Fret SNCF : priorité aux clients et au dialogue !

Arrivé mardi 6 décembre à la tête de Fret SNCF à la place de Marc Véron, Olivier Marembaud, se présente comme un homme de dialogue

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Grand, chemise blanche, il présente le visage d'un poupon souriant. Un homme de dialogue ? Il se revendique comme tel. Dans un premier temps, il rencontrera les principaux managers, directeurs des établissements, des équipes régionales et interrégionales et directeurs centraux et les principaux clients de la SNCF. Arrivé hier à la tête de Fret SNCF à la place de Marc Véron, Olivier Marembaud, qui quitte la présidence de Keolis, filiale transports urbains de la SNCF a indiqué hier qu'il allait définir à la fin du premier trimestre 2007 un plan d'actions pour les années 2008-2010 devant conduire à un retour à l'équilibre à l'issue de ce plan.

Ce délai sera nécessaire pour intégrer les conclusions de la commission du conseil d'administration présidée par Benedikt Weibel, celles du rapport Taillander (voir encadré). Commandé en août par la direction générale, ce rapport fait le point sur les forces et les faiblesses de la nouvelle organisation de la production issue du Plan fret. Il sera présenté le 20 décembre aux administrateurs de la SNCF. En une cinquantaine de pages, il décrit les bénéfices, relève les lacunes et propose des mesures. En trois ans, sous la conduite de Marc Véron, l'entreprise a réalisé une restructuration industrielle de l'ensemble de l'appareil de production, plan de transport, parc roulant, triages, dessertes terminales. Elle a mis en place de nouvelles organisations, centre de service clientèle, Résafret, centre de gestion des flux, affectation des locomotives et remis en ordre ses marchés. Elle a lancé des investissements sans précédents, en particulier dans un parc d'un millier de locomotives neuves et dans un nouveau système informatique.

Toutefois, tous les objectifs du Plan n?ont pas été atteints. « Il reste des problèmes de qualité et de fiabilité à résoudre ; l'insatisfaction des chargeurs perdure... Le chiffre d'affaires est en retard sur les prévisions et la concurrence, arrivée depuis avril 2006 a été particulièrement agressive. Trois ans pour redresser le fret, c'était très ambitieux. Une nouvelle étape commence ; ce n'est pas un second Plan fret. Mais pour cette étape, nous choisissons un changement de capitaine », souligne Guillaume Pepy, directeur général exécutif. Il salue l'action de Marc Véron, désormais en charge de sujets tels que le projet de plate-forme de fret SNCF-La poste à Roissy, et de tous les agents.

Olivier Marembaud est persuadé que la demande de fret restera forte dans les prochaines années, du fait du développement des échanges dans le monde. Mais, pour prendre sa place dans ce mouvement, Fret SNCF doit poursuivre la transformation industrielle interne. « Il faut que nous entendions le message de simplification, d'efficacité que nous donnent les nouveaux entrants. Ce qui ne veut pas dire que nous devons nous comporter comme de nouveaux entrants mais nous devons utiliser nos capacités industrielles, voire proposer une logistique complète », souligne-t-il. Ensuite, « nos organisations ne sont pas assez orientées vers le client. Il faut simplifier le système de commandement interne pour répondre plus vite aux besoins. Enfin, nous ne sommes pas assez européens ».

Sa priorité sera la satisfaction des clients. « L'entreprise dans sa totalité sera orientée vers le client. Car si le personnel en contact avec le terrain l'est déjà, ce n'est pas le cas lorsque l'on remonte dans l'organisation». Il annonce le lancement d'un programme « rendez le sourire à nos clients », axé sur la fiabilité de la production. Et la construction d'un avenir pour le fret...

« Dans ce contexte, beaucoup de transformations sont nécessaires dans l'organisation du travail, dans les structures et le fonctionnement ». Pour mener à bien cette action, il table sur la confiance et le débat avec les clients et les équipes. « Le projet d'ensemble doit être partagé et porté avec tous et pas seulement par les managers. Les questions seront abordées avec les syndicats, les cadres, le personnel, etc. ». Il s'engage à faire connaître les résultats périodiquement. Son objectif : « Faire fonctionner fret SNCF comme une entreprise à l'intérieur de la SNCF ».

Donc, pas de « ?rupture' stratégique », sourit Guillaume Pepy. Mais des transformations. « L'une des voies sera d'ancrer Fret SNCF dans le tissu local, par exemple, en réalisant des montages avec les clients. Mais aussi de proposer une chaîne de service en utilisant la complémentarité avec les autres entreprises du groupe impliquées dans le fret ferroviaire telles que VLFI, Naviland Cargo, etc. »

Christine Leroy


Les préconisations pour le fret :
Le rapport Taillanter met l'accent sur les points de progression (ponctualité, utilisation des sillons). Il désigne aussi plusieurs déficiences et mauvaises pratiques (gestion des wagons, saisie dans le système d'information). Une critique forte porte sur le fait que le personnel couvrant les métiers nouveaux n'a pas été suffisamment accompagné et formé. S'agissant des transports massifs, François Taillanter préconise « la poursuite des actions engagées et des efforts entrepris au cours des derniers mois » ainsi que le développement du rôle des zones fret. Il recommande une reprise en main du lotissement et suggère un montage européen SNCF - Deutsche Bahn dans la gestion des wagons. Il insiste par ailleurs sur la nécessité d'accompagner les agents dans la compréhension des gestes métiers et de l'architecture générale de la production fret.
C.L.

La concurrence a déjà fait perdre plus de 60 millions d'euros à Fret SNCF :
Ce changement de direction intervient alors que la division fret de l'entreprise nationale enregistre toujours des pertes importantes. La direction de la SNCF a annoncé que le déficit de cette branche serait "proche" en 2006 de ce qu'il a été en 2005, soit 237 millions d'euros sur un chiffre d'affaires de 1700 millions d'euros. Une mauvaise nouvelle alors que le plan d'aides négocié avec Bruxelles entre dans sa dernière phase. Or selon les modalités du plan fret de redressement, lancé fin 2003 pour tenter de sauver la branche en difficulté, l'objectif était de réduire la perte du fret à 47 millions cette année.
En échange d'une profonde restructuration et avec l'accord de la Commission européenne, Fret SNCF a reçu des aides de l'Etat et de l'entreprise nationale pour 1,4 milliards d'euros. L'Etat, comme la SNCF viennent de verser la dernière tranche de ces aides.
Malgré une réduction de la voilure, qui a pour objectif de permettre des gains de productivité de 20% en trois ans, la SNCF subit de plein fouet la libéralisation du transport de marchandises. Depuis le 1er avril, les lignes nationales sont ouvertes à la concurrence pour cette activité.
« Les 150 millions d'euros de différence entre les prévisions et le résultat sont une perte de chiffre d'affaires dont la moitié est imputable à la conflictualité nationale. Mais l'autre moitié est due aux effets de la concurrence et à la guerre commerciale. C'est une situation à laquelle nous ne nous attendions pas. Aujourd'hui, la concurrence représente 1% des trafics, soit 20 millions d'euros mais la baisse de marge, donc de chiffre d'affaires liée à la renégociation de nos contrats du fait de la concurrence est comprise entre 40 et 48 millions d'euros . C'est de la marchandise que nous avons transportée à des tarifs renégociés à la baisse », explique Guillaume Pepy, directeur général exécutif.
C.L.


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