Economie

France-Chine: 22 milliards d'euros de déficit commercial

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16 milliards d'euros de contrats contre... 22 milliards d'euros de déficit commercial avec la Chine. La moisson de contrats France-Chine continue lors de la visite de Hu Jintao. Mais cela ne saurait faire oublier un déficit commercial qui va croissant. Analyse.

France-Chine: 22 milliards d'euros de déficit commercial

Après les 16 milliards d’euros récoltés hier, une nouvelle vague de 15 contrats ou « d'accords de coopération » au bénéfice d'entreprises françaises a été signée au siège du Medef à Paris, au deuxième jour de la visite d'Etat du président chinois Hu Jintao dans l'Hexagone.
Présente la ministre de l’économie, Christine Lagarde a prôné une « relation économique soutenue fondée sur l'amitié et l'exigence ». Puis elle a ajouté : « Nous ne sommes pas nécessairement très fiers lorsque nous regardons notre déficit commercial avec la Chine qui est le premier avec 22 milliards d'euros ». En effet, les contrats annoncés aujourd’hui et hier ne font pas oublier le fort déséquilibre des relations commerciales franco-chinoises.

Au cours des dix dernières années, le déficit commercial bilatéral entre la France et la Chine (Hong-Kong inclus) s’élargit, pour atteindre 20 milliards d’euros en 2009. Il n’était de 5,7 milliards en 2000. Le déficit a donc quasiment quadruplé en neuf ans. Désormais, la Chine est le premier déficit commercial français (voir graphique ci-dessous), devant l'Allemagne et la Belgique. Cette détérioration renvoit plus particulièrement à la vive progression des importations de produits informatiques, électroniques et optiques, désormais assemblés en Chine.

Déficit IMpressionnant.

Les part de produits à faible valeur ajoutée importés de Chine (articles de sport, jeux et jouet, cuirs, bagages, vêtements…)  tend à se réduire. Ce sont les achats en informatique (un tiers des exportations de Chine) qui expliquent la moitié du déficit bilatéral entre la France et la Chine. « Un téléphone portable sur deux acheté en France est fabriqué en Chine, et trois ordinateurs portables sur quatre le sont également », précise une étude de mai 2010 réalisée par les Douanes françaises. D’autre part, cette étude précise qu’en 2009, « l’écart entre les deux pays se creuse, du fait du net repli des livraisons aéronautiques françaises à la Chine ».

Pour Françoise Lemoine, économiste senior au CEPII et chercheur associé au Centre d'études sur la Chine contemporaine (EHESS), ce phénomène est à relativiser : « La Chine est devenue un fournisseur incontournable suite à une réorganisation de la production dans cette région. Ce qui était importée de façon diversifiée du Japon, de Taïwan et de la Corée du Sud est désormais produit en Chine ». Le déséquilibre de la balance commerciale est donc impressionnant mais il s’agit plus d’une concentration des importations provenant de l'Asie sur la Chine devenue le pivot le production industrielle d’Asie.

Pour sa part, le ministre chinois du Commerce a assuré que « l'excédent » commercial n'était pas « l' objectif »de la Chine. « Nous souhaitons importer davantage de produits français », a-t-il ajouté. Selon la Chambre de commerce française en Chine (CCFC), de nombreux secteurs sont porteurs d’opportunités pour les entreprises françaises en Chine. En effet, la très forte croissance du pays se traduit par des besoins très importants en énergie, dont le niveau de demande est désormais supérieur à l’offre existante. Parallèlement aux secteurs porteurs, « des niches existent en effet pour des PME innovantes ou qui sont déjà leaders français ou européens », ajoute le dossier de la CCFC.

Marché Prometteur.

Les exportations françaises vers la Chine se composent plutôt de produits à valeur ajoutée relativement forte. Meilleur exemple : l’aéronautique. Au cours des dix dernières années, l’aéronautique représente en moyenne le quart des ventes françaises à la Chine. D’autres biens de haute technologie, comme la pharmacie et la chimie, des biens de moyenne technologie (machines et équipements), ainsi que les boissons, voient leur poids dans les exportations augmenter depuis 2000.  

La part de la Chine dans les exportations françaises progresse (3 % en 2009), mais elle reste inférieure à la part de la Chine dans les exportations allemandes (5 %). L’Allemagne conforte son avantage en 2008 et 2009, grâce à une croissance plus rapide de ses ventes à la Chine (respectivement +12 % et +5 %, contre +1 % et -11 % pour la France). En 2009, elle bénéficie notamment du dynamisme des ventes automobiles, qui constituent, avec les machines-outils, l’un des points forts de sa spécialisation vis-à-vis de la Chine, tandis que la France subit le contrecoup du net repli des livraisons aéronautiques à la Chine.

Néanmoins, « la France est aujourd'hui le deuxième exportateur européen vers la chine après l'Allemagne », s'est  félicité ce matin Christine Lagarde. « La France est deuxième, loin derrière l’Allemagne certes, mais quand même bien au dessus de la moyenne de l'Union européenne. Plus de 62% des exportations françaises vers la Chine couvrent nos importations, contre 45% en moyenne pour l’Union », précise l’économiste Françoise Lemoine.  

Avenir de la france en chine.

En parallèle, Christine Lagarde a relevé qu'en « 2009, l'investissement français en Chine a augmenté de 11% alors que les investissements directs étrangers baissaient de 12% ». « Une très bonne nouvelle », affirme Françoise Lemoine. « Il a même deux bonnes nouvelles. La première est que les entreprises françaises qui produisent sur place vont réaliser un chiffre d’affaires très supérieur à ce qu’elles auraient pu faire en produisant en France puis en exportant. Le deuxième point très positif est que quand une entreprise française produit sur place elle importe également de France vers la Chine. Investir en Chine est un canal primordial pour booster nos exportations. »

L'économiste va plus loin et invite les industriels à suivre son regard : « Avec la Chine comme fer de lance, l'Asie renforce encore sa position. Le basculement de l'économie mondiale vers l'Est s'accentue avec la croissance chinoise. Aujourdh'ui, il faut viser le marché asiatique dans son ensemble. Le marché Chinois a beau avoir dépasser le Japon et s'être placé en deuxième position (7% du PIB mondial), il faut être stratège et voir au-delà

Morgane Remy


? Balance commerciale française (Douanes)

(Cliquez dessus pour aggrandir)

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