Franche-comté : Belfort digère la reconversion de Bull

Le départ du constructeur d'ordinateurs a suscité de réels changements dans le tissu industriel. Et pourtant l'informatique revient.

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L'implantation du fabricant américain de disques durs Gigastorage, deux ans après la fermeture de Bull Périphériques, signe le retour de l'informatique à Belfort. L'objectif de l'industriel de la Silicon Valley est ambitieux: conquérir 20 à 25 % du marché européen des disques durs à forte capacité de stockage. Pour y parvenir, la société investira 110 millions de francs et apportera pas moins de 200 emplois dans les trois ans. Le démarrage de la production est annoncé pour février 1995 avec un premier effectif de 40 personnes. La localisation finale du projet est très attendue. On parle de l'ancien atelier de production de Bull Périphériques, un vaste bâtiment auquel ses dimensions (6000 mètres carrés, 200 mètres de longueur d'un seul tenant) et l'architecture de Gustave Eiffel valent le surnom de "cathédrale". Son affectation enlèverait une belle épine aux collectivités locales.

C'est en effet le conseil général et la ville de Belfort - via une société d'économie mixtequi ont racheté, pour 30 millions de francs, les 50000 mètres carrés de bâtiments de l'ancien site de Bull, avec le projet d'y édifier Belfort Technopôle. Après rénovation, les trois quarts des locaux ont trouvé preneur. L'école nationale d'ingénieurs en génie mécanique, mais aussi le Cnet y ont élu domicile, aux côtés de petites unités de services.

40 projets ont déjà reçu des aides

Depuis le départ, en 1992, du constructeur informatique, qui a valu à la ville un millier de licenciements, ni l'Etat, ni les collectivités locales, ni Bull n'ont ménagé leurs efforts pour panser la plaie au plus vite. Une union sacrée s'est formée pour alimenter, à hauteur de 40 millions de francs, le budget d'une société de conversion, la Sybel. Celle-ci accorde des avances remboursables aux projets industriels. Et Gilbert Decker, son P-DG, qui n'est autre qu'un ancien cadre de Bull, envisage désormais d'étendre sa mission au capital-risque. A ce jour, 24 millions de francs ont été attribués à 40 projets. Ce qui représente (hors Gigastorage), la création de 452 emplois.

De son côté, Bull a encouragé l'essaimage. Ses deux ateliers protégés, ainsi que sept activités annexes, ont été reprises par d'anciens cadres. Christian Walazyc, qui fut responsable des achats en produits de tôlerie a créé TFB (Tôlerie Fine Belfortine) et réembauché 18 anciens employés. "Bull a cédé l'actif à un prix de faveur", reconnaît le nouveau patron. En outre, le groupe s'est engagé à assurer jusqu'à 50 % des ventes les trois premières années. Avec 13 millions de francs de chiffre d'affaires et 30 salariés, TFB s'emploie maintenant à diversifier ses produits, afin de prendre progressivement son autonomie.

Bull a par ailleurs préservé 450 emplois en filialisant son département de maintenance- devenu Serrib- et la fabrication d'imprimantes laser, sous le nom de Nipson. Filiale à 100 % de Bull, Serrib réalise 80 % de son chiffre d'affaires avec la maison-mère. Là encore, "le développement d'activités propres tend à s'accélérer", souligne son P-DG, Michel Cayet. A preuve, la société vient de signer deux contrats. L'un avec Hewlett Packard qui lui confie la réparation des magnétophones pour données informatiques. L'autre avec Servicetec International, qui lui permet d'étendre ses marchés en Grande-Bretagne.

La reconversion est en marche. Elle a déjà sensiblement modifié le tissu industriel, même si GEC-Alsthom avec 7200 salariés et le site voisin de Peugeot-Sochaux demeurent, et de loin, les principaux employeurs du Territoire de Belfort. "Il y a dix ans, nous n'avions que des unités de production ; aujourd'hui, des activités de tertiaire industriel et de recherche se sont implantées", constate Jean-Pierre Maillot, directeur de l'Agence de dévelopement économique de Belfort et du Territoire (Adebt).

Autre signe d'un changement bien réel : Belfort compte désormais 5000 étudiants.

Christiane PERRUCHOT



L'omniprésence de GEC-ALSTHOM

Avec 7200 salariés, GEC-Alsthom est de loin le premier employeur du Territoire de Belfort. Jusqu'alors, peu enclin à participer à la vie de la cité, contrairement à son voisin Peugeot, le groupe s'investit depuis quelques années dans l'université. Il est l'un des partenaires de l'Institut de génie énergétique qui mobilise 45 chercheurs de l'IUT "génie thermique". GEC-Alsthom a également apporté son écot à la reconversion de Bull en embauchant une soixantaine de licenciés à EGT (turbines à gaz).

En outre, la technologie du TGV est un sérieux vecteur commercial, reconnaît-on à l'agence de développement économique de Belfort et du Territoire.



LA DéLOCALISATION TIMORÉE DU CNET

Belfort a eu tôt fait de réaliser que les délocalisations de services publics, lancées en octobre 1991 par Edith Cresson, ne se concrétiseraient pas en un jour. Le transfert des activités de recherche du Centre national d'études des télécommunications (Cnet), ainsi que la création de centres d'expertise technique de France Télécom dans la cité du Lion traînent en longueur. "La campagne des opposants au transfert des activités du Cnet a duré près d'un an au sein de l'entreprise", se souvient Jean-Pierre Bloch, le directeur général de l'établissement belfortin qui vient de faire valoir ses droits à la retraite.

Si bien que les 400emplois annoncés par le premier Comité interministériel d'aménagement du territoire ne sont pour l'instant que 150. Mais le programme n'est pas achevé. France Télécom se donne encore trois ans pour donner à l'établissement belfortin la taille prévue. Les obstacles sont nombreux. La ville de Belfort a beau avoir fait des efforts pour réserver des HLM aux nouveaux arrivants, le problème du logement demeure crucial. "Il y a peu de pavillons à louer, alors il faut acheter. Ce qui signifie que les ingénieurs qui devraient être mobiles, sont tentés de s'installer définitivement dans la région", souligne l'un d'entre eux. En outre, l'emploi des conjoints n'est pas aisé. D'ailleurs, parmi ceux dont les conjoints travaillent dans le privé peu ont accepté d'être mutés.

USINE NOUVELLE - N°2472 -

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