Ford a redressé ses ventes en Russie en 2016

par Jack Stubbs et Gleb Stolyarov

MOSCOU (Reuters) - Ford a été le premier constructeur automobile étranger à voir ses ventes repartir en Russie l'an dernier après trois années difficiles, réussissant ainsi son pari de miser sur ce marché notoirement volatil que son éternel concurrent General Motors a préféré quitter.

Le marché automobile russe avait culminé à 2,9 millions de véhicules en 2012 mais il s'est depuis contracté de plus de moitié, victime de la crise économique elle-même due à la chute des cours du pétrole et aux sanctions occidentales.

Les ventes de voitures ont encore baissé de 11% l'an dernier et elles ont reculé de 5% en janvier par rapport au même mois de 2016.

Alors que General Motors s'est retiré du pays en 2015, Ford a non seulement choisi de rester mais a investi dans de nouveaux modèles plus adaptés aux difficiles conditions de conduite de la Russie.

Depuis 2011, sa coentreprise avec le constructeur russe Sollers a consacré 1,5 million de dollars (1,4 milliard d'euros) à l'adaptation de ses modèles aux spécifications locales.

Le groupe a fait état d'une hausse de 10% de ses ventes en 2016, en y voyant le signe que sa stratégie commence enfin à porter ses fruits.

Le total de 40.000 est encore bien en-dessous des près de 190.000 véhicules que Ford avait écoulés sur le marché russe en 2008, avant la crise financière mondiale qui a vu le constructeur américain perdre des parts de marché face aux sud-coréens Kia et Hyundai notamment.

Le marché russe "commence à se redresser", a déclaré à Reuters le directeur général du groupe américain, Mark Fields, la semaine dernière en promettant de continuer à investir.

Le comité des constructeurs automobiles de l'Association des entreprises européennes (AEB) prévoit une stabilisation du marché russe cette année, puis une croissance de 4% l'an prochain. Mais il estime que le retour à la normale prendra des années.

"Malgré les turbulences économiques, nous n'avons pas réduit nos investissements et avons respecté le plan initial en lançant sept nouveaux véhicules avec un niveau important de localisation", a dit à Reuters Mark Ovenden, le patron de la coentreprise Ford Sollers.

Ford Sollers possède quater usines qui assemblent notamment des compactes Fiesta et des SUV EcoSport conditionnées pour affronter le mauvais état des routes russes et le froid extrême.

Ford n'a pas dit quand ses opérations russes pourraient dégager des bénéfices mais Vladimir Bespalov, analyste à la banque VTB, pense que cela pourrait intervenir dès 2018.

Le cabinet d'études IHS s'attend à ce que Ford atteigne le cap des 60.000 véhicules vendus en Russie d'ici 2020.

POINT DE NON RETOUR

Ford avait fait ses premiers pas en Russie dès 1907, sous le règne de Nicolas II, avant d'être chassé du pays, comme les autres constructeurs étrangers, pendant l'ère soviétique.

En 2002, dix ans après l'implosion de l'URSS, Ford a ouvert à Saint-Pétersbourg la première usine automobile étrangère en Russie. Le succès a été immédiatement au rendez-vous sur un marché largement dominé à l'époque par la Lada, dont l'aspect n'avait guère évolué depuis les années 1960.

L'ancrage local de Ford explique son choix de rester, estime l'analyste de VTB. "Ford a passé le point de non retour en termes d'investissement. Ford aurait perdu plus en abandonnant, alors que c'était l'inverse pour GM qui a préféré couper court."

Si Ford a redressé ses ventes l'an dernier, d'autres constructeurs étrangers ont continué de voir les leurs baisser, en ligne avec la tendance du marché.

Kia et Hyundai, actuellement numéros deux et trois en Russie derrière le constructeur local Avtovaz, ont vu leurs ventes reculer de respectivement 9% et 10%. Renault, qui est entré au capital d'Avtovaz en 2008, a vu les siennes baisser de 3% et le recul a atteint 5% pour Volkswagen.

Pour Tim Urquhart, analyste chez IHS, il est encore trop tôt pour dire si le pari de Ford en Russie sera gagnant sur la durée, mais sa présence lui permettra à tout le moins de pousser ses pions parmi les principaux constructeurs mondiaux.

"Si vous voulez avoir une portée mondiale, il faut être sur le marché russe", dit-il.

(avec la contribution d'Alexandria Sage à San Francisco, Véronique Tison pour le service français)

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