Ford Aquitaine Industrie complètement déboussolée

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Changement de conduite. Touchée de plein fouet par les difficultés de sa maison mère, la direction de Ford Aquitaine Industrie, à Blanquefort (Gironde), qui exporte 100 % de sa production de transmissions automatiques vers les Etats-Unis, avait annoncé en août dernier, la fermeture du site chaque vendredi jusqu'à fin 2006. La production reste irrégulière mais pour répondre à la poussée des volumes de la fin d'année, les salariés vont travailler les trois premiers vendredis du mois de décembre.

La visite de James Tetreault, vice-président Manufactoring de Ford Europe, le 15 novembre dernier, dans l'usine de Blanquefort, n'a apporté aucune vision pour le site. Ce jour-là devant les syndicats, il a rappelé, documents à l'appui, l'historique des ventes : en 2000, l'usine produisait 739 000 boîtes de vitesse pour des véhicules Explorer, Mustang, Mountaineer et Ranger Mazda contre 350 000 boîtes en 2006. Il a également indiqué que la production de la transmission E s'arrêterait en 2008 au lieu de 2010. De 75 000, le chiffre tombera à 59 000 maximums en début 2008. Ce n'est pas le seul coup dur.

Le vice-président de Ford Europe a, certes, affiché « les opportunités » pour Bordeaux, en indiquant que FAI s'était positionné pour produire un double embrayage dédié à des transmissions pour des petits véhicules européens, en répondant à l'appel d'offre lancé par GFT, Getrag Ford Transmissions, implanté à Blanquefort, à côté de FAI. L'introduction du double embrayage est prévue à l'horizon 2010-2011. Le hic : d'une part, FAI aurait fait une offre trop chère, et d'autre part, l'usine n'aurait pas la technologie pour certaines pièces, d'où la nécessité de réaliser des investissements.

Pour ne rien arranger, du côté de GFT, le bruit court que l'affaire serait déjà pliée. Ce double embrayage se ferait en Slovaquie. James Tetreault s'est gardé de faire un commentaire officiel ce qui entraîne l'interrogation des syndicats. « Notre usine est consultée. Mais déjà les carottes sont cuites. A quoi sert de faire semblant de nous faire miroiter de nouveaux marchés » s'insurge Jean-Claude Conte (CGT), coordinateur du comité d'entreprise. D'autres sujets sont restés en suspens ce 15 novembre, comme le projet de construction d'une usine de transmission au Mexique avec Getrag, les types de transmissions, la possibilité de monter, ou non, des boîtes cinq vitesses sur de nouveaux véhicules voire des véhicules équipées de boîtes 4 vitesses... Une douzaine de questions ont été soulevées sans que James Tetreault ait pu apporter de réponses. Or, les syndicats veulent un éclaircissement total.

« Nous demandons la mise en place d'une cellule de crise, réunissant le président de la région, le préfet, tous les syndicats afin que l'on mette à plat la question du devenir de l'usine. Si le site est "foutu", il faut que la direction de FAI ait le courage de le dire. Cela permettra d'envisager les conditions de la reconversion de l'usine. Nous demandons un état des lieux .On ne peut pas attendre davantage et se retrouver dans un scénario identique à celui qu'a connu l'usine girondine de Sogerma, qui s'est retrouvé acculée » martèle Jean-Claude Conte.

« Nous voulons savoir avec combien de salariés le site peut vivre. Il faut qu'on nous le dise » renchérit, Bernard Néto, délégué syndical CFTC. Mardi après-midi, se tient à Bruxelles, un comité d'entreprise européen de Ford. Francis Wilsius, secrétaire (CFTC) du comité d'entreprise et représentant français au CE européen, va donner sa position, en présence de John Fleming, président de Ford Europe. Il va expliquer que FAI attend « un retour d'ascenseur ». « La profitabilité de Ford France a permis de renflouer les déficits de Ford Europe qui est dans le rouge depuis dix ans. Nous avons signé un accord européen le 9 octobre 2000, qui prévoit que la direction garantisse un travail de remplacement pour maintenir la viabilité de FAI » répète t-il.

De retour à Bordeaux, Francis Wilsuis, ne va pas lâcher la pression. Une lettre va être adressée la semaine prochaine aux maires des communes dont les habitants sont des salariés de l'usine girondine. L'objectif étant que ces maires signent une motion et deviennent ainsi des relais auprès du préfet. Enfin, salariés et syndicats demandent une table ronde avec Alain Rousset (PS), le président de la région Aquitaine, également président de la Communauté Urbaine de Bordeaux. Une table ronde réclamée depuis plusieurs mois. « Quand on se dit socialiste et que l'on ne reçoit pas les partenaires sociaux, c'est inquiétant » lâche Francis Wilsius. Alain Juppé n'a pas été oublié. Les syndicats lui ont écrit. Diplomates, ils ont pris soin en préambule de la lettre, de le féliciter d'avoir retrouvé son fauteuil de maire de Bordeaux. Pour l'heure, c'est silence radio.

De notre correspondante en Aquitaine, Colette Goinère

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