Frédéric Lefebvre : "Nous devons changer de logiciel"

Entretien avec le secrétaire d’Etat chargé des PME, du commerce et de la consommation. Pour Frédéric Lefebvre, la France doit revoir sa façon de soutenir l’économie.

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Frédéric Lefebvre :

Cela fait tout juste un an que vous êtes entré au gouvernement. Dans quel état se trouvent aujourd'hui les PME ?
Frédéric Lefebvre - J'ai la charge d'accompagner la quasi-totalité des acteurs économiques, à savoir les PME, les TPE, les artisans, les commerçants et en même temps les consommateurs. C'est une responsabilité importante. Je fais trois déplacements par semaine et en un an, j'ai visité presque tous les départements de France. Je constate un double phénomène : quand ils parlent d'eux-mêmes, les patrons sont plus confiants que quand ils évoquent la situation économique. Il en va de même pour les consommateurs. Or, cette inquiétude entraîne une moindre prise de risques, qui est de nature à ralentir la croissance de l'économie.

Faut-il réactiver les dispositifs imaginés en 2008 pour soutenir l'accès au financement ?
Personne ne sait si la situation va être aussi difficile qu'en 2008. Mais avec François Baroin nous voulons être prêts à réagir si nécessaire. Nous allons reprogrammer une réunion assez rapidement avec les réseaux bancaires. Je me suis aperçu il y a six mois que les petits crédits, ceux inférieurs à 25 000 euros, n'étaient pas suivis par la Banque de France. Nous avons réclamé qu'un indicateur soit mis en place. Il existe depuis le 20 septembre. J'ai aussi demandé au médiateur du crédit de faire des réunions régulières avec les représentants des TPE et les banques, et de nous faire prochainement des propositions (y compris en matière d'agios et de frais divers) pour soutenir la trésorerie des petits acteurs qui n'ont jamais cessé de créer des emplois.

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J'ai annoncé, il y a quelques jours que je mettais en place un numéro azur "Soutien TPE/PME" le 0810 00 12 10 pour tous les artisans, les entrepreneurs qui ont des difficultés de crédits, de démarches administratives. Ils seront ainsi orientés à leur demande soit vers le Médiateur, soit vers le correspondant PME de leur département qui faciliteront leurs démarches.

François Fillon a présenté le 7 novembre un nouveau plan. Le temps de la rigueur est arrivé ?
Je n'utiliserai pas le terme de plan de rigueur. Oui, depuis quatre ans, nous avons adopté une trajectoire rigoureuse qui nous évite la brutalité des plans de rigueur de nos voisins. La dette, c'est une boule de neige. Elle peut se transformer en avalanche. Pendant 30 ans, les hommes politiques de droite comme de gauche ont utilisé l'échappatoire du déficit. Un pouvoir politique qui assume ce que nous assumons aujourd'hui, ce n'est pas courant à la veille d'échéances électorales. J'appelle cela du courage.

Il y a encore des parlementaires, y compris de la majorité, qui nous demandent des avantages et des subventions.

 

Le plan prévoit un certain nombre de hausse de prélèvements qui touchent des secteurs comme le bâtiment…
Tous les acteurs que j'ai consultés me disent la même chose : ils sont d'accord pour contribuer à l'effort national, à condition qu'ils ne soient pas les seuls et que cela se fasse dans des proportions supportables. Notre plan de retour à l'équilibre repose sur un effort équilibré entre les dépenses et les recettes.

Équilibré ? Les deux plans Fillon comportent surtout des hausses d'impôts !
En prenant en compte toutes les mesures d'économies prises depuis 2007, l'effort sera de 51,3 milliards d'euros en 2012, dont 22 milliards d'euros liés aux économies antérieures en termes de dépense comme la RGPP ou la réforme des retraites. En 2012, il y aura ainsi 27,6 milliards d'euros de recettes supplémentaires pour 23,7 milliards d'économies. Mais on est dans un pays où on passe sous silence la baisse des dépenses pour ne parler que de l'augmentation de la fiscalité.

Est-ce pour les agences de notation que ce plan était nécessaire ?
Pas seulement. En 2007, le premier amendement que j'ai déposé en tant que député a été pour la règle d'or. A l'époque, j'avais même écrit à Edouard Balladur qui était chargé de réformer la Constitution. Ma proposition avait été refusée en commission des Finances. Les évènements de cet été, entre la crise grecque et la dégradation de la note souveraine américaine ont été un moment de prise de conscience par nos compatriotes du danger. Le surendettement mène à un mur. Mais ce qui me frappe, c'est que cette prise de conscience n'est pas encore complète. On continue de voir des acteurs économiques ou des parlementaires, y compris de la majorité, qui nous demandent tel dispositif fiscal, telle subvention... Nous devons changer de logiciel.

