François Hollande au chevet des biotechs

Dispositifs fiscaux, aide au financement, problématiques industrielles... Le candidat socialiste a multiplié, mercredi 22 février, les promesses pour rassurer les dirigeants de biotechnologies sur l’avenir de leur filière. Sans préciser comment il financerait ces mesures…

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François Hollande au chevet des biotechs

C’est à une filière de l’industrie jusqu’alors oubliée des candidats à l’élection présidentielle que s’est intéressé ce mercredi François Hollande : la biotechnologie. Après avoir visité, à Evry, le Généthon et l’entreprise spécialisée dans les cellules souches I-Stem, rendez-vous était pris au Génocentre pour une table ronde avec une dizaine de dirigeants de biotechs. Impatients de partager avec le candidat socialiste leurs inquiétudes concernant leur filière.

Coordonner les outils de financement publics

Et en premier lieu la difficulté de financer leurs entreprises. "Nous avons levé 16 millions d’euros en juillet dernier, et aujourd’hui nous avons à faire face à des investissements extrêmement lourds, car une phase 3 de développement d’un médicament coûte au minima 10 millions d’euros, lui rappelle Judith Greciet, directeur général de Bioalliance Pharma, cotée sur Alternext et spécialisée dans la R&D en maladies orphelines en cancérologie. Mais il s’agit d’investissements longs, à risque, et pour lequel le marché est assez frileux".

Faute de parvenir à lever les fonds nécessaires en Bourse et à trouver des partenaires pharmaceutiques prêts à prendre des risques, la situation peut devenir dramatique. Ainsi, malgré les 120 millions d’euros – entre les aides publiques et les levées de fonds - dont il a bénéficié depuis sa création en 2000, Novagali, spécialiste de l’ophtamologie coté depuis 2010, vient d’être racheté par le laboratoire japonais Santen. "C’est catastrophique, après tout ce que nous avons reçu, s’étrangle encore Geneviève Garrigos, sa directrice de la communication. Notre produit devrait faire 350 millions d’euros, c’était un boulevard pour nous, et bien c’est une société japonaise qui va en bénéficier ! Nous avions l’ambition de créer des emplois et de développer l’entreprise, ce sera fait ailleurs…".

Mais "le FSI n’a pas été vraiment à notre écoute", poursuit-elle. Le sang de François Hollande ne fait qu’un tour. "C’est un gâchis de fonds publics, de valeur, et d’investissement humain. Il nous faut absolument des fonds mutualisés, qui peuvent être la banque publique d’investissement, un FSI qui fonctionnerait mieux, des fonds publics régionaux ou d’amorçage, même s’il en existe déjà… Nous avons aussi besoin de clarté et de simplicité : un seul opérateur qui lui-même mobilise tous les fonds publics pour l’investissement dans les biotechs, en liaison avec les fonds privés".

Maintenir les dispositifs fiscaux en faveur des biotechs

Autre enjeu phare des biotechs, la fiscalité. Car "cela fait beaucoup d’années que les biotechs sont une priorité pour les gouvernements, mais l’Etat casse d’une main ce qu’il crée de l’autre, estime Gilles Nobécourt, partner en sciences de la vie du fonds E. de Rothschild Investment Partners. Le Crédit impôt recherche bénéficie plus aux grandes entreprises, nous sommes traités comme les fonds spéculatifs, le statut de JEI a été raboté".

Or une filière a besoin de lisibilité, reconnaît François Hollande. Qui s’engage, pour les jeunes entreprises innovantes, "suite à ce qui a été avancé par France Biotech, à relever le niveau d’exigence en dépenses de recherche de 15 à 20%, mais d’allonger la durée de défiscalisation jusqu’à dix, voire douze ans". Il promet également de pérenniser les fonds communs de placement dédiés à l'innovation (FCPI), un dispositif créé par le PS. Qui, depuis 1998, a "permis de lever 3,5 à 4 milliards d’euros, qui ont infusé près de 900 TPE et PME, assure Philippe Berthon, directeur général d’Aurgalys, une banque d’affaires pour les entreprises de la santé. Et s’il n’y avait pas eu la défiscalisation Tepa-ISF entre 2008 et 2012, je pense qu’on aurait énormément souffert".

Reste aussi à régler la question de la rémunération des salariés. Car comment récompenser la prise de risque de chercheurs réputés ou industriels de la pharma, s’engageant dans ces sociétés sans chiffre d’affaires ? Il faut donc maintenir les BSPCE, sortes de stock-options pour les starts-up, estiment les chefs d’entreprises. Une fois encore, le candidat socialiste va dans leur sens. Mais toujours sans préciser comment il financera tous ces engagements… "Je suis pour la suppression des stock-options, sauf pour les entreprises innovantes et donc les BSPCE".

Faire de ce secteur une filière prioritaire

Mais François Hollande n’a pas réponse à tout. Comme lorsque Joël Crouzet l’interpelle sur le retard pris par la France dans la valorisation du métier de chercheur industriel. "Des pays comme l’Allemagne, la Finlande ou la Suède, ont institué depuis plusieurs années des dispositifs visant à rémunérer les inventeurs dans l’industrie, en fonction du chiffre d’affaires, et très récemment la Chine a pris des dispositifs dans ce sens", décrit le directeur général de la biotech InnaVirVax.

Et reste encore les problématiques industrielles à régler. Notamment les difficultés de commercialiser des produits dans le domaine du diagnostic. Or "nous avons vraiment besoin de la compréhension de l’Etat pour l’accès au marché, pas seulement dans les molécules mais aussi dans le diagnostic, car c’est un compagnon indispensable de la thérapeutique, en particulier dans la médecine personnalisée, plaide Françoise Soussaline, PDG d’Imstar. Mais la France a un considérable retard dans la structuration de cette filière, par rapport à nos voisins européens, américains, et même chinois !".

Et reste aussi, accentué par l’affaire Mediator, "ce sentiment d’hostilité de la part des autorités vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique en général, l’impression que le monde entier la regarde comme une industrie qui dépense beaucoup d’argent et ne sert pas à grand-chose", relate Judith Greciet. Le candidat socialiste est pourtant convaincu. "Les biotechs et les industries de santé ont deux avantages : c’est un secteur créateur de valeur en richesses et en emplois, et il permet d’améliorer la vie de nos concitoyens. Ces vertus économiques et sanitaires, cela mérite d’être considéré comme prioritaire".

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