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Futur ingénieur, déjà entrepreneur

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Les élèves ingénieurs sont de plus en plus nombreux à créer leur start-up. Les écoles multiplient les dispositifs pour les inciter à entreprendre.

Futur ingénieur, déjà entrepreneur

Les voilà prévenus. Devenir entrepreneur, c’est beaucoup de travail en plus, c’est avant tout un état d’esprit et même un choix de vie ! Cela peut faire réfléchir quand on a 20 ans et que l’on sort tout juste de l’épreuve des concours… Pourtant, malgré les mises en garde de leurs enseignants sur les implications d’une telle démarche, les élèves ingénieurs sont de plus en plus nombreux à créer leur entreprise. Dès leur diplôme en poche, parfois même avant. Ils y sont encouragés par des dispositifs mis en place au sein des écoles, qui peuvent être très complets (cours, coaching, techniques de développement et prototypage…). De leur côté, les pouvoirs publics ont créé, en septembre 2014, un statut d’étudiant-entrepreneur.

« Tout sauf des gens scolaires »

Déclencher une vocation d’entrepreneur, cela se travaille dès l’entrée à l’école d’ingénieurs. À l’Institut d’optique, aux Arts et Métiers, à Télécom Lille, par exemple, des parcours d’initiation et de sensibilisation (conférences, visites d’incubateurs…) sont proposés aux élèves de première année. À Nantes, l’École des mines compte beaucoup sur son incubateur d’entreprises, physiquement proche et ouvert aux élèves. « Il y a des étudiants qui ont spontanément la fibre entrepreneuriale. Ils se révèlent dès qu’on les met sur un projet… Ils sont peu nombreux, mais il est important de les identifier et de ne pas éteindre cette flamme qui est en eux », déclare Frédéric Pallu, le directeur adjoint. Ces entrepreneurs nés, c’est sûr, on les retrouvera dans les projets formalisés de création d’entreprise, pour certains dès la deuxième année. C’est alors que les choses deviennent sérieuses et qu’entre en jeu la sélection.

Le porteur du projet monte son dossier, qui sera présenté devant un jury composé d’enseignants, d’entrepreneurs, de financiers… Description de l’innovation, marchés visés, clients potentiels, moyens nécessaires, propriété industrielle… « Un mini-business plan », résume Patrice Dubois, responsable du Creda, la filière entrepreneuriat des Arts et Métiers, accessible en troisième année. Le Creda retient environ 50 projets sur une centaine de candidats, pour des promotions de 1 000 élèves. Aujourd’hui, la plupart des dossiers sont bien préparés. Mais l’essentiel, c’est la qualité du ou des porteurs du projet. « Il faut tout sauf des gens scolaires », s’exclame François Balembois, le directeur général adjoint à l’enseignement de l’Institut d’optique, qui précise qu’on demande dès le début aux élèves d’entrer en contact avec de futurs clients.

À l’École internationale des sciences du traitement de l’information (Eisti), à Cergy (Val-d’Oise), qui lance à la rentrée un dispositif sur la création d’entreprise en troisième année, tout commence par une réflexion avec un coach professionnel. Objectif : « Savoir qui l’on est », résume Guy Doriot, le fondateur de l’école. Ensuite seulement, on parlera plus précisément du projet. Bien analyser la motivation du porteur de projet est un exercice parfois subtil. L’INP Toulouse, qui regroupe sept écoles d’ingénieurs, a créé, dès 2014, un statut d’étudiant-entrepreneur, devançant l’initiative nationale. Il sélectionne une dizaine de projets par an. Le jury avait détecté chez un élève entrepreneur l’espoir inavoué, et paradoxal, de retarder son entrée dans la vie professionnelle !

