au travail le lendemain. »

Les résultats, eux, sont « spectaculaires », lâche même Fabrice Bureau : « Le taux de positivité à chuté de 5,47% à 0,18% dans les maisons de repos wallones en quelques semaines, alors que ce taux reste plus ou moins stable dans la population générale. On voit aussi que la mortalité chute significativement dans les maisons de repos wallones et pas dans les maisons de repos flamandes, qui n’ont pas bénéficié d’un tel dépistage. Pourtant, lors de la première vague, ces taux de mortalité étaient superposables dans les deux régions [Voir graphique ci-dessous, ndlr]. » Sous l’impulsion du responsable de la force opérationnelle belge de testing, Herman Goossens, la Belgique a mis en place huit laboratoires de tests similaires à celui de Fabrice Bureau.

Evolution de mortalité Covid-19 dans les maisons de repos en Belgique

« Au début, tout le monde remettait notre stratégie en cause ; aujourd’hui les meilleures revues mondiales montrent que le dépistage par tests salivaires est efficace », se félicite Laurent Gillet, vice-doyen de l’université de Liège, faisant référence à des études parues dans des revues à comité de lecture comme Science, Clinical Infectious Diseases ou encore Journal of Clinical Microbiology.

En France, la Haute autorité de santé toujours réticente

La Haute autorité de santé (HAS) française fait partie de ces sceptiques, et a toujours du mal à revenir sur sa méfiance initiale à l'égard de la salive. L'institution avait fini par autoriser les tests salivaires en septembre, mais seulement pour les personnes symptomatiques, ce qui écarte la possibilité d'un dépistage massif. Une position toujours d'actualité mais qui pourrait évoluer… lentement d'après l'avis de la HAS du 23 janvier, intitulé « La HAS amorce la réévaluation des tests RT-PCR salivaires à la lumière de nouvelles données ».

Ces nouvelles données montrent, selon la HAS, une perte de sensibilité de seulement 2% à 11% chez les asymptomatiques comme les symptomatiques. De quoi autoriser le dépistage massif ? Non : « La HAS considère que les résultats attendus des études actuellement en cours, notamment en France (Salicov, Samlicov, Covisal), vont permettre d’apporter les réponses indispensables aux questions qui se posent avant toute extension des indications pour les tests salivaires », est-il écrit dans l'avis

La pression pour maintenir les écoles ouvertes fera-t-elle accélérer la HAS ? A côté du renouvellement de l'air et de sa surveillance via des capteurs de CO2, dépister chaque semaine des échantillons importants de la population scolaire et des enseignants pourrait être un ingrédient clé de la continuité pédagogique chère au ministre de l'Education. D'autant que la France pourrait s'appuyer sur le test EasyCov développé à Montpellier qui allie prélèvement salivaire et analyse en 30 minutes. Et par la suite, pourquoi ne pas faire comme les Wallons et tenter de réduire la propagation dans les Ehpad par ce dépistage pro-actif ?

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