FINANCESTENSIONS MONÉTAIRES DURABLESLa faiblesse persistante du dollar profitera aux monnaies fortes, Mark et franc suisse en tête, ce qui ne manquera pas d'aviver les tensions au sein du SME.

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FINANCES

TENSIONS MONÉTAIRES DURABLES

La faiblesse persistante du dollar profitera aux monnaies fortes, Mark et franc suisse en tête, ce qui ne manquera pas d'aviver les tensions au sein du SME.



La déroute financière du Mexique, en affaiblissant les dollars américain et canadien, a renforcé le deutsche Mark et le franc suisse, redevenus des valeurs refuges. Elle a ainsi accentué la dépréciation des devises européennes les plus fragiles. La lire, la couronne suédoise et la peseta - qui a entraîné l'escudo dans sa chute - ont atteint leur plus bas niveaux historiques face au deutsche Mark et au franc. L'onde de choc mexicaine se propage même aux pays émergents d'Asie du Sud-Est. Le franc est relativement épargné. L'indépendance de la Banque de France, un excédent extérieur important, une faible inflation et une reprise de l'activité aussi soutenue qu'outre-Rhin limitent la casse... pour l'instant. Mais il ne se reprendra vraiment que lorsque les incertitudes budgétaires seront levées. Le prochain gouvernement devra agir d'autant plus vite que les tensions monétaires ne se résorberont pas de sitôt en Europe. D'abord parce que la faiblesse du dollar, qui persistera, continuera de peser sur les monnaies vulnérables. Les investisseurs contineront de privilégier les devises fortes, d'autant que les perspectives resteront peu attrayantes en Europe du Sud et en Suède: si des mesures d'austérité drastiques sont prises pour enrayer la dérive des finances publiques, elles ne pourront qu'entraver l'activité, et donc les profits. Dans le cas contraire, le laxisme budgétaire se paiera par des taux d'intérêt plus élevés..., et la croissance souffrira de toute façon. De fait se crée une Europe monétaire à deux vitesses. La mise en oeuvre de la monnaie unique s'annonce donc de plus en plus délicate, mais se révèle de plus en plus nécessaire. Car les dévaluations menacent l'équilibre commercial au sein de l'Union européenne, qui doit déjà affronter hors du Vieux Continent un dollar de combat. Depuis septembre 1992, la lire a perdu environ 30% de sa valeur face au deutsche Mark et au franc, la peseta et la couronne suédoise environ 25%. La compétitivité des produits français et allemands est également sous pression, et nos exportateurs devront encore rogner sur leurs marges pour préserver leurs parts de marché. Les Italiens affichent des prix souvent imbattables dans la machine-outil, la chaussure, le textile ou l'agro-alimentaire. La concurrence scandinave devient également pressante, notamment sur les biens d'équipement. E.L





Taux de changes

Deutsche Mark en francs 3,44

Livre en francs 8,55

Franc en lires 310

Franc en pesetas 27

Dollar en yens 100

Dollar en deutsche Mark 1,48

Le dollar se stabilise péniblement. Il continuera de souffrir de l'implication des Etats-Unis dans la crise financière mexicaine, ce qui l'empêchera de profiter pleinement, face au deutsche Mark, d'un écart de rémunération qui va continuer de s'élargir en sa faveur. La fermeté persistante de la monnaie allemande entretiendra les tensions dans le SME, notamment sur les monnaies d'Europe du Sud, et dans une moindre mesure sur le franc. La livre se raffermira un peu.

Taux d'intérêt à court terme (au jour le jour)

Etats-Unis 6,75%

Allemagne 4,80%

En Allemagne, une ultime détente des taux d'intérêt à court terme semble moins probable, compte tenu de la vigueur de la reprise. Un resserrement n'est pas non plus imminent, car la désinflation se poursuit. La hausse du loyer de l'argent marque une pause aux Etats-Unis, mais elle risque de reprendre bientôt pour calmer une activité qui reste très dynamique.

Taux d'intérêt à long terme (bligations publiques à dix ans)

Etats-Unis 8,40%

Allemagne 7,90%

L'accalmie reste précaire. Les tensions se raviveront aux Etats-Unis, car la poursuite du resserrement monétaire continuera d'alimenter le reflux de la spéculation sur les obligations et donc la montée des rendements. L'Europe ne sera sans doute pas épargnée.



Les taux courts ne baisseront plus

Le rebond de l'activité laisse penser que les taux d'intérêt à court terme français ont atteint leur plancher. Comme en Allemagne, une remontée ne semble pas prochaine. Sauf si le soutien du franc l'exige.

Les turbulences reprendront sur les taux longs

Après une accalmie, les turbulences financières risquent de reprendre aux Etats-Unis. Elles pousseront les taux d'intérêt à long terme à la hausse en France comme partout..., un peu plus toutefois qu'outre-Rhin.

Le crédit repartira un peu

La diminution de l'encours des crédits des banques aux entreprises (-5,1% sur un an en septembre) s'atténue. La demande de prêts pour investir redémarrera lentement, car l'autofinancement restera élevé.

Le franc se redressera face au dollar

Comme le deutsche Mark, le franc se renforcera face au dollar, qui continuera de pâtir de la fragilité financière américaine. Vis-à-vis de la monnaie allemande, il restera vulnérable jusqu'à l'élection présidentielle.



USINE NOUVELLE N°2486

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