Economie

France Télécom et ses trois anciens dirigeants condamnés pour "harcèlement moral institutionnel"

Hubert Mary , , ,

Publié le

La fin d’un procès inédit, impliquant France Télécom et trois de ses ex-cadres après le suicide d'employés entre 2007 et 2010, s’est tenue vendredi 20 décembre au Palais de justice de Paris. France Télécom a écopé de l’amende maximale de 75 000 euros et ses anciens dirigeants ont été condamnés à un an de prison dont huit mois avec sursis et 15.000 euros d'amende. Didier Lombard, ex-PDG, a annoncé qu'il ferait appel de la décision du tribunal. Orange déclare prendre acte du jugement et ne fera pas appel. 

France Télécom et ses trois anciens dirigeants condamnés pour harcèlement moral institutionnel
Pour la première fois, le tribunal a retenu la notion d'harcèlement moral institutionnel dans son jugement.
© PoulyLove - Flickr - C.C

Dix ans après les faits – le suicide de 18 salariés de France Télécom sur la période 2007-2010 -, le verdict du procès France Télécom est tombé. Pour la première fois, un tribunal français reconnaît la notion de "harcèlement moral institutionnel". Trois ex-cadres de l’entreprise et la société France Télécom (devenu Orange) étaient poursuivis pour avoir mené une politique de réduction drastique des effectifs conduisant certains employés à commettre l’irréparable.

L'ex-PDG Didier Lombard, l'ex-numéro 2 et l'ex-DRH, ont été condamnés à un an de prison dont huit mois avec sursis et 15.000 euros d'amende et France Télécom a écopé d’une amende maximale de 75 000 euros. Ils ont été relaxés pour la période 2008-2010.

Le procès, qui s’est tenu du 6 mai au 11 juillet 2019, a réveillé de terribles souvenirs chez les témoins de l'époque. L'affaire  avait fait la une des médias en 2009, lorsqu’en juillet, Michel Deparis, un technicien marseillais, mettait fin à ses jours en dénonçant dans une lettre le "management par la terreur". "Je me suicide à cause de France Télécom. C’est la seule cause", avait-il écrit.

Didier Lombard a annoncé à l’issue du jugement qu’il ferait appel de sa condamnation. Orange déclare prendre acte du jugement et indique qu'elle ne fera pas appel. 

Les syndicats ont réagi sur Twitter. La Fédération CFDT F3C - Communication, Conseil, Culture -, présent au moment du verdict, parle d'un message envoyé aux dirigeants. CFE-CGC Orange "se félicite de la condamnation des dirigeants de FranceTélécom pour harcèlement moral" à déclaré son président, Sebastien Crozier, à la sortie du procès. 

 

 

UN PROCÈS HORS NORMES

1998  Ouverture des télécoms à la concurrence, à l’heure de l’expansion d’internet et du mobile

2004 France Télécom, qui deviendra Orange, est privatisé

2005  Didier Lombard est nommé à la tête de l’opérateur

2006  Plan NExT et sa déclinaison sociale Act (22 000 départs en trois ans, 10 000 mobilités et 6 000 recrutements).

Le procès s’est ouvert le 6 mai, dix ans après la première plainte (du syndicat Sud), après une instruction de quatre ans débouchant sur un dossier d’un million de pages. Il a duré deux mois et demi, soit 42 journées d’audience. Le tribunal a retenu comme étant lié au travail et examiné le cas de 39  victimes (18 suicides, 12 tentatives,  9 dépressions graves).

Quatre prévenus étaient poursuivis pour harcèlement moral (Didier Lombard, PDG de 2005 à 2010 ; Louis-Pierre Wenès, directeur des opérations France jusqu’en octobre 2009 ; Olivier Barberot, le DRH groupe ; l’entreprise France Télécom), quatre dirigeants pour complicité de harcèlement moral. Il y a 150  parties civiles, dont les syndicats.

 

 

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte