FlexibilitéLes partis pris technologiques de la raffinerie géante de LeunaA Leuna, en Allemagne, Elf et le consortium TLT vont édifier la plus grande raffinerie jamais construite depuis quinze ans en Europe. Tous les procédés sont délibérément éprouvés.

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Flexibilité

Les partis pris technologiques de la raffinerie géante de Leuna

A Leuna, en Allemagne, Elf et le consortium TLT vont édifier la plus grande raffinerie jamais construite depuis quinze ans en Europe. Tous les procédés sont délibérément éprouvés.



Ultra-discrètes, les premières commandes destinées à la construction de l'immense raffinerie Leuna 2000, de 10millions de tonnes par an de capacité, sur laquelle flotteront dans trois ans les couleurs du numéro1 pétrolier français! Depuis trois mois, les résultats des premiers appels d'offres ont été notifiés aux industriels par le consortium, de droit allemand, TLT (Thyssen, Lurgi, Technip) pour le compte de la société RIG -prochainement rebaptisée Mider (Mitteldeutsche Erdöl-Raffinerie) - qui sera le propriétaire et le gestionnaire de la raffinerie. Parmi les bénéficiaires: BSL Industrie pour de grandes "colonnes" en acier revêtu d'inox de 8mètres de diamètre, ECMP pour d'autres colonnes dites en acier noir, ou Foxboro pour des programmes de conduite de procédés. Plusieurs autres contrats seront, d'ici à la fin de l'année, finalisés "dans la plus totale transparence pour ne privilégier que la qualité et la compétitivité" avec des entreprises françaises pour des réacteurs, de la grosse chaudronnerie, des installations de stockage, des appareils d'instrumentation. Des évaluations sont en cours pour l'électricité et pour les quelque 25000tonnes de tuyauteries qui circuleront sur le site de Leuna.Depuis le 30avril dernier et la fin du bras de fer qui l'a opposé au gouvernement d'Helmut Kohl, Elf joue la prudence et cherche à réduire les risques. Dès lors que Philippe Jaffré, tout nouvellement nommé à la présidence du numéro1 pétrolier français, donnait finalement son feu vert au projet voulu et négocié par son prédécesseur, il fallait opter pour un outil qui intègre toutes les contraintes actuelles et prévisibles pesant sur les produits et sur l'environnement de la raffinerie. A cet égard, Leuna2000 produira des essences à indice d'octane élevé et à teneur en benzène inférieure à 1%, un gazole à 0,05% de soufre mais à indice de cétane élevé, du fioul domestique à moins de 0,1% de soufre. Il fallait aussi ajuster les productions en fonction du marché compris dans le triangle Leipzig-Dresde-Erfurt, que la plate-forme desservira prioritairement. D'où la décision de produire deux fois plus de gazole et de fioul domestique que d'essence et, conformément aux engagements pris avec le gouvernement fédéral en contrepartie des subventions accordées, de mettre à la disposition du vapocraqueur de Bohlen entre 600000 et 1million de tonnes par an de naphta et autres produits de charge.

Philippe Armand, directeur général de RIG et responsable du projet au sein du groupe pétrolier, a écarté toute innovation spectaculaire pour ne compromettre ni les coûts ni le calendrier tout en assurant à la raffinerie la plus grande flexibilité. Tous les procédés retenus en décembre 1993, après examen de multiples scénarios, ont été testés depuis de longues années sur d'autres sites: distillation atmosphérique et distillation sous vide (Elf-Technip), reformeur catalytique et craqueur catalytique (UOP); viscoréducteur (Shell-ABB Lummus). Pas de mauvaise surprise possible par conséquent, mais le consortium que dirige Samson Alev a l'assurance de bénéficier des plus récentes améliorations apportées sur ces procédés éprouvés.Leuna2000, qui ne produira pas de fioul lourd, n'aura pas à proprement parler d'unité de conversion profonde. Grâce à la présence - unique en Europe - sur le site d'une unité de gazéification qui permet, depuis 1988, de traiter les résidus très lourds et de les transformer en gaz non soufré. Ces gaz purifiés pourront ensuite être utilisés comme combustibles pour la production de l'hydrogène indispensable à la raffinerie ou pour une production d'éthanol qui pourra aller jusqu'à 600000tonnes par an. Elf a conservé cette installation construite par Lurgi selon un procédé Shell en y apportant quelques "mises à niveau" de détail, mais l'avantage pour l'économie générale du projet est estimé par certains observateurs à 1milliard de deutsche Mark.

