France : Une relance très keynésienne

Le nouveau Premier ministre a présenté une série de mesures coûteuses pour lutter contre le chômage et l'exclusion, mais sans préciser comment les financer.

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Alain Juppé a officiellement déclaré la guerre au chômage, lors de son discours de politique générale. Pour cela, le contrat initiative-emploi favorisera l'embauche de chômeurs de longue durée tandis qu'un nouveau contrat destiné à faciliter l'insertion des jeunes sortant d'une formation en alternance devrait être rapidement mis en place. Concrètement, c'est un plan de relance très "keynésien" qu'a présenté le nouveau locataire de Matignon. Coup de pouce au Smic (près de 4% de hausse), revalorisation des retraites, création d'une allocation de dépendance pour les personnes âgées, lancement d'un programme de 20000logements sociaux supplémentaires, et annonce d'un vaste plan d'aides aux PME (allégements des charges sociales et des droits de transmission). Mais la symétrie fait défaut du côté des recettes. Alain Juppé est resté muet quant au financement de ces nouvelles dépenses. Car, mises bout à bout, elles vont coûter cher. En année pleine, le contrat initiative-emploi pourrait revenir à 30milliards de francs, l'allocation dépendance à environ 15milliards... Or, le chef du gouvernement a réaffirmé, en même temps, son intention d'assainir les finances publiques. L'objectif est clair: ramener le déficit public à 3% du PIB (contre 6% actuellement) au 1erjanvier1998, pour passer à la monnaie unique un an après. Les Français seront inévitablement mis à contribution. "La réduction des déficits imposera de grands efforts qui devront être répartis justement entre tous les Français", a affirmé Alain Juppé. Mais l'opinion n'a guère été préparée aux sacrifices d'autant plus inévitables qu'il faudra en outre financer les dépenses supplémentaires. Une augmentation de la CSG ponctionnerait le pouvoir d'achat, alors que la consommation est toujours au point mort. L'automobile, notamment, patine (les immatriculations sont en baisse de près de 7% sur un an), et le logement rechute depuis le début de l'année. Et une majoration de la TVA pousserait l'inflation à 2,5%. C'est-à-dire davantage qu'en Allemagne, ce que les marchés n'apprécieraient sans doute pas. On savait que la marge de manoeuvre était étroite. L'affaiblissement du franc montre que, par ses premières décisions, le gouvernement l'a encore réduite. B.M.







NOS PRÉVISIONS 1995-1996

PIB (accroissement en volume)

1995. + 2,5%

1996. + 2,0%

L'activité va baisser de régime l'an prochain. L'environnement international sera moins porteur. Le resserrement budgétaire et les turbulences monétaires affecteront le comportement des ménages et des entreprises.

Importations

1995. + 8,5%

1996. + 5,4%

Les importations croîtront rapidement cette année, avec la relance des achats de biens d'équipement. Elles ralentiront l'an prochain, alors que la demande intérieure faiblira.

Exportations

1995. + 6,8%

1996. + 4,9%

Nos exportations vont finir par souffrir des dévaluations en chaîne des pays d'Europe du Sud et de la faiblesse persistante du dollar. Elles continueront de croître, mais beaucoup moins rapidement que cette année.

Consommation

1995. + 2,1%

1996. + 1,8%

La consommation restera molle. Elle ralentira même en 1996. Les salaires vont progresser plus rapidement, et les créations de postes resteront nombreuses. Mais le gouvernement sera obligé, tôt ou tard, d'augmenter les prélèvements, alors que les prestations sociales seront revues à la baisse. Le pouvoir d'achat des ménages en souffrira.

Investissements des entreprises

1995. + 7,0%

1996. + 7,0%

L'investissement productif va repartir fortement cette année, mais il ne s'accélérera pas l'an prochain, car la demande sera moins dynamique.



La demande reste globalement stable

Les carnets de commandes sont globalement bien fournis, sauf dans l'automobile où ils se dégarnissent fortement. La demande étrangère marque le pas, conséquence de la hausse du franc face aux devises méditerranéennes.

Hausse modérée des tarifs industriels

La hausse des prix de vente industriels devrait se modérer dans les prochains mois, surtout dans les biens intermédiaires.L'atonie de la demande empêche les industriels de relever fortement leurs tarifs.

La consommation reste faible

Les ventes dans le grand commerce ont de nouveau fléchi en avril. Toutes les formes de distribution sont touchées, surtout les grands magasins, qui voient leurs ventes reculer de 1,7%.

Nouvelles poussées des exportations industrielles

Les exportations de produits industriels restent très dynamiques. Elles battent un nouveau record dans les biens d'équipement professionnels, et 20Airbus ont été vendus (8milliards de francs).





USINE NOUVELLE N°2505

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