FINANCER SON DÉVELOPPEMENT EN JOUANT SUR TOUS LES LEVIERS

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FINANCER SON DÉVELOPPEMENT EN JOUANT SUR TOUS LES LEVIERS



Caractéristique des jeunes entreprises innovantes: l'importance de leurs besoins en fonds de roulement. Elles doivent non seulement maintenir de sérieux budgets de recherche et développement et investir dans l'outil de production, mais aussi financer la prospection commerciale sur des marchés qui ont souvent la taille mondiale. Et même si le business-plan anticipe les besoins des cinq premières années, il faut faire preuve d'astuce pour faire évoluer les ressources au fil du développement. Ce qui suppose de réelles compétences en ingénierie financière. Sans doute la pratique des "venture-capitalists " américains n'est-elle pas toujours transposable au pied de la lettre. Il n'en demeure pas moins que les entreprises innovantes qui parviennent à assurer leur pérennité se sont largement inspirées du système américain. Au coeur de ce modèle, une évaluation la plus précise possible de la valorisation de l'entreprise en fonction d'une étude des technologies et des marchés. En clair, les fondateurs doivent réussir par eux-mêmes la synthèse des prévisions de l'ingénieur et du financier. Ce que les venture-capitalists américains opèrent en intégrant des spécialistes dans leurs équipes. Mais si les compétences françaises et européennes sont encore de ce point de vue limitées, l'Anvar, dans sa façon d'intervenir auprès des jeunes entreprises innovantes, favorise incontestablement une approche de ce type.

Anticiper ses besoins en capital

Gare aux visions trop "hexagonales" du business-plan! Celui-ci ne saurait se résumer à un simple tableau de bord prévisionnel, même si les banques françaises ont tendance à s'y cantonner. La pratique des venture-capitalists américains est de ce point de vue instructive. Elle intègre l'analyse des ingénieurs et articule études de marché et besoins de financement. Ce qui conduit à évaluer au plus juste les apports en capital et les évolutions du tour de table. Au bout de cinq ans, la sortie des venture-capitalists peut conduire à s'accoter à un grand groupe. Il ne s'agit pas d'un pis-aller. C'est l'une des deux ou trois options pour faire face à des niveaux de croissance de l'ordre de 300%.

Un développement clairement programmé

Alain Tingaud va aborder la troisième étape du développement d'Arche Communications, dont il est le P-DG. Spécialisée dans la connectivité des réseaux informatiques d'entreprises, la jeune société a clos, l'an dernier, son troisième exercice avec une marge nette de 6,9% pour un chiffre d'affaires de 80millions de francs. Un succès programmé dès le départ. Alain Tingaud a délibérément opté pour une création d'entreprise à l'américaine, prenant conseil auprès de venture-capitalists d'outre-Atlantique avant de prospecter une dizaine de sociétés de capital-risque françaises. Le "deal" conclu avec Paribas-Développement, qui a apporté un tiers des 3,34millions de francs du capital de départ, reposait sur une valorisation de l'entreprise de l'ordre de 10millions de francs et un doublement au bout de deux ans, au moment du deuxième tour de table. Celui-ci a été mis en place dans les conditions prévues: Innovacom est devenue actionnaire à hauteur de 11% à l'occasion d'une augmentation de capital de près de 2millions de francs. Au troisième "round", qui interviendra au bout de cinq ans d'activité, Arche devrait être valorisée, selon le business-plan, à 45 ou 50millions de francs.

Faire évoluer son tour de table

Le développement d'une entreprise innovante suppose de réelles compétences en ingénierie financière. Parce qu'il faut répondre aux besoins de la recherche-développement, de l'industrialisation et de l'internationalisation! Et prévoir, par exemple, de consacrer 200francs à la commercialisation pour 100francs investis dans la recherche-développement. Mais pas question de prendre conseil exclusivement du côté des banques. Une seule solution, s'assurer en interne un véritable savoir-faire: soit par sa propre expérience, soit par l'embauche d'un collaborateur rompu à l'ingénierie financière, soit par l'assistance du directeur de pépinière ou du centre d'innovation, soit enfin par l'appui d'industriels.

Un véritable stratège de la finance

A 46ans, Christian Mauran n'hésite pas à faire profiter de son expérience. Il assure un rôle de conseil auprès des industriels de la pépinière de Labège (Haute-Garonne), où Opsia, son entreprise d'implants oculaires, a vu le jour en 1989. Un conseil à haut niveau. Car la réussite de ce patron, qui a travaillé vingt ans dans la finance, ne s'explique pas seulement par ses connaissances du marché de l'ophtalmologie. La vente de son entreprise quatre ans à peine après sa création? Il l'avait programmée! (Les laboratoires Chauvin ont acheté Opsia en 1992.) Une véritable stratégie financière, adaptée à une activité très concurrentielle où, pour percer, il fallait prévoir deux ou trois grands sauts quantitatifs -comme, par exemple, la construction, l'an dernier, d'une unité qui permettra de tripler la production-. Outre la perte de contrôle envisagée et acceptée, Christian Mauran avait imaginé, dans une phase intermédiaire, la création d'un holding et d'une filiale de recherche-développement qui lui ont permis, deux ans après la création d'Opsia, de lever 4millions de francs de capitaux et de solliciter une nouvelle aide de l'Anvar. Une manière très astucieuse d'assurer en cours de route les besoins en fonds de roulement. En attendant la vente.

Profiter de l'exemption fiscale

Dégager une marge nette supérieure à 10% dans les cinq premières années ne relève pas du cas d'école. Les jeunes entreprises innovantes qui parviennent à percer affichent très souvent un tel niveau de rentabilité. Souvent parce qu'elles défrichent des marchés où elles occupent d'entrée de jeu une position dominante. Mais aussi parce qu'elles bénéficient d'une exemption fiscale progressive. Avec pour contrepartie l'obligation de réinvestir leurs profits dans l'entreprise.

Retour rapide sur investissement

Depuis 1990, sa première année d'activité, TXCom affiche bon an mal an une marge nette supérieure à 20%. Explication de Vincent Baumier, le P-DG, un ingénieur en télécommunications de 33ans: la rapide conquête du marché français des systèmes de transmission de données par radio de courte portée, une niche dont la jeune entreprise occupe au bout de quatre ans d'activité près de 80%. Au prix d'une véritable course contre la montre. "Il faut huit à douze mois pour mettre sur le marché un produit majeur dont la durée de vie est de l'ordre de deux à trois ans", explique Vincent Baumier. Le concept de réseau local radiocommunicant suppose un effort constant de recherche et développement. TXCom n'y consacre pas moins de 40% de son chiffre d'affaires, de l'ordre de 20millions de francs cette année. Un retour rapide sur investissement s'impose. La politique de niche le permet, en favorisant une forte rentabilité. Bilan: au bout de quatre ans, la PME, obligée par le système d'exemption à réinvestir ses profits, dispose de fonds propres quinze fois supérieurs à son capital social. Et sa trésorerie lui permet de préserver son autonomie financière.

Utiliser l'effet de levier des aides Anvar

Les patrons de start-up ne considèrent pas l'Anvar comme un simple bailleur de fonds, mais bien plutôt comme un partenaire, proche de leurs préoccupations d'entrepreneurs. A condition, bien sûr, de faire jouer toutes les possibilités d'effet de levier qu'offrent les aides et les conseils de cet organisme public: en matière d'innovation et de développement, mais aussi aux niveaux financier et fiscal.

Des prêts remboursables riches de conséquences

"On aurait pu faire sans", lâche Gérard Chollet, l'un des patrons d'Arcol. Mais il reconnaît aussitôt que la PMI de Seine-et-Marne, créée en 1987 et spécialisée dans les matériels d'application de produits thermofusibles, a bien tiré profit des 900000francs d'aides de l'Anvar. Les deux prêts qui lui ont été accordés ont accompagné, à partir de 1990, le développement de machines spéciales. Et ils ont permis la prospection du marché de l'étanchéité des faisceaux pour automobiles. Avec succès. L'automobile représente la moitié de l'activité d'Arcol. Au-delà des effets directs, les effets induits.D'abord fiscal: aucune difficulté pour obtenir le crédit d'impôt recherche quand on s'appuie sur le dossier monté avec l'Anvar! Mais également financier: des prêts sans intérêt et des facilités avec les banques. Et pour cause! Prévisions et suivi sont assurés par l'Anvar. Ce n'est pas rien quand il s'agit de veiller au remboursement: 380000 francs pour l'annuité versée en décembre dernier par Arcol.

Jouer sur les programmes communautaires

Les jeunes entreprises innovantes ne sont pas exclues des grands programmes de recherche communautaires. Leur participation à ces programmes peut même constituer une condition de leur pérennité. Une PMI comme Nomaï, établie à Avranches et spécialisée dans les systèmes de sauvegarde informatique amovibles, fait partie, dans le cadre du programme Esprit, d'un consortium européen aux côtés d'IBM. Et O1DB, jeune entreprise de Villeurbanne à l'origine d'un système de mesure acoustique intégré dans un notebook, a développé, dans le cadre d'un projet européen Comett, un logiciel d'enseignement de l'acoustique qui sera commercialisé à partir de mars. Perspectives connues: exploiter en direct des innovations majeures. Ou monter des opérations de partenariat industriel avec des firmes plus puissantes. Mais attention, mieux vaut s'entourer de précautions si l'on attend des procédures communautaires un coup de pouce financier! Notamment dans le cadre du premier référencement.

Gare à ne pas essuyer les plâtres!

Après deux ans et demi de recherche et développement, l'équipe de France-Métaltec participe, en juin 1993, à Bologne, sur les conseils de l'Anvar, à un forum d'entreprises innovantes européennes. Et découvre la procédure d'aide au premier référencement proposée par la Commission européenne. A priori, le système semble simple et convaincant. Il offre aux deux premiers clients une garantie financière sur le risque lié à la non-performance d'un système de production innovant.Il s'agit en fait d'une garantie sur un prêt consenti au client sur le montant total de la transaction. Or ce prêt doit être évidemment consenti par une banque. C'est là que le bât blesse. France-Métaltec a conclu, en novembre dernier avec un client anglais la première vente de son procédé innovant de fonderie pour métaux non ferreux. Mais, en décembre, aucune de ses deux banques ne voulait suivre. Raison invoquée: l'aide européenne au premier référencement n'a jamais été utilisée en France. Bref, en essuyant les plâtres d'une procédure mal maîtrisée, on risque de voir la pérennité d'une activité remise en cause.



USINE NOUVELLE N°2485

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