"Gagner la bataille de l'innovation et des compétences par la coopération entre entreprises", présente François Perret de Pacte PME

Les PME peinent à innover et à prendre le train de la transformation numérique en raison, notamment, d'un déficit en compétences, estime François Perret, directeur général de Pacte PME depuis février 2015. Qui prône une coopération accrue entre petites et grandes entreprises dans le domaine des compétences.

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La martingale de la compétitivité est bien connue : pour améliorer ses parts de marché, une économie doit être performante à la fois sur l’échelle des "coûts" (compétitivité-prix) et sur celle de l’innovation (compétitivité dite hors-prix).

Depuis 2012, la France progresse incontestablement sur le premier front, notamment sous l’effet du Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE). Elle n’en reste pas moins encore plus "chère" que la Grande-Bretagne, l’Espagne ou même l’Allemagne, avec un coût moyen de 36,20€ de l’heure mi-2015.

Peut-elle dès lors espérer compenser cette fragilité par une plus forte propension à innover ?

"J’ai l’impression de voir la Silicon Valley en France". Chacun garde en mémoire cette petite phrase flatteuse prononcée par John Chambers, le patron de Cisco, lors d’un passage à Paris.

Il est vrai que la France devient une nation tournée vers l’innovation : depuis 2013, elle a accédé au quatrième rang mondial pour le nombre de brevets délivrés tandis que se propage l’innovation dans son tissu productif, avec l’effet d’entraînement du Crédit d’Impôt Recherche (CIR).

La création du label "French Tech" joue aussi tout son rôle et contribue à asseoir notre toute nouvelle image de nation innovante à l’étranger.

Autre bonne nouvelle : les grandes entreprises sont au rendez-vous. Dix groupes français figurent cette année dans le top 100 Global Innovators de Thomson Reuters, ce qui place désormais notre pays sur le podium international derrière le Japon et les Etats-Unis.

Trop peu de PME innovent

Mais cela est encore loin de suffire puisque seulement un tiers des PME françaises parvient à innover chaque année. Comment expliquer cette moindre propension à innover qui pourrait bien compromettre durablement nos perspectives de croissance à moyen terme ?

L’hypothèse d’un déficit de compétences spécialisées de nos entreprises à l’heure d’une révolution technologique qui "fait du capital humain la source majeure de croissance et de compétitivité" (P. Artus et MP Virard, Croissance zéro, Fayard, 2015) n’est pas à négliger. Des compétences insuffisantes sur certains segments pointus (marketing, propriété intellectuelle, design, compétence financière, digital, etc.), ce sont en effet des choix probablement moins optimaux d’investissement et des effets potentiellement néfastes sur le rythme d’innovation.

Le lien de causalité entre l’insuffisance actuelle de notre économie en compétences et son investissement dans les nouvelles technologies est tout à fait plausible: comment expliquer autrement que le parc français se résume actuellement à 33 000 robots industriels contre 166 000 en Allemagne ?

L'indispensable montée en gamme passe par les compétences digitales

Certaines données chiffrées, cumulées, laissent même craindre l’effet d’une véritable bombe à retardement pour l’innovation : comment innover demain si un jeune sur dix ne maîtrise pas les savoirs de base (calcul, lecture) comme aujourd’hui ? Comment innover demain si nous continuons à ne consacrer que 30 minutes par mois en moyenne à se former ? Comment innover, enfin, si la fertilisation croisée entre l’école et l’entreprise pâtit plus longtemps d’un si faible développement de l’apprentissage : moins de 500 000 alternants dans l’hexagone contre 1,3 million en Allemagne ?

Notre économie n’a plus une minute à perdre pour réussir le défi de l’adaptation des compétences : à l’horizon 2020, ce seront 90% des emplois qui exigeront des compétences numériques.

La montée en gamme des compétences touche avant tout l’acquisition des compétences digitales, car plus du quart (27%) des responsables de TPE-PME considère encore la transition numérique comme une contrainte (Harris interactive, septembre 2015). Ils n’y recourent ainsi que de manière bien timide : seule une minorité a recours au numérique pour la communication et la publicité, la conception ou encore la commercialisation de produits ou services.

Pour relever ce défi de la transition numérique, la voie d’une plus grande coopération entre les entreprises s’impose. La "transformation digitale collaborative" est loin d’être une utopie : beaucoup de start-up technologiques peuvent venir en appui des grandes entreprises pour les aider à développer leur maturité digitale. A l’inverse, beaucoup de compétences détenues par les salariés de grands Groupes pourraient être utiles aux PME.

Pacte PME s'apprête à lancer une plateforme d'échanges de compétences entre PME et grands groupes

François Perret est directeur général de Pacte PME, qui promeut une coopération renforcée entre grands groupes et PME

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