Quel doit être ce nouveau logiciel ?
Même si c'est compliqué dans une période pré-électorale, chacun doit faire preuve de responsabilité et ne défendre que des propositions réalisables. Il faut changer notre façon de faire de la politique, autant à droite qu'à gauche. Les Français mesurent parfaitement ce qu'est un État en faillite, il suffit de regarder ce qu'a failli subir la Grèce. On ne peut pas jouer avec les finances publiques. Depuis que je suis au gouvernement, je vous mets d'ailleurs au défi de trouver une réforme que j'ai entreprise qui ait un coût important pour les deniers de l'État. Si j'ai voulu prendre à bras le corps le dossier de la simplification administrative, c'est parce que c'est le moyen pour moi de donner de l'argent aux acteurs sans que cela coûte au contribuable.

Les Assises de la simplification, justement, se sont tenues en avril dernier. Quand les entreprises verront-elles leur paperasse s'alléger ?
De nombreuses améliorations sont déjà enclenchées. Dès à présent, nous avons mis fin à l'avalanche de normes tout au long de l'année en imposant deux dates pour la publication des normes, le 1er janvier et le 1er juillet. Pour les autres, le mouvement est lancé. Sur l'armoire sécurisée numérique, par exemple, qui évitera aux entreprises de fournir les mêmes informations plusieurs fois par an, nous sommes en train de construire l'outil de préfiguration. L'expérimentation commence le semestre prochain. Concernant la déclaration sociale nominative, qui va remplacer les 30 déclarations sociales actuelles, nous avons déjà fondu celle de l'Urssaf et des Assedic. Quant à la fiche de paie, dont le nombre de lignes sera divisé par deux, elle devrait se matérialiser d'ici un an. Le mouvement va continuer et s'amplifier.

Quelle est la prochaine étape ?
Je veux entrer dans une étape plus "structurelle", comme aux Pays-Bas. Plutôt que d'écoper, il nous faut un système pérenne de "vidage automatique". Un genre de règle d'or de la simplification. Je suis persuadé qu'un des enjeux de la compétitivité française dans les années à venir sera notre capacité à alléger le fardeau des formalités. Ernst & Young a chiffré à un milliard d'euros l'impact des 80 décisions prises lors des Assises. Chaque déclaration sociale supprimée, c'est 30 millions d'euros rendus aux entreprises.

Concernant les délais de paiement, des accords dérogatoires permettaient d'échapper, pendant une période transitoire, au seuil des 30 jours. Ces accords touchent à leur fin. Que va-t-il se passer maintenant ?
Au 1er janvier 2012, les accords prennent fin, en effet. Les seuls secteurs pour lesquels le Parlement a voté un amendement visant à prévoir un mode de fonctionnement spécifique sont ceux qui sont soumis à une forte saisonnalité, comme le jouet. Pour les autres, nous travaillons avec Oséo pour mettre en place des outils d'accompagnement pour les entreprises traversant des difficultés ponctuelles.

Pensez-vous que l'industrie sera au cœur de la campagne présidentielle de 2012 ?
La crise rend l'élection particulière. La campagne va se jouer sur les qualités humaines du candidat, mais aussi sur la capacité à créer un espoir pour le développement économique de demain. Nous sommes à un moment capital pour la France. Nous devons poursuivre la révolution que nous avons commencée. En finir, par exemple, avec l'élitisme mortel qui envoie des milliers de jeunes Français dans le mur. Combattre l'uniformité, qui résulte souvent de la mondialisation. Je vais d'ailleurs lancer rapidement un plan ambitieux en faveur de l'artisanat. Notre force, c'est la qualité.

Il y a un rééquilibrage au niveau mondial. Au G20, pour la première fois, le Président de la République a obtenu des engagements des pays émergents pour prendre en compte la dimension sociale de l'économie. Il est curieux que personne n'ait relevé ce progrès, qui permet d'envisager un retour de compétitivité dans les pays développés. Nous pouvons non seulement empêcher les entreprises de partir mais également les faire revenir. Une grande entreprise chinoise présente en France me faisait ainsi part lors du B20 de son intention de relocaliser dans l'Hexagone car la hausse des salaires chinois ne justifie plus une production loin de l'Europe. Un autre débat de la campagne présidentielle sera de savoir comment soutenir le travail.

Par une TVA sociale, par exemple ?
La TVA sociale a des avantages, mais dans sa conception classique, elle consiste uniquement à transférer des charges de l'entreprise vers le consommateur. Quand on regarde ce qu'ont fait nos amis allemands, il ne faut pas oublier qu'ils n'ont pas les mêmes moteurs que nous. La consommation est un moteur très important de l'économie française. Il faut trouver un circuit qui ne fragilise pas le moteur de la croissance. Il faut réussir à construire un dispositif neutre, qui permette à l'entreprise de retrouver sa compétitivité mais aussi au salarié de gagner en pouvoir d'achat. C'est un sujet auquel je réfléchis depuis longtemps.

Propos reccueillis par Solène Davesne et Laurent Guez

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