France : Les hausses de salaires seront plus fortes

Sous la pression, les chefs d'entreprise vont lâcher du lest sur les salaires, ce qui devrait pénaliser l'emploi

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A la veille de l'élection présidentielle, le climat social se détériore. Les tensions salariales s'accentuent. L'an passé, c'est l'emploi qui a capté l'essentiel des gains de la reprise. En 1995, ce sera au tour des salaires. Après trois années de chute sévère, les effectifs salariés ont fortement crû l'an passé; 222500postes ont été créés dans les secteurs marchands non agricoles. Dans les services marchands, l'emploi a bondi de 4,4%, la plus forte hausse depuis 1989. Et dans les services aux entreprises, ce sont 135000 postes qui ont été pourvus. Même l'industrie a recommencé à embaucher en fin d'année. En 1986, alors que la croissance atteignait 2,5% (comme l'an passé), seulement 70000postes étaient créés... En 1994, la rigueur salariale s'est accentuée. Entre janvier 1994 et janvier 1995, le taux de salaire horaire n'a progressé que de 2,3%, la progression la plus faible depuis la guerre (avec celle de 1952). La production industrielle bondissant, les gains de productivité ont été énormes (près de 10% dans l'industrie manufacturière) et les coûts salariaux unitaires n'ont pas bougé. Pour les ménages, la discipline consentie sur les salaires s'est soldée par une nouvelle décélération de leur pouvoir d'achat: celui-ci n'a crû que de 0,6%, après 0,8% en 1993. Mais il devrait progresser davantage cette année, car, sous la pression, les chefs d'entreprise commencent à lâcher du lest. En janvier, les salariés qui ont bénéficié d'une augmentation sont plus nombreux qu'il y a un an, d'après la dernière enquête du ministère du Travail. L'emploi en fera les frais. Dans leur première esquisse pour 1995, les experts du gouvernement s'attendent à une hausse de 2% de l'emploi salarié. Il est plus raisonnable de pronostiquer une hausse de 1% des effectifs. Le reflux du chômage sera symbolique. B.M.





CHIFFRES CLÉS

COMPTE D'EXPLOITATION ET DE REVENU DES ENTREPRISES


(accroissement en %)

Valeur ajoutée brute

1993. - 0,1%

1994. + 3,7%

Salaires bruts

1993. - 0,1%

1994. + 2,2%

Cotisations sociales employeurs

1993. + 0,5%

1994. + 4,2%

Impôts/production

1993. + 6,4%

1994. + 5,3%

Excédent brut d'exploitation

1993. - 0,5%

1994. + 4,9%

Intérêts

1993. + 0,8%

1994. -11,6%

Dividendes

1993. + 1,8%

1994. + 2,0%

Impôts/bénéfices

1993. - 9,5%

1994. +19,1%

Revenu disponible brut

1993. - 1,1%

1994. +13,8%

Avec la reprise des embauches, la masse des salaires bruts versés a progressé de 2,2% en 1994. Ce qui n'a nullement entamé les résultats des entreprises puisque l'excédent brut d'exploitation a augmenté de 4,9% après avoir reculé de 0,5% au plus fort de la récession. Le taux de marge qui a gagné 0,5 point l'an dernier devrait atteindre 30,7% cette année. Malgré la reprise des investissements, le taux d'autofinancement restera, en moyenne, très élevé (120%).



Les embauches ralentiront après 1995

Les industriels interrogés par l'Insee sont de plus en plus nombreux à souhaiter augmenter leurs effectifs. C'est dans les biens intermédiaires que les embauches seront les plus fortes.

les salaires vont progresser

Les chefs d'entreprise ont décidé de lâcher du lest sur les salaires en 1995. Le taux de salaire horaire pourrait progresser de 2,6% après 2,3% en 1994 et 2,4% en 1993.

les coÛts salariaux se redresseront

Les coûts salariaux unitaires sont restés stables l'an passé. Hors cotisations sociales, ils ont même reculé de près de 5%. 1995, ils se redresseront avec la poussée des salaires.

Le pouvoir d'achat augmentera davantage

La progression du pouvoir d'achat des salariés a de nouveau ralenti l'an passé: +0,6% après +0,8% en 1993. Cette année, il devrait croître plus rapidement, soutenant la consommation.

USINE NOUVELLE N°2495

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