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François Hollande : " Je passerai un contrat avec l'industrie"

Publié le , mis à jour le 07/05/2012 À 08H00

Entretien A l'époque il n'était pas encore président. En exclusivité pour L'Usine Nouvelle, le candidat François Hollande dévoilait la stratégie industrielle qu'il entendait mettre en place. Au programme : l'instauration d'un pacte productif pour donner une vision  à vingt ans sur les secteurs stratégiques et garantir une stabilité des règles notamment fiscales pour les entreprises.

François Hollande : Je passerai un contrat avec l'industrie
François Hollande, lundi 27 juin, dans son bureau de l’Assemblée nationale.
© Luc Pérénom - L'Usine Nouvelle

Cet entretien a été réalisé le 30 juin 2011. A l'époque, il était candidat aux primaires socialistes. Il a été élu président de la République le 6 mai.

L'Usine Nouvelle - Nicolas Sarkozy a salué, ce lundi, son bilan sur les investissements d’avenir. Vous qui briguez sa succession, comment évaluez-vous sa politique industrielle ?
François Hollande - Il a manqué, sur ce sujet comme sur les autres, une vision, une cohérence dans les choix, une stratégie. Certes, la crise a bouleversé la donne et le grand emprunt est né dans l’improvisation avec  de l’idée qu’il fallait définir des secteurs prioritaires. Cette réflexion était bienvenue, mais elle aurait dû se situer dès le début du mandat ! Aujourd’hui Il est tard, trop tard : La France  a reculé en terme de compétitivité,  d’emplois industriels et a connu des fermetures de sites, une contraction des investissements productifs , des délocalisations inopportunes...

 
Ces investissements d’avenir, que la gauche a longtemps appelés de ses vœux, sont quand même une bonne chose ?
Le grand emprunt est inadapté car les fonds dépensés le seront sur une période longue, avec des procédures lourdes alors même que l’épargne a déjà été collectée. Plutôt que de construire des routes et des bâtiments publics, il aurait fallu un plan de relance de la production. Néanmoins, il faudra garder l’idée : fixer une ligne d’horizon et déterminer les branches stratégiques. Ce que je propose, c’est un grand contrat avec l’industrie.  La France a besoin d’un projet productif. Je prendrais l’acquis du grand emprunt mais je demanderai à l’Etat de passer des engagements de long terme avec les entreprises. Il ne s’agit pas d’un nouveau dirigisme, mais nous avons "l’ardente obligation" - comme aurait dit le général de Gaulle - d’enjamber les périodes électorales pour fixer une perspective à 20 ans sur les secteurs d’avenir. Nous les connaissons : le numérique, l’industrie post-nucléaire, la santé. Nous voulons associer l’Etat et les collectivités locales qui ne doivent pas être uniquement des lieux d’animation des territoires mais aussi des centres de décisions.
 
En quoi consisterait cette idée de "contrat avec l’industrie"?
L’état doit garantir une stabilité de ses modes d’intervention, de ses règles fiscales, de ses choix budgétaires. Les entreprises ont besoin de cet environnement pour prendre leur décision. Pour qu’elles puissent fixer leur ligne en matière d’emploi des jeunes, ou de localisation d’activité, nous leur dirons ce que sera la politique de l’Etat sur le crédit impôt recherche, l’impôt sur les sociétés, les prélèvements sociaux...
 

"Le terme “politique industrielle” est daté. aujourd’hui, on a besoin de stratégies industrielles, au pluriel : stratégies d’entreprises, publique, territoriale."
 