Parallèlement, la plate-forme comprendra une centrale électrique d'une puissance variant entre 60 et 90mégawatts qui, elle aussi, consommera des résidus très lourds et comportera des installations de désulfuration des fumées. Le contrat pour sa construction a été signé le 15septembre avec Steag, un producteur d'électricité filiale de Ruhrkohle, choisi pour sa grande expérience dans la cogénération et le traitement des fumées soufrées. La centrale disposera de trois chaudières principales et d'une de secours (trois fonctionneront au fioul et une au gaz), qui seront en mesure de produire jusqu'à 300tonnes de vapeur par heure.Au total, conception et réalisation de la raffinerie nécessiteront, d'ici au second semestre de 1997, quinze millions d'heures de travail, dont environ deux millions et demi d'heures pour l'ingénierie de détail (un million pour Technip), qui sera terminée à la fin de 1995. La construction mobilisera jusqu'à cinq milleouvriers, techniciens et ingénieurs.







Déjà actionnaire à hauteur de 43%, Elf a dû racheter la participation de 33% d'une filiale de Thyssen dont il avait été prévu qu'elle serait, avant le démarrage de la raffinerie, reprise par l'ex-conglomérat est-allemand Buna. Elf se trouve contraint d'avancer provisoirement 76% du milliard de deutsche Mark de capital de la nouvelle société Mider. Mais, affirme Bertrand de Combret, directeur raffinage-distribution du groupe, avec la "garantie totale" de l'Etat allemand, et sans exclure qu'un tiers vienne dans l'intervalle "porter" la part du nouveau Buna, la société qui regroupe les installations pétrochimiques héritées des anciens complexes de Leuna, Bohlen et Buna. Regroupés sous la bannière de Rosneft, les trois partenaires russes ont en revanche, comme prévu, "notarisé" leur entrée à hauteur de 24% dans cette même Mider sous forme de livraison de brut, dit "soviet export brent" à la vieille raffinerie de Leuna, qui restera en service jusqu'à la mi-1997 (ces livraisons représenteront moins d'un an de consommation). Et un accord-cadre est en cours de négociation avec ces mêmes partenaires portant sur 90% environ des approvisionnements de Leuna2000 pour une durée de vingt ans, via le vénérable "Oléoduc de l'amitié" qui traverse la Pologne et dessert aussi, dans le nord de l'Allemagne, l'autre grande raffinerie de Schwedt (12millions de tonnes de capacité). Les 10% restants viendront d'Arabie Saoudite en raison de la nécessité de produire du bitume pour le marché local.Ultime bouclage: le financement du projet, estimé, on le sait, à quelque 4,3milliards de marks (15milliards de francs). 1,3milliard est apporté par les subventions du gouvernement allemand. En tenant compte du milliard de deutsche Mark de Mider, il reste à rassembler 2milliards. Ce qui sera fait, affirme Bernard de Combret, avant la fin de cette année.



Sur les 182millions de tonnes de nouvelles capacités de raffinage qui, d'ici à 1997, devraient être implantées en Asie du Sud-Est (40% du total mondial), les deux pétroliers français sont associés à trois gros projets qui, à eux seuls, représentent le dixième de ces capacités.-Total, actionnaire à hauteur de 20% du consortium Wepec (West Pacific Petrochemical Co. Ltd), participe à Dalian, dans la province de Liaoning, au nord-est de la Chine, à la construction d'une raffinerie de 5millions de tonnes par an, alimentée par du brut importé du Moyen-Orient. Elle sera entièrement opérationnelle au second semestre de 1995. L'installation, qui aura coûté 1,5milliard de francs, comprend une unité de reformage catalytique, une distillation sous vide, une hydroconversion des résidus, un FCC, une unité de MTBE, une unité d'alkylation et une unité de polypropylène.-Total a également été sélectionné par le gouvernement vietnamien pour conduire l'étude de faisabilité de la première raffinerie du pays, qui devrait avoir une capacité de 6,5millions de tonnes par an.-Elf Aquitaine, en association avec la Shangai Petrochemical Corporation, travaille de son côté à l'étude de faisabilité d'une raffinerie de 8millions de tonnes par an à Shangai. Un projet de 11milliards de francs.Le numéro1 français, qui vient notamment de céder au pétrolier américain Chevron 22,5 des 85% que détient Elf Congo, sa filiale à 75%, dans l'exploitation de l'important gisement off-shore de N'Kossa, à 70kilomètres au sud-ouest de Pointe-Noire (60millions de tonnes de réserves), pour réduire le poids de son endettement, ne pourra mener en parallèle les deux projets de Leuna et de Shangai sans y associer des partenaires financiers.

USINE NOUVELLE - N°2472 -

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