Fukushima : quelle énergie voulons-nous ?

Le consensus est fragile également car le nucléaire ne sera pas demain aussi bon marché qu’aujourd’hui. Le besoin de renouveler les installations existantes, de provisionner les risques liés aux déchets, le démantèlement de réacteurs devenus obsolètes… tout cela a un coût qui sera répercuté dans la facture électrique des Français. La question qu’ils se poseront alors sera la suivante : a-t-on raison d’investir ces milliards d’euros dans de nouvelles centrales ? Ne devrait-on pas les consacrer à d’autres modes de production d'énergie ?

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Fukushima : quelle énergie voulons-nous ?

Juste après le tsunami et la catastrophe de Fukushima, on aurait pu craindre une forte réplique dans le domaine énergétique. Elle ne s'est pas produite. Il y a un an pourtant, dans la stupeur et l’effroi face à cette centrale qui semblait hors-de-contrôle, le clan des pays nucléarisés s’interrogeait sur son engagement atomique. Si l'on met de côté l'Allemagne, l'Italie (car ces deux pays avaient déjà enclenché ce processus avant Fukushima) et la Belgique, aucune défection majeure n’est à déplorer. Au contraire... 365 jours après les événements japonais, le nucléaire affiche une étonnante santé et un avenir radieux. Comme le révèle notre infographie, plus de 300 nouveaux réacteurs devraient être construits d'ici 2030. Ce qui portera le nombre de centrales à près de 600 dans le monde à cette échéance. La Chine évidemment mais aussi les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne ont décidé d'investir massivement dans l'atome pour compléter leur mix énergétique.

Leur choix est d'abord et avant tout pragmatique. L'inexorable montée du prix du pétrole, les conséquences écologiques d'un recours accrus à d’autres énergies fossiles comme le charbon ou le caractère aléatoire de la production d'énergie grâce au solaire ou à l'éolien ont permis de "sauver" le nucléaire. En France, par exemple, l'opinion publique a sans doute mieux compris que certains de ses responsables politiques qu'il est impossible de sortir à court terme du nucléaire. Les Français ne sont pas prêts à abandonner cet avantage compétitif qui leur permet de chauffer leur maison à bon prix. Ils ne sont d'ailleurs que 13% à se déclarer opposés au recours à l'atome. Comme le souligne Jérôme Fourquet, qui a conduit cette étude pour l'Ifop, "dans l’opinion publique, le nucléaire est majoritairement perçu comme un mal nécessaire. Les Français savent qu’il existe des risques mais continuent d’estimer qu’ils valent les avantages qu’implique cette production énergétique."

Mais que l’on ne s’y trompe pas, le consensus autour de l'atome est fragile. D’abord parce que ce mode de production d’énergie continue de faire peur. Dans le même sondage, 42% des Français reconnaissent ainsi être inquiets à l'égard des centrales françaises. Difficile de savoir précisément ce qui les effraye. Un accident ? Une fuite radioactive de grande ampleur ? Le danger que représentent les déchets nucléaires qui mettent plusieurs milliers d’années à se biodégrader ? Le sondage n'apporte aucun élément de réponses à ce sujet.

Le consensus est fragile également car le nucléaire ne sera pas demain aussi bon marché qu’aujourd’hui. Le besoin de renouveler les installations existantes, de provisionner les risques liés aux déchets, le démantèlement de réacteurs devenus obsolètes… tout cela a un coût qui sera répercuté dans la facture électrique des Français. La question qu’ils se poseront alors sera la suivante : a-t-on raison d’investir ces milliards d’euros dans de nouvelles centrales ? Ne devrait-on pas les consacrer à d’autres modes de production d'énergie ?

Pour trancher ce dilemme, il est temps d’ouvrir un vrai débat public en France. Les mentalités ont évolué, la plupart des Français comprennent les enjeux énergétiques auxquels nous devons faire face. Faisons-nous confiance et interrogeons-nous sur les avantages compétitifs dont nous disposons en matière d'énergie. En France, nous n'avons pas de pétrole mais nous avons de l'eau, du soleil et du vent, du gaz (si l'on veut bien nous laisser chercher) et une capacité à dompter l’atome… Peut-on vraiment se payer le luxe de se priver d’une seule de ces sources d’énergie ?

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