G20 : haro sur le dollar faible

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Demain à Séoul, le G20 s’ouvrira sous le signe de la dévaluation compétitive. Chacun essaye de maintenir une monnaie faible pour stimuler son économie. Et la bataille entre américains et chinois risque de faire des victimes collatérales, notamment les industriels européens. Explications.

G20 : haro sur le dollar faible © REUTERS

La banque centrale des Etats-Unis a ouvert en grand les vannes du crédit. Mercredi dernier, la Fed a annoncé l’injection de 600 milliards de dollars. Le but officiel est de « favoriser une accélération de la reprise économique ». Mais cette mesure dite d’« assouplissement quantitatif » aura aussi pour résultat d’introduire plus de dollars sur le marché et donc de provoquer une dépréciation du billet vert. Un phénomène apportant à l’économie américaine un avantage compétitif sur les marchés internationaux.

La Chine, à qui on a souvent reproché de maintenir le renminbi (yuan) en-dessous de sa valeur économique réelle, tousse suite à la décision de la Fed. Ainsi, Zhang Ping, à la tête Commission nationale pour le développement et le réforme (NDRC), a dénoncé, mardi, le dollar faible et l'abondance de liquidités mondiales qui entraînent une hausse des cours des matières premières qui se traduit par « de l'inflation importée » en Chine.

La Chine peut agir

« Le danger en Chine est l’inflation. La Banque centrale chinoise peut intervenir sur les taux de changes et maintenir le renminbi en accumulant les réserves de change. Mais cette création monétaire  augmentera les prix. Or le risque inflationniste est déjà important », explique Bei Xu, économiste spécialiste de la Chine chez Natixis. En bref, la Chine a le choix entre laisser le Yuan s’apprécier et perdre des marchés à l’exportation.

« La Chine peut supporter une appréciation du renminbi de 3 à 5% par an. Au-delà, la marge des exportateurs va se réduire et les industries à faible valeurs ajoutées disparaîtront de Chine », précise Bei Xu. La conséquence directe serait le retour des ouvriers dans leur campagne, et une baisse massive de la consommation chinoise alors que Pékin essaye d’opérer un tournant vers la demande intérieure afin de ne plus dépendre uniquement des exportations.

Le scénario le plus probable est une politique économique subtile : une légère appréciation du yuan permettra de ne pas provoquer une inflation ingérable tout en évitant de brider l’avantage compétitif de produits chinois à bas prix. La Chine subi la décision américaine mais elle a une marge de manœuvre. Ce dont l’Europe ne bénéficie pas.

L’Europe ne peut que subir

« L’euro porte le poids de cette mesure », a ainsi dénoncé Christine Lagarde dans un entretien vendredi avec le Wall Street Journal.   « L’euro est clairement la variable d’ajustement. D’un côté, le dollar baisse avec un politique monétaire conçue à cet effet ; de l’autre, le yuan chinois ne flotte pas librement, ce qui signifie qu’une autre monnaie doit monter », détaille la ministre. Et son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, ne dit pas autre chose  en accusant les Etats-Unis de « poser des problèmes » au monde en inondant l'économie de dollars.

 Au bout du compte, cette injection de liquidités par la Fed pourrait ralentir la reprise en zone euro. Et les industriels seront les premiers touchés par une équation simple. Si les prix des composants importés diminuent, les prix de nos produits industriels vont augmenter à l’export non seulement aux Etats-Unis mais aussi vers la plupart des économies émergentes dont la monnaie est rattachée au dollar.

«  Pour nous, Européens, le problème n’est pas tant le yuan que le dollar. A 1,40 dollar, l’euro est trop cher. Nos Airbus ne peuvent être vendus qu’à perte. Notre déficit vis-à-vis des pays « dollar » va continuer à croître », écrit Bernard Marois, président du Club Finance de HEC. Le bénéfice à l’exportation est rogné par des coûts de productions trop élevés par rapport aux prix de vente, et ce à cause du seul effet des taux de change.

Nos industriels risquent d’en souffrir

« Quand le dollar perd 10 centimes, nous perdons deux millions d’euros de marge », témoigne Laurent Bataille, le PDG de Poclain Hydraulics, le leader Mondial de la conception et de la fabrication de transmissions hydrauliques pour engins agricoles ou de chantiers. Le métier d’équipementier est particulièrement touché car cette industrie vend des composants de machines qui se construisent sur 5 à 15 ans. Et les prix sont convenus dès le départ. Dès lors, impossible de répercuter les coûts de production sur les prix. Résultat: la marge fond à mesure que l’euro s’évalue.

« Quand on vend des produits fabriqués en France à l’extérieur de la zone euro, notre position concurrentielle est mauvaise. Pour compenser cette perte sur nos marges, on essaye d’acheter en dollars des composants et de vendre en euros. Mais, il est difficile d’équilibrer », détaille-t-il. Du coup, le moyen de faire face est de produire sur les marchés où la monnaie est faible. « On vient d’investir dans des usines en Inde car la roupie est faible. De même pour Shanghai ou le yuan est lié au dollar. Cette guerre économique est défavorable aux usines françaises», ajoute-t-il. Dans l’industrie exportatrice, un euro fort sur le long terme serait synonyme de délocalisation accélérée.

 Morgane Remy

 

 Lire aussi : Japon, Etats-Unis, Chine : la guerre des taux de change

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