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Fos-sur-Mer contraint de se réinventer

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Enquête Le port a trop longtemps profité de sa rente pétrolière, mais l’essor du conteneur lui a échappé. La zone industrialo-portuaire provençale a un besoin urgent d’un nouveau modèle économique. 

Fos-sur-Mer contraint de se réinventer
La zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer s’étend sur 9 750 ha.

2,5 milliards d’euros

C’est le montant des investissements privés sur la zone industrialo-portuaire de Marseille?Fos à l’horizon 2025.

En 1976, la France n’avait pas de pétrole : elle l’importait. Ce qui faisait les affaires du port de Marseille-Fos (Bouches-du-Rhône) ! Les hydrocarbures représentaient alors 90% de son trafic (98,3 millions de tonnes). En 2012, la France n’avait toujours pas de pétrole. Elle en importait toujours, mais l’or noir ne constituait plus que les deux tiers d’un trafic tombé à 78,7 millions de tonnes. "Depuis 2008, Marseille-Fos a perdu 17 millions de tonnes de trafic de pétrole brut, souligne le directeur général du port Jean-Claude Terrier.. À cause de sa rente pétrolière, le port ne s’est pas assez ouvert à d’autres opportunités, ratant l’essor du conteneur. Même s’il a rejoint les corridors européens, beaucoup de chemin reste à rattraper. La zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer a besoin d’un nouveau modèle économique."

Un plan pour 2014-2018

Jean-Claude Terrier dévoilera, en juin 2014, le plan stratégique du port pour la période 2014-2018. La zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, qui s’étend sur 9 750 hectares, abrite une soixantaine d’entreprises industrielles (ArcelorMittal, Ascométal, LyondellBasell, Esso, SPSE, Elengy, Lafarge, Eiffel, Suez Electrabel, Ineos, Naphtachimie…) et des installations logistiques (Maisons du Monde, Ikea…). Elles comptent 30 450 salariés, soit un peu plus des deux tiers des emplois dépendant des activités portuaires en Provence (43 500). Ces sociétés ont trouvé sur place un terrain propice à leur expansion, mais elles déplorent la saturation des dessertes, l’absence de services, la pénurie de main-d’œuvre…

Heureusement, la fiabilité retrouvée depuis la réforme portuaire laisse l’espoir à Fos de rivaliser de nouveau avec ses concurrents de la Méditerranée et en mer du Nord. Pour Gérard Goninet, le président du Groupement maritime et industriel de Fos (GMIF) et directeur des sites France d’Eurocopter, "il manque une vision commune partagée sur des projets aux effets à long terme pour la zone et le territoire". Maire (PS) de Fos-sur-Mer, René Raimondi refuse que le port de Marseille décide seul. "La logistique ne peut être la seule ligne d’horizon, explique-t-il. Il faut attirer des entreprises pourvoyeuses de valeur ajoutée, en associant la population aux réflexions. Elle a vécu l’implantation de l’incinérateur EveRé comme une violence institutionnelle intolérable."

La création de la métropole Aix-Marseille-Provence aidera-t-elle à réinventer le modèle de Marseille-Fos Les pistes de diversification apparaissent parfois désordonnées. Comme si, dans un contexte de restrictions financières, les autorités portuaires faisaient feu de tout bois alors que les acteurs locaux réclament cohérence et priorités ! État, élus, industriels et associations reconnaissent que les futures activités doivent consolider l’existant. Il est question de favoriser une économie circulaire, dans laquelle les rejets inexploités des uns serviraient de ressources à la production des autres. Et de promouvoir l’aval de la sidérurgie, par exemple, autour de transformateurs d’acier, ou d’enrichir les entrepôts de stockage d’une logistique semi-industrielle.

Les retombées économiques du gaz naturel liquide (GNL) sont plus immédiates sur les deux terminaux d’Elengy, Fos-Tonkin – objet d’un projet d’extension – et Fos-Cavaou. Le GNL sera aussi réceptionné, stocké et traité sur le futur terminal Fos Faster, développé par Vopak et Shell. "Fos peut devenir un hub pour répondre aux marchés émergents du GNL comprimé ou liquide", assure Gilles Bavuz, le directeur général adjoint industriel d’Elengy. Pour accompagner la transition énergétique, le port de Marseille-Fos explore la voie de l’éolien flottant avec le projet Vertiwind, porté par Nenuphar, Technip et EDF Énergies Nouvelles. L’assemblage d’un démonstrateur a lieu à Fos, et un parc pourrait s’installer au large vers 2017.

Des accès améliorés

La déconstruction de navires compléterait l’offre de réparation navale de Marseille. Une étude pointe les axes d’un "mieux industriel" pour l’ouest de l’étang de Berre. "Le port peut investir des filières industrielles très différentes, à condition d’adapter ses infrastructures et de définir de bons compromis. Mais rapidement !" déclare Philippe Brun, le président de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) Provence-Alpes. Les industriels revendiquent l’amélioration des accès routiers, engorgés et sources de nombreux accidents. Le 8 novembre, venu à Marseille détaillé les mesures de son plan d’aide pour la métropole, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a promis la réalisation d’aménagements réclamés depuis des années mais qui prendront encore sept à dix ans.

Le rail et le Rhône restent insuffisamment exploités pour élargir un hinterland jugé trop limité. Le directeur d’ArcelorMittal Méditerranée, João Félix da Silva, réclame une meilleure interconnexion des réseaux. "Ce port est un entonnoir à l’envers", résume Frédéric Vigouroux, le maire socialiste de Miramas, désespéré de voir sa gare de triage, l’une des plus grandes de France, sous-utilisée parce qu’une seule ligne la relie au port. "Le port doit devenir l’outil privilégié d’une zone industrielle englobant Montpellier, Lyon et Nice. Mais l’action collective n’en est qu’à ses balbutiements, avertit Patrick Daher, le président du port de Marseille. Sans lobbying généralisé, nous n’obtiendrons pas l’argent nécessaire à la réalisation des projets." 

"Un site approprié pour une plate-forme mutualisée"

Marc Bayard,

Délégué général de l’Union des industries chimiques de Paca-Corse

Fos pourrait accueillir une plate-forme pour la chimie mutualisée, comme Chemparc à Lacq ou Osiris, en Isère. Quel est l’intérêt d’un tel projet ?

Fos abrite déjà une infrastructure de base, des industries, un réseau de cotraitants… Les partenaires d’une plate-forme développent des synergies de services mais échangent aussi des flux, de chaleur et de matière, dans une logique d’économie circulaire. Elle offrirait des conditions attractives sur les utilités, le coût et le délai d’installation, les compétences…

Qu’impliquerait cette évolution ?

Ce modèle nécessite une gouvernance commune et une charte entre les acteurs pour gérer la santé et la sécurité au travail, les questions environnementales. Il faut identifier des projets fédérateurs.

Favoriserait-elle l’acceptabilité de nouvelles activités chimiques sur le bassin ?

Ce sera un atout évident. Interlocutrice unique, la plate-forme clarifie la relation entre les acteurs et le "monde extérieur" et améliore la confiance et la perception de la maîtrise des risques, donc l’acceptabilité. 

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