Fret : «Un service meilleur chez les nouveaux entrants qu'à la SNCF»

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Entretien Alors que la qualité de service de la SNCF fait débat, l'activité fret semble encore plus mal lotie. Christian Rose est délégué général adjoint à l'association des usagers de transport de fret (AUTF). En charge du transport terrestre, il analyse la situation actuelle du fret ferroviaire et la stratégie de la SNCF.

Fret : «Un service meilleur chez les nouveaux entrants qu'à la SNCF» © L'Usine nouvelle

L'Usine Nouvelle : L'actualité récente a mis en avant de forts disfonctionnements du trafic passagers de la SNCF. Concernant le fret, la situation est-elle meilleure ?

Christian Rose : Le fret ferroviaire n'est pas le mode de transport qui se porte le mieux. Certaines difficultés, transversales, sont communes avec le transport de passager. L'état du réseau est un problème qui entraîne des travaux, des interruptions de service. C'est compréhensible, mais cela devient génant quand les travaux sont lancés au pied levé. Et les nouvelles entreprises de transport doivent toujours faire face à une procédure très lourde pour ouvrir de nouvelles lignes.

Les nouveaux concurrents de la SNCF sur le fret sont ils compétitifs ?

Le service est globalement meilleur chez les nouveaux entrants qu'à la SNCF. Ils ont plus de proximité avec leurs clients, ils sont plus souples. C'est certainement lié à leur taille plus modeste.

Mais les volumes transportés sont en chute libre. En 2006, la SNCF a transporté 55 milliards de tonnes de fret par kilomètre. En 2010, en ajoutant les nouveaux entrants, 27 milliards de tonnes ont été transportées. L'ouverture à la concurrence a révélé que le fret ferroviaire n'est pas adapté à tous les segments.

La SNCF agrégeait tous les wagons pour les rediriger, ce qui entraînait des coûts fixes énormes. Ce système a aujourd'hui quasiment disparu. Certains clients, comme des industriels de la chimie, continuent de payer le prix fort pour des raisons de sécurité.

Les nouveaux entrants se sont focalisés sur le plus simple : les trains complets et unifiés. Sur ce point, ils sont très compétitifs.

La SNCF serait-elle en train d'abandonner le fret ?

Sur le segment des wagons isolés, la SNCF a totalement changé de modèle économique. En 2007, on comptait 800 000 mouvements de wagons isolés par jour. Le nouveau système multilots multiclients (Ndlr: proposer au clients un nombre restreint de lignes pour regrouper le fret) sera rentable à partir de 200 000 mouvements par jour.

La SNCF a certes perdu 25% d'activité fret durant la crise, mais il s'agit pour l'essentiel d'un choix assumé.

Certains industriels sont organisés autour du ferroviaire, et ne pourront donc pas changer facilement. La SNCF a poussé certains de ses clients à évoluer. Par exemple, Kronenbourg était encore dans une logique de wagon isolé en 2007. La SNCF lui a demandé de revoir son organisation, et aujourd'hui la marchandise est regroupée dans un nombre plus réduit de trains.

Cette mutation est possible pour de grands groupes avec des flux massifiables. Les PME ne pourront pas évoluer de cette façon. La stratégie de la SNCF aura pour effet de les pousser sur les routes.


 

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