Préparer son projet dans les meilleures conditions

Passé le cap de la sélection, nos entrepreneurs en herbe sont choyés et ont tout ce qu’il faut pour se mettre au travail. Du temps surtout. L’INP Toulouse s’est ainsi inspiré du statut déjà accordé aux sportifs et musiciens de haut niveau pour aménager la scolarité des créateurs d’entreprise. « Des modules d’enseignement peuvent être remplacés par d’autres, propres au projet d’entreprise, pour réaliser par exemple un prototype du produit », signale Alain Ayache, chargé de mission étudiant-entrepreneur. Les enseignements centrés sur la gestion d’entreprise prennent diverses formes. À l’X, le master innovation technologique, ingénierie et entrepreneuriat est l’un des piliers du pôle créé en 2014 pour fédérer les moyens dédiés à la création d’entreprise. À l’Eisti, on mise, entre autres, sur un « serious game » où l’élève prend des décisions en situation réelle (comme sur un simulateur de vol, y compris la simulation de crash…). Cours théoriques et études de cas font bien sûr partie de la panoplie. « Le principe est que tous les enseignements – innovation, droit, finance, gestion… – soient appliqués au projet d’entreprise de l’élève », souligne Patrice Dubois aux Arts et Métiers. L’École des mines de Nantes, plutôt que des cours magistraux, préfère financer des prestations individualisées (design, business plan…) selon les besoins de chaque entrepreneur. Et puis, rien ne remplace l’expérience du terrain. Quand les élèves des Arts et Métiers ParisTech arrivent au Creda en troisième année, ils sortent de leur stage « bras droit », aux côtés d’un chef d’entreprise, d’un responsable de bureau d’études ou de production. « C’est là qu’ils apprennent les bonnes pratiques », affirme Patrice Dubois.

Diverses structures d’accompagnement

Ces bonnes pratiques, ils les acquièrent aussi au contact des coachs et experts en tout genre qu’on leur fournit. Pour accompagner leurs jeunes pousses, les écoles rameutent les bataillons des anciens, au Siam (Société des ingénieurs Arts et Métiers) et au Clenam (Club entreprises Arts et Métiers), par exemple. Le tissu régional est aussi mis à contribution, comme à Nantes la technopole Atlanpole et bien sûr la CCI. Mais les écoles créent aussi leur propre structure d’accompagnement. Centrale Supélec place les projets d’élèves en pré-incubation au sein de son incubateur d’entreprises. Polytechnique a lancé cette année son accélérateur de start-up. Les projets ou les entreprises tout juste créées y sont accompagnés par un ensemble de coachs et de mentors experts. « C’est un programme de six mois, dense, avec beaucoup de ressources disponibles en même temps », résume Matthieu Somekh, le responsable du pôle entrepreneuriat et innovation à Polytechnique. Les entrepreneurs ont également accès à un espace de prototypage et à son « fab manager ». Le tout va s’installer dans le tout nouveau bâtiment de 2 500 m2 dédié à l’entrepreneuriat, sur le site de l’école, financé par Patrick Drahi (Altice).

À l’Institut d’optique, le centre entrepreneurial de 10 000 m2, le 503, regroupe 35 entreprises de la photonique, un vivier de formateurs et d’experts. Il comprend aussi un fablab, des entreprises de conseil et… les élèves entrepreneurs. « Une intégration verticale dans le domaine de l’entrepreneuriat », résume François Balembois. Avec tout ça, si le projet n’aboutit pas à la création d’une entreprise, c’est à désespérer. Mais la machine à fabriquer des start-up fonctionne. Il suffit de voir les chiffres : 14 entreprises issues du Creda à l’Institut d’optique, 25 à 30 projets dans l’accélérateur de l’X, 16 entreprises créées à l’INP Toulouse depuis 2008… Pourtant, 20 % seulement des élèves qui suivent la filière à l’Institut d’optique créent une entreprise. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’ils n’en tirent pas profit. Il y a un effet carnet d’adresses, une foule de contacts bien utiles pour la suite de leur carrière. Et un apprentissage irremplaçable des relations professionnelles. Selon l’Institut d’optique, pour les recruteurs, un élève qui a suivi le cursus Entrepreneuriat a une maturité équivalente à plusieurs années d’expérience. La « culture entrepreneuriale » est un acquis, y compris pour ceux – la majorité – qui feront carrière dans les ETI ou les grands groupes. Ne serait-ce que pour savoir travailler avec des start-up. 

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