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Free, la bonne excuse

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Le lancement de Free Mobile inquiète les opérateurs. Les tarifs low cost de ce quatrième acteur ne tuent pas le marché, mais accablent un secteur qui doit investir.

Un coup de massue. Free a frappé fort avec ses forfaits à 2 et 19,99 euros en illimité, et il a sidéré les opérateurs historiques français de la téléphonie mobile. Paniqués par cette concurrence qu'ils jugent déloyale, Orange, SFR, Bouygues Telecom et les opérateurs virtuels blâment à l'unisson Free Mobile. Ils vont jusqu'à l'accuser de détruire le marché français des télécoms et avec lui ses réseaux, ses futurs investissements, ses emplois... Pas moins. En réalité, le quatrième opérateur, low cost, est né au plus mauvais moment. Pression fiscale, saturation de réseau pour le multimédia... Le secteur comptait sur les marges commerciales pour financer les investissements nécessaires au lancement de la 4G, le très haut débit mobile. Avec un acteur supplémentaire, cela va être beaucoup plus difficile. Une contraction du secteur est même envisageable.

Pourtant, ils avaient anticipé, en créant dès l'automne des marques à bas prix - Sosh pour Orange, Red pour SFR, B et You pour Bouygues Telecom -, sans engagement et avec inscription en ligne. Mais pas assez. Pour arrêter la fuite des abonnés vers Free Mobile, les opérateurs ont dû aligner certains de leurs prix. Ces derniers seront difficiles à tenir : leurs structures de coûts ne leur laissaient en moyenne que 33 euros de marge pour 100 euros dépensés par un client. Free, lui, en retire 60 ! Qui plus est, il n'a pour l'instant obligation de couvrir par son réseau physique que 25 % du territoire.

Sous pressions

Free Mobile n'est pas seul en cause. Avant son arrivée fracassante, la situation était déjà critique. Augmentation de la TVA sur les communications, taxe sur la copie privée, diminution des tarifs de terminaison d'appel (prix payé par un opérateur à un autre pour acheminer un appel vers son réseau)... Les pressions fiscales et réglementaires étaient déjà nombreuses. Occupés à les combattre, les opérateurs ont peut-être oublié d'étudier le marché et ont mal anticipé une évolution prévisible. L'arrivée des smartphones a coïncidé avec la montée en puissance des Google, Apple et autres Facebook... qui saturent les réseaux avec force applications multimédias sans pour autant contribuer au financement de l'infrastructure. « Face au doublement annuel de la consommation de données, plutôt que de se battre sur la voix, les opérateurs auraient pu imaginer des offres pour l'internet mobile plus élaborées, avec des services associés au débit, par exemple », estime Yves Gassot, le directeur général de l'Idate, un centre européen d'études et de conseil spécialiste des télécoms. Il n'est pas trop tard. De la même façon, ils devraient rendre - enfin - leurs offres haut de gamme plus transparentes et en améliorer la qualité. De quoi augmenter leurs revenus... avant de réduire leurs coûts.

Pas question en effet de revoir à la baisse les investissements dans le réseau. Ce serait suicidaire. Il est impensable d'arrêter les projets de 4G, norme qui privilégie les données face à la voix et évite en partie la saturation. La France prendrait le risque de brider l'indispensable développement de son écosystème numérique. « Les opérateurs mobiles américains, qui avaient raté le coche de la 3G et ont plongé dans la 4G dès 2010, ont retrouvé une croissance dans le mobile qui peut atteindre 6 %. Celle des européens continue de décroître », rappelle Yves Gassot. Les équipementiers comme Alcatel-Lucent, Ericsson ou Nokia Siemens networks, peuvent donc dormir tranquilles. Les opérateurs français, qui ont déjà investi pour acquérir des licences 4G, devraient faire évoluer le coeur de réseau et les stations de base vers la norme LTE, mais aussi déployer la fibre optique ou installer des maillages de bornes Wi-Fi. Le marché total que cette migration représente est difficile à évaluer. Mais on peut imaginer que sur près d'1,5 milliard d'euros dépensés chaque année pour mettre à niveau leurs réseaux, les opérateurs injecteront quelques centaines de millions dans le passage à la 4G. Peut-être plus vite que prévu.

Si ce n'est dans le réseau, il faudra donc faire des économies ailleurs. Chez les opérateurs, les syndicats craignent des réductions d'effectifs. Or, selon l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), les entreprises recommençaient tout juste à embaucher, avec un effectif total de 126 000 personnes en 2010 (+1,6 %). La situation est surtout préoccupante chez les opérateurs virtuels. Sans réseau et dépendants des grands, ils se retrouvent face à Free Mobile sur les prix. Des disparitions sont même à craindre.

Les gros opérateurs ne sont pas à l'abri. Orange est relativement protégé par sa masse critique et son accord avec Free. Mais gare à d'éventuelles saturations de son réseau par les abonnés du nouveau venu ! Il n'en va pas de même pour SFR ou Bouygues Telecom. « Les plus gros consommateurs de données étaient pour beaucoup chez Bouygues et vont massivement migrer vers Free Mobile », estime ainsi Hervé Collignon, du cabinet AT Kearney. Pour garder leur pouvoir d'investissement, ils pourraient être amenés à toucher aux dividendes, comme l'ont fait l'espagnol Telefonica ou l'autrichien Telekom Austria en 2011. En France, les opérateurs rémunèrent encore leurs actionnaires à hauteur de 10 %, voire plus, de leur chiffre d'affaires. Orange pourrait être le premier à toucher à ces rémunérations.

CINQ MARCHÉS MALMENÉS À TRAVERS LE MONDE

ROYAUME-UNI CONCENTRÉ 4 opérateurs Revenu moyen par usager : 24 euros C'est un des plus grands marchés d'Europe en chiffre d'affaires et en nombre d'abonnés ( 82 millions à fin 2010). La concurrence y a provoqué la chute des prix et une forte concentration. Jusqu'à la fusion entre Orange et T-Mobile au sein de Everything everywhere. ESPAGNE EN OBSERVATION 3 opérateurs Revenu moyen par usager : 24,6 euros d'ici à 2013 L 'apparition en France de Free Mobile est observée de près par les espagnols. Le revenu moyen par utilisateur a déjà chuté de 35 % depuis 2005... alors qu'il n'y a que trois opérateurs : Movistar (dont la part de marché devrait atteindre 38,8 % en 2015), Vodafone et Orange. AUTRICHE DES PRIX TRÈS BAS 3 opérateurs Revenu moyen par usager : 20 euros Forte croissance et plongeon des tarifs ont entraîné une concentration du marché autrichien ces dernières années : T-Mobile a racheté Tele.ring en 2006, et le chinois Hutchison s'est emparé d'Orange Austria en février pour 1,3 milliard d'euros ! L'une des dernières offres d'Orange en illimité est à 7,50 euros. ÉTATS-UNIS PRIORITÉ À LA 4G 4 opérateurs Revenu moyen par usager : 38 euros Les autorités ont arrêté la concentration à quatre opérateurs (Verizon, Sprint Nextel, AT et T Mobility et T-Mobile) en interdisant l'acqusition de T-Mobile par AT et T fin 2011. JAPON SATURÉ 5 opérateurs Revenu moyen par usager : 45 euros Le marché japonais (113 millions d'abonnés à fin 2010) reste dominé par NTT Docomo, l'opérateur historique qui devrait conserver une part de marché de 45 % jusqu'en 2015. La bataille est rude pour les autres, qui ont dû compter avec l'arrivée en 2005 d'un cinquième opérateur : Emobile.

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