François Rebsamen, l'impuissant ministre du travail "pas libéral" dans une économie libérale

Chômage, pacte de responsabilité, temps partiels, contrats de travail : François Rebsamen, ministre du Travail, reconnaît la difficulté des réformes auxquelles il est confronté.

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François Rebsamen, l'impuissant ministre du travail

On y voit un peu plus clair dans le positionnement de François Rebsamen, ministre du Travail, après les 90 minutes d’entretien qu’il a accordées ce mardi 14 octobre aux journalistes de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS). Il dit ne pas être "libéral" lui-même, mais assume de devoir exercer ses fonctions de ministre du Travail dans le cadre d’une économie libérale. "La seule autre économie possible est l’économie administrée, et elle n’a pas fait la preuve de son efficacité", explique-t-il. Pour lui, "la concurrence qui vivifie l’économie, on n’a pas encore trouvé mieux". Ajoutant qu’"on ne peut pas préserver des secteurs en mutation, appelés à évoluer".

Dressant un bilan de la loi de sécurisation de l’emploi de juin 2013, il parle des grandes avancées que sont, selon lui, le compte personnel de formation et les droits rechargeables : "Cela correspond à ce que je porte depuis longtemps sur la sécurisation des parcours professionnels : des protections fortes par l’assurance chômage, couplées à des droits rechargeables et à une formation qui apporte aux salariés une protection et une possibilité d’évolution."

Chômage : la réforme attendra 2016

Sur la réforme de l’assurance chômage, le ministre du Travail a, comme Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du parti socialiste, un totem : "ce que dit le président de la République". Conclusion : pas question d’ouvrir des négociations avant 2016, date prévue, "mais cela n’empêche pas de réfléchir dès 2015". Pas question non plus de prendre pour modèle les réformes menées en Allemagne, où l’indemnisation est faible et où les chômeurs ont rapidement l’obligation d’accepter un petit boulot : "le taux de pauvreté des chômeurs allemands a bondi, le modèle des mini-jobs allemands n’est pas le modèle français".

Alors que Pôle emploi rendra public, mercredi 15 octobre, les résultats d’une enquête menée dans quelques régions sur l’effectivité des recherches d’emploi par les chômeurs, François Rebsamen a souhaité explicité ses propos sur le contrôle des chômeurs, qui avaient suscité une bronca des syndicats et de la gauche de la gauche : "Je n’ai jamais voulu stigmatiser les chômeurs, je n’ai pas parlé de fraudeurs. Je ne prends pas un exemple pour démonter un système général, je ne suis pas comme Nicolas Sarkozy. Mais oui, les droits et les devoirs, c’est le fondement de la République, et parmi les droits et devoirs d’un chômeur, il y a la recherche d’emploi. Pôle emploi a le devoir d’accompagner les chômeurs et de savoir pourquoi certains abandonnent la recherche d’emploi. Renforcer le contrôle, c’est chercher pourquoi les gens abandonnent." Le ministre en profite pour lancer une pique aux entreprises : "elles ne répondent pas aux CV envoyés par les jeunes et les demandeurs d’emploi, ce qui contribue à leur découragement. En Allemagne, les employeurs répondent systématiquement."

Impuissance sur plusieurs dossiers

Sur plusieurs dossiers, François Rebsamen se veut pragmatique. Les accords de maintien dans l’emploi, créés par la loi de sécurisation, ne font pas recette ? "Il faut faire sauter les verrous", affirme le ministre, citant la trop courte durée d’application de ces accords, limitée à deux ans. Sur les contrats de génération, qu’il chiffre à 37000, soit près de 75000 bénéficiaires, jeunes et seniors, il reconnaît que la réforme "n’a pas eu l’impact" attendu et que c’est pour ça qu’il a élargi le dispositif.

Mais le ministre avoue son impuissance sur plusieurs dossiers. Face aux branches professionnelles qui ne négocieront pas sur le pacte de responsabilité : "je n’ai que ma force de conviction à leur opposer". Et pourtant, il affirme que c’est de cette réforme-là qu’il attend le plus : avec elle, "on a l’espoir de faire repartir la machine économique". Impuissance, aussi, sur la réforme des contrats de travail, réclamée par les organisations patronales : "la formule juste serait quelque chose de suffisamment protecteur pour les salariés et d’efficace pour les entreprises, mais cela ressemble à une quadrature du cercle". Et son constat est triste sur les temps partiels de 24 heures hebdomadaires au minimum, une obligation que les accords de branche cherchent surtout à contourner : "souvent, des lois pleines de bonnes intentions sont confrontées à la réalité économique".

Il ne souhaite pas se prononcer sur les négociations en cours entre partenaires sociaux sur la modernisation du dialogue social. Il rappelle toutefois que si les partenaires sociaux ne parviennent pas à un accord avant la fin de l’année, le gouvernement prendra ses responsabilités et légifèrera. De quoi lever toutes ambiguïtés sur ses positions dans ce dossier.

Cécile Maillard

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