Fusion Lafarge Holcim : pas de cessions au Maroc… pour l’instant

Engagés dans leur processus de fusion, les deux cimementiers Larfarge et Holcim viennent de publier les projets de cessions d’actif. Leurs activités Maroc ne sont pas citées à ce stade, mais Lafarge n’exclut rien. Analyse.

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Fusion Lafarge Holcim : pas de cessions au Maroc… pour l’instant
Cimenterie à Tétouan de Lafarge Maroc

Les deux cimentiers Lafarge et Holcim ont annoncé leur projet de fusion le 7 avril avec l’objectif de devenir le numéro un mondial incontesté du ciment. Ils pèsent 220 millions de tonnes de capacité chacun contre 340 millions environ pour le chinois CMGN, leader mondial.

Dans ce cadre, ils doivent procéder à des rectifications de périmètres, soit du fait d’activités redondantes, soit surtout pour anticiper les situations de position dominante

La liste publiée le 7 juillet constitue des « propositions » de désinvestissements. Celles-ci représentent environ 10 % du chiffre d’affaires cumulé des deux groupes, soit environ 3,5 milliards d’euros.

Pour accélérer leur rapprochement, Lafarge et Holcim veulent agir, en quelque sorte , par anticipation des décisions que devront rendre les nombreuses autorités de la concurrence dans le monde concernées par cette fusion.

A ce stade, il n’est pas certains d’ailleurs que les propositions annoncées correspondent aux desideratas desdites autorités. La Commission européenne a ainsi indiqué qu’elle allait procéder à une « enquête approfondie » sur le projet, sa procédure la plus fouillée.

"LE MAROC PAS CITÉ"

Dans la longue liste préliminaire des cessions proposées, le Maroc ne figure donc pas. Pourtant les deux groupes y tiennent une position de premier plan. Lafarge Maroc contrôle environ 40% du marché et Holcim, via sa filiale Holcim Maroc, 25 à 30 %.

Interrogé par L’Usine Nouvelle le siège de Lafarge confirme que "le Maroc n’est pas cité dans la proposition de désinvestissements listés" indiquant que la liste annoncée "représente la majeure partie des actifs que les deux sociétés envisagent de désinvestir".

Mais Lafarge rappele les termes du communiqué à savoir que "les deux sociétés continueront à évaluer les situations où des désinvestissements pourraient être nécessaires en fonction de l’appréciation des recouvrements géographiques ou de demandes des autorités de la concurrence".

Si le droit marocain de la concurrence reste jeune, selon les experts juridiques et analyste financiers, la position cumulée des deux groupes dans le royaume serait difficilement acceptable.

Selon le cabinet Adamas Maroc, les opérations de concentration économique au Maroc sont régies par la loi n°06-99 sur la liberté des prix et de la concurrence et par son décret d’application n°2-00-854 du 17 septembre 2001. Ces dispositions s’appliquent lorsque les entreprises concernées détiennent globalement plus de 40 % du marché pertinent concerné".

Ce qui est le cas en l’espèce puisque le cumul de leur part de marché dépasserait 60 %

Le cas marocain se singularise aussi par le fait que les filiales des deux groupes sont toutes deux cotées à la bourse de Casablanca, situation quasi unique au monde.

Au processus concernant le droit de la concurrence, viendront donc s’ajouter les contraintes du droit boursier. Sans qu’on connaisse pour l’instant les options choisies par les deux groupes : OPA, OPE, et surtout maintien, ou non in fine, d’une entité cotée.

Les actionnaires minoritaires parmi lesquels on compte par exemple pour Lafarge la famille royale du Maroc ou la Banque islamique de développement seront attentifs à ce point tout comme les autorités boursières marocaines soucieuses de ne pas voir se réduire la profondeur de la place de Casablanca.

La capitalisation boursière des filiales marocaines se chiffre pour Lafarge Maroc à environ 25 milliards de dirhams (1 000 dirhams = 90 euros) et 8,5 milliards de dirhams pour Holcim Maroc. Dans chaque cas, près de la moitié environ du capital de ces filiales est détenue par des actionnaires extérieurs.

Autre particularité, Lafarge et Holcim sont tous deux extrêmement rentables au Maroc avec des taux de marge nette, supérieurs à 15 % en moyenne ces dernières années.

éventuels outsiders

En 2013, Holcim Maroc a réalisé un chiffre d’affaires de 3,1 milliards de dirhams pour un bénéfice net de 377 millions de dirhams. Les ventes de Lafarge au Maroc se sont élevées à 5,05 milliards de dirhams pour un résultat net consolidé de 1,4 milliard de dirhams.

Outre ces deux groupes, sur ce marché relativement cartellisé, seuls deux autres opérateurs émergent à savoir Ciments du Maroc, filiale d’Italcimenti et Ciment de l’Atlas filiale du groupe marocain Sefrioui. À cela s’ajoute Cimpor filiale du brésilien Votorantim pour une seule usine.

Tous ces opérateurs sont sur la liste des acquéreurs potentiels, sans compter d’éventuels outsiders pouvant trouver là l’occasion d’entrer sur ce marché, généralement dynamique même si depuis un an il marque le pas.

Lafarge Maroc détient quatre cimenteries dont celle de Bouskoura est la plus grosse du pays (3 millions de tonnes) et celles de Meknès, Tétouan et Tanger. À cela s’ajoutent, ses filiales Lafarge Bétons et Lafarge Granulats.

Pour sa part Holcim Maroc exploite trois cimenteries à Oujda, Fès et Settat, près de Casablanca, soit une capacité de 4,5 millions de tonnes. Il dispose aussi à Nador d’un centre de broyage, d’ensachage et une unité d’ensachage à Casablanca.

De quoi susciter bien des envies. Mais ça, c’est le Conseil marocain de la concurrence, et son président Abdelali Benamour qui en décideront. Dans une publication de 2012, le Conseil faisait état de ses "soupçons" sur la cartélisation du marché...

Pierre-Olivier Rouaud

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