...et justement, quelles seraient ces règles stables ?
Il faut sanctuariser le crédit impôt recherche dans son principe et son montant global, revoir la définition précise des dépenses éligibles et s’attacher à un déversement plus important vers les PME.  Pour l’impôt sur les sociétés, vous savez que les petites entreprises en paient, de fait, plus que les grandes, ce qui est très discriminant. Il faut harmoniser, voire être plus encourageant pour les PME. Enfin, il faut que l’impôt sur les bénéfices réinvestis soit plus faible que celui sur les bénéfices distribués
 
Et les prélèvements sociaux ? Faut-il alléger ceux qui pèsent sur le travail ?
Notre balance commerciale s’est dégradée avec un déficit de 50 à 60 milliards d’euros en 2011, alors que l’Allemagne a un excédent de 150 milliards. Le bilan est lourd. Pour redresser la compétitivité, il faut un sursaut d’investissement privé et une meilleure orientation de l’épargne. Le travail ne doit plus être l’assiette principale des prélèvements sociaux. Je ne suis pas pour une hausse de la TVA qui est déjà dans la moyenne haute européenne. Nous pouvons en revanche transférer sur une contribution écologique ou énergétique et rechercher une nouvelle assiette sur les entreprises ou les revenus des ménages. Si ce n’est pas le travail, ce pourra être d’autres facteurs de production de l’entreprise et si c’est un impôt direct, il faudra le compenser par une hausse des salaires.
 
Comment réorienter l’épargne vers l’investissement productif ?
D’abord, il faudra rediscuter ou faire appliquer les règles de Bâle III avec intelligence. Elles font peser un vrai risque sur le financement des entreprises. Ce serait un comble que pour sortir de la crise financière on oriente l’épargne vers les dettes souveraines. Je préfère qu’on stimule l’économie par la production. Ensuite, il faut un financement plus direct via un pôle public qui fédère Oséo, la CDC,  les fonds régionaux pour un vrai effet de levier.  Enfin, je propose le lancement d’un livret d’épargne pour les PME industrielles ou innovantes, un " livret I ", comme industrie, commercialisé par les banques. Ce livret I serait une sorte de deuxième étage du livret A.
 
Eric Besson a dit que "la gauche trainait le boulet de sa vision doctrinale". Vous sentez-vous visé ? Diriez-vous que c’est un bon ministre de l’Industrie ?
Ses propos sont ceux de la rancœur, pas de la rigueur. Dans la dernière période où nous étions au pouvoir, de 1997 à 2002, il y a eu des choix favorables à l’industrie : une première réforme de la taxe professionnelle mais aussi des évolutions du financement de l’innovation. La maîtrise des déficits publics était aussi là. L’industrie a davantage d’avenir que le ministre qui en est chargé.
 
On ne vous entend pas beaucoup sur le sujet de la "politique industrielle" en tant que telle ?
J’ai été l’un des premiers à parler de " pacte productif ". Maintenant le sujet est sur le devant de la scène  et c’est tant mieux. Mais le terme " politique industrielle " est daté. Aujourd’hui, on a besoin de stratégies industrielles (au pluriel). Stratégies d’entreprises, publiques, territoriales. Il faut que la France sache où elle va pour avoir une bonne base productive. Ce n’est pas un slogan mais des actes cohérents. Il n’est pas acceptable que les filières scientifiques soient délaissées et que les rémunérations soient moindres que dans la finance. Il faut dire aux jeunes qu’une usine d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle d’hier. Que c’est là que se construisent les produits de demain, l’électronique, les énergies durables. Il faut aussi changer le mode de recrutement des dirigeants. Dans beaucoup de domaines, des ingénieurs devraient être à leur tête.
 
L’Etat devrait intervenir sur les salaires  ou les choix des patrons ?
Non, ce n’est pas au futur président de la république de fixer l’échelle des rémunérations. Mais cela fait partie du contrat que nous passerons avec les entreprises, notamment les plus grandes. Si vous voulez des techniciens, des ingénieurs qui s’investissent dans l’industrie, rémunérez-les à la hauteur.
 
Vous souhaitez donc un "contrat" avec les entreprises. Il reposerait simplement sur la confiance ?
Oui, il faut faire confiance. C’est le principe de notre société et de la démocratie représentative. Il faut acter des accords avec les corps intermédiaires (fédérations, syndicats) et ensuite évaluer le respect des engagements.  Dans un contrat de mandature de cinq ans, on doit pouvoir faire le point à mi-parcours. Si le contrat n’a pas été rempli, il faut le modifier ou le remettre en cause.
 


"Je propose le lancement d’un livret d’épargne pour les PME industrielles ou innovantes, un livret i, comme industrie, commercialisé par les banques."
 

Et lorsqu’une entreprise envisage de fermer un site comme PSA à Aulnay, imaginez-vous d’intervenir ? 
Fermer un site qui emploie des milliers de salariés c’est une décision qui ne concerne pas que l’entreprise tant elle a des conséquences humaines, territoriales, financières.  Il faut l’empêcher si c’est possible ou au moins l’accompagner pour organiser la transition. Dans le cas de PSA, son président Philippe Varin a dit qu’il n’en était pas question. Je veux croire en sa parole.
 
Quand l’Etat est actionnaire, d’après vous, ça se passe mieux ?
Non et ce n’est pas normal car l’Etat dispose d’administrateurs. Mais de façon générale, l’Etat gère mal ses participations. Soit il intervient trop et pénalise les actionnaires privés, soit il n’intervient plus et il ferait mieux de partir. Dès que la participation est importante, il faut qu’il y ait un contrat entre l’Etat et l’entreprise. Je propose une réforme de l’agence des participations de l’Etat, qui n’est pas là que pour percevoir des dividendes.
 
Faut-il nationaliser dans certains cas ?
Oui s’il y a risque de disparition d’une entreprise nationale stratégique. Les Britanniques l’ont fait dans le secteur bancaire. Dans l’industrie, une participation publique suffit souvent. L’Etat n’a pas à produire mais à prévoir, à promouvoir.
 
Faut-il sortir du nucléaire, et à quelle échéance ?
Je fixe une ligne claire : la part nucléaire dans l’électricité doit passer de 75 % à 50 % en 2025. C’est un objectif qui est équivalent à celui de l’Allemagne. Il faudra fermer les vieilles centrales obsolètes et sécuriser les autres, mais une sortie rapide est impossible. Il faut des étapes et un engagement pour le prochain mandat. Avec des investissements lourds dans le renouvelable.
 
Votre candidature peut-elle séduire des ouvriers, qui se sont éloignés de la gauche ?
Tous les Français peuvent se reconnaître dans le destin commun que je propose. Quand on est ouvrier, on a la fierté de son travail et on est inquiet pour son travail mais aussi pour ses enfants. Vous le savez, j’ai fixé une priorité : la jeunesse. Avec le contrat génération, je propose qu’en employant un senior jusqu’à son niveau de retraite à taux plein et en recrutant un jeune, les entreprises bénéficient d’une déduction de charges salariales pendant trois ans. C’est une manière de les fédérer. La question de la place des jeunes dans notre société, je m’adresse finalement prioritairement aux ouvriers.

En écoute : quelques extraits de l'entretien

Interview François Hollande pour L'Usine Nouvelle by Usinenouvelle


Propos recueillis par Laurent Guez et Anne-Sophie Bellaiche

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1 commentaire

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30/06/2011 - 12h49 -

Pauvre Hollande: il ne se démarque pas de l'air du temps ni de ses confrères qui sont des summum de nullité économique et quant à l'industrie même seuls leurs effets de manche pourraient faire croire au rôle qu'ils pourraient y faire semblant de jouer. Il est tellement plus facile de "mener" à travers une armée de hauts fonctionnaires et de conseillers tous plus "pertinents" les uns que les autres ( du style évident entre autres "je vous l'avait bien dit", yakafokon ) un projet grandiose de 100 millions d'€uros plutôt que se fatiguer avec 100 projets à un million, quant à 1000 projets à 100 000 €uros c'est l'épuisement qui les guette (d'avance) ... En sagesse populaire on dit que ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières : nous n'en prenons pas le chemin avec cette classe politique (toutes tendances confondues) d'ânes bâtés (quoique les ânes...) Giscard en son temps en était l'illustration exemplaire.
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