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L'Usine Santé

Fujifilm, le déclic du médoc

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Transformer un géant de l’optique ou de l’électronique en fabricant de médicaments innovants. C’est le défi du japonais Fujifilm. Une diversification progressive, initiée dans les équipements médicaux.

Fujifilm, le déclic du médoc
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© En 2008, Fujifilm a racheté le laboratoire Toyama Chemical qui produit l’Avigan, dont la molécule est le Favipiravir. Ce médicament pourrait traiter le virus Ebola.

Le 12 mars, l’épidémie du virus Ebola a franchi un tragique palier : le 10 000 e décès constaté en Afrique de l’Ouest. Si le virus a fait tant de ravages depuis 2014, c’est qu’aucun médicament ni vaccin n’existe pour l’endiguer. L’antidote le plus avancé n’est pas développé par un laboratoire pharmaceutique, mais par… Fujifilm. Le spécialiste japonais de la photographie argentique entend se faire un nom dans le domaine des médicaments. L’Avigan, mis au point par Toyama Chemical (racheté par le groupe en 2008) est approuvé au Japon depuis un an contre la grippe. Ce médicament a intrigué les responsables de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), très impliqué dans la lutte contre Ebola. Les premiers tests sur l’homme, menés depuis décembre en Guinée, ont été jugés « encourageants » pour les patients n’ayant pas atteint le stade le plus avancé de la maladie.

En février, Fujifilm s’est allié à l’institut de recherche technologique lyonnais Bioaster. Ce spécialiste des maladies infectieuses a été choisi pour son laboratoire de biosécurité P4, où des anticorps de virus hautement pathogènes peuvent être produits, et pour l’excellence de ses ingénieurs, dont certains sont issus de l’Inserm. Ensemble, ils tenteront de mettre au point un test de diagnostic rapide du virus Ebola.

Des relais de croissance aux marges élevées

De la photo au médicament, il y a un grand pas… que Fujifilm a pris le temps de franchir. Les films photographiques représentaient 60 % de ses revenus en 2000, mais cette activité s’est effondrée avec l’avènement du numérique et la concurrence chinoise. Comme de nombreux spécialistes japonais et coréens de l’optique et de l’électronique, Fujifilm a identifié le secteur de la santé pour se diversifier. Utilisant son savoir-faire pour se lancer dans les équipements médicaux, il a conçu des solutions de diagnostic dans l’imagerie médicale (radiographie numérique, échographie, analyseurs biologiques), complétées par des logiciels de gestion de données issues de la radiologie. Le japonais s’octroyait ainsi 6 % du marché mondial de l’imagerie médicale en 2013, son compatriote Toshiba s’emparant de 11 %, selon les cabinets d’études Xerfi et Evaluate Pharma. Un marché estimé alors à 35,5 milliards de dollars (26,7 milliards d’euros), en progression annuelle de 4,1 % grâce au vieillissement de la population et à l’équipement progressif des pays émergents. Problème : « Les ventes sont très concentrées dans les pays matures et sont ainsi plus touchées par les mesures de maîtrise des dépenses de santé et la fragilité financière des hôpitaux et des cliniques », observe Rémi Vicente, directeur d’études chez Xerfi France. Et les ambitieux asiatiques n’ont pas détrôné les géants de l’équipement médical qui se partagent 60 % du marché : l’allemand Siemens, l’américain GE et le néerlandais Philips.

À la recherche de relais de croissance aux marges plus élevées, Samsung et Fujifilm ont franchi en 2010 un cran supplémentaire. En misant sur la production de biosimilaires, les complexes copies des biomédicaments issus du vivant dont le brevet arrive à expiration. « Ils ont effectué un développement à marche forcée pour pénétrer ce marché moins sensible à la conjoncture que l’électronique, et plein d’avenir, en particulier dans les économies matures, observe Rémi Vicente. Pour l’image de ces conglomérats, entrer dans la santé prouve qu’ils ont les reins solides. »

En 2011, Fujifilm a racheté deux usines de bioproduction à façon du laboratoire Merck pour quelque 40 milliards de yens (350 millions d’euros). Avec un marché mondial estimé à 3 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros) dès 2016, les biosimilaires intéressent aussi le coréen LG, géant de l’électronique lancé dans la mise au point de molécules pharmaceutiques [lire ci-dessous]. Fujifilm a suivi l’exemple. Le japonais avait réalisé dès 2004 que son métier n’était pas la photographie… mais la formulation. Il espère transformer ses avantages – la maîtrise des technologies chimiques et une bibliothèque de plus de 200 000 molécules – en médicaments contre le cancer, la maladie d’Alzheimer et les maladies infectieuses. Afin de gagner en expertise, le groupe s’est emparé en 2008 du laboratoire japonais Toyama Chemical, puis du fabricant américain de vaccins Kalon Biotherapeutics, avant de prendre le contrôle fin 2014 de Japan Tissue Engineering, un spécialiste de la médecine régénérative. Au même moment était annoncé un plan triennal faisant de la santé l’une des trois activités phares du groupe, à travers la prévention (cosmétiques et compléments alimentaires), le diagnostic (imagerie médicale) et le traitement (lancements de médicaments en 2018 et acquisitions). Enfin, le 31 mars, Fujifilm a lancé une OPA sur l’américain Cellular Dynamics International, un spécialiste de la production de cellules souches.

Au cours de son exercice 2013-2014, Fujifilm a réalisé 380 milliards de yens (2,8 milliards d’euros) dans la santé (15,3 % de son chiffre d’affaires). « L’objectif est d’atteindre 1 000 milliards de yens [7,7 milliards d’euros] de revenus dans cette activité en mars 2019 », nous confie une porte-parole à Tokyo. À condition de pénétrer les marchés américains et européens.

Les conglomérats asiatiques se focalisent sur la santé


Samsung, challenger des biomédicaments

  • Numéro un des téléphones portables et des écrans de télévision
  • JV dans les biosimilaires créée en 2011

Après avoir engagé une stratégie agressive dans l’imagerie médicale, associant services et équipements, le sud-coréen veut devenir un géant de la biopharmacie. Depuis 2010, il a engagé 2 milliards de dollars (1,3 milliard d’euros) en construisant une usine et en collaborant avec les groupes pharmaceutiques américains Quintiles et Biogen. Samsung Biologics va lancer en 2016 son premier biosimilaire en Europe. De quoi générer des relais de croissance (il table sur l’équivalent de 1,5 milliard d’euros par an à partir de 2020) autre que son activité électronique. Il peut s’appuyer sur la Corée du Sud, qui entend s’approprier 22 % du marché mondial des biosimilaires dès 2020.

 

LG, discret dans la pharmacie

  • Géant de l’électronique
  • Filiale santé créée en 2002

Il se montre plus discret que son compatriote Samsung, mais le sud-coréen est ambitieux. Créée il y a douze ans, sa filiale LG Life Sciences rapportait 3,8 milliards de dollars (3,5 milliards d’euros) de ventes au conglomérat, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 53 milliards de dollars (48,4 milliards d’euros) en 2013. Avec sa recherche en ingénierie génétique depuis 1981, il s’est lancé dans la mise au point de molécules chimiques pharmaceutiques et vétérinaires. Il se désengage progressivement des pesticides pour investir massivement dans la santé et les biosimilaires. Récemment, il s’est attaqué à la cosmétique en lançant des antirides à base d’acide hyaluronique. Il multiplie les partenariats en visant les marchés des États-Unis et de l’Europe.

 

Olympus, perdant dans les biotechs

  • Fabricant d’appareils photos et d’endoscopes
  • Filiale biotech créée en 2010

En 2010, le japonais lançait en grande pompe une filiale biotech dédiée à la médecine régénérative. Objectif : pallier la chute des ventes de ses appareils photos en misant sur une collaboration avec son compatriote Kaken Pharmaceuticals et le rachat d’une gamme de produits à l’américain Stryker. Son ambition : atteindre 1 milliard de dollars (900 millions d’euros) de ventes entre 2016 et 2020, en proposant des biomatériaux complémentaires à son matériel endoscopique, utilisé notamment en orthopédie. L’imagerie médicale (endoscopie, microscopie et chirurgie) représentait déjà 40 % de son chiffre d’affaires et 80 % de ses bénéfices. Les synergies espérées n’ont pas eu lieu, et le japonais a dû dissoudre sa filiale l’an passé